Général président

Eyadéma Despote de pub

par Le Canard Enchainé (France) , le 4 août 1999, publié sur ufctogo.com

Au pouvoir depuis trente deux ans, le président du Togo s’offre des experts français en publicité. Trouveront-ils un créneau pour le droits de Lomé et du citoyen ?

 

En Afrique, tout ce qu’il y a, c’est un fauteuil, avec un homme assis dedans et quelques autres prêts à tout pour prendre sa place". - Etienne Gnassingbé Eyadéma, auteur de cette franche formule, aurait pu ajouter que son fauteuil à lui est fourni par la France. Pourquoi le quitter ?

Depuis son coup d’état en 1967, le général-président a bien du mal avec les élections : tout le monde lui reproche son score (97 % en 1993), personne ne croit en son Assemblée nationale. Plus faciles à maîtriser, les défilés et les parades qu’il actionne évoquent le style Kim Il-sung : fanions, enfants des écoles, statue géante, portraits omniprésents, presse aux ordres, malgré la présence de quelques journaux indépendants et d’un " Kpakpa désenchanté " ("canard" en langue ewé).

Patrick de Saint-Exupéry, du " Figaro " (1/7/99), a fait les comptes : " Sur 257 numéros du quotidien pro-gouvernemental ’Togo Presse ’parus en 1998, il y a eu 227 photos du Président à la une. " Enfants et parents du Guide sont placés à des postes juteux et honorifiques (ses fils président les fédérations de foot et de tennis). Ancien sergent de l’armée française en Indochine et en Algérie, adepte de la lutte " évala " (le sport favori de son ethnie kabyé), d’un abord affable, vivant, à Lomé, dans une maison confortable mais sans luxe, protestant et polygame, Eyadéma a beau jouer de la concurrence avec les Allemands (colonisateurs du pays jusqu’en 1914), sa patrie, c’est la France version casernes et fanfares militaires.

Quand ses sujets chantent des odes à sa gloire, c’est sur l’air du " Petit vin blanc " et de - C’est nous les Africains ". Pour vanter sa politique, ce sont aussi des Français qui écrivent les paroles ’ Quand le 23 juillet dernier Chirac a serré la main des officiels togolais sur le tarmac de Lomé, il a salué Charles Debbasch, François Roux (ancien officier de renseignement), Jean-Paul Benoît (député radical de droite) [1]. A ces quasi-ministres il faut ajouter une cohorte de publicitaires, de journalistes, d’avocats français. A droite et à gauche, on se bouscule : naguère Pasqua et Roussin on eu le droit à la médaille de "l’ordre du Mono". Des gens comme Jacques Vergès, le général Jeannou Lacaze, Thierry Saussez, Bernard Debré (ancien ministre), Seguela et son agence Euro-RSCG et même récemment Michel Rocard jurent que ce dictateur est démocrate-compatible. Quant à Chirac, il a lui aussi pété un plomb lors de sa récente visite à Lomé en accusant Amnesty International de " manipulation " pour un rapport intitulé " Togo, Etat de terreur ". Tortures, cadavres menottés dérivant le long des plages ne sont pourtant pas des hallucinations collectives. Il est vrai "qu’Eyadéma " signifie " il n’y a pas d’homme ". Donc pas de droits de l’homme...

Mais le président togolais a finalement écouté notre grand spécialiste de la dissolution : Chirac l’a convaincu d’organiser des élections législatives en mars 2000. En attendant, là France boucle encore certaines fins de mois de l’Etat togolais, petit pays de 5 millions d’habitants, étroit couloir entre le Bénin et le Ghana. Pas de pétrole mais que d’idées autour de lui ! On imagine bien ce " bon ami de la France " au prochain 14-Juillet, salué par le vaillant bataillon de nos publicitaires, avocats et journalistes, défilant et reprenant à pleins poumons : " C’est nous les Africains "..

Frédéric Pages

 

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Notes

[1] Voir le dernier numéro de" la lettre du continent " 142 rue, Montmartre, 75002 Paris.

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