Opinion

Eyadema : Danger potentiel pour les jeunes démocraties africaines

par Akoli Kossi , le 28 février 2003, publié sur ufctogo.com

 

Dans les années 1990 le vent de la démocratie qui a soufflé sur l’Afrique n’a pas laissé indifférents les Togolais. Face à une volonté populaire inébranlable, Eyadéma après 30 ans de pouvoir totalitaire et sanguinaire céda à l’idée de l’organisation d’une conférence nationale souveraine. Cette conférence aboutit à l’avènement de la démocratie à la satisfaction de la grande majorité des Togolais. Mais cette démocratie porteuse d’espoir en l’avenir connue très vite des soubresauts, des épreuves terrifiantes, suite à des attaques répétées d’Eyadéma contre les institutions démocratiques et contre le gouvernement la transition mis en place par les états généraux soutenus par le peuple. La suite, on la connaît. Comme le 13 janvier 1963, où le Togo inaugura l’ère des coups d’état d’après les indépendances en Afrique, il récidiva avec le tout premier coup d’état contre la renaissance démocratique des années 1990. L’histoire se répéta donc. Eyadéma toujours et encore lui, le fils le plus indigne et le plus cruel que le Togo ait connu fera définitivement rentrer son pays dans l’histoire au 20e siècle comme le pays où les médiocres dament le pion aux bons et honnêtes hommes et où les hors la loi font la loi, comme dans un bon vieux film Western.

En effet, le 13 janvier 1963, Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance du Togo à qui la France reprochait de vouloir être trop indépendant fut lâchement assassiné suite à un coup d’état préparé par le général de Gaule et exécuté par un homme cynique et sadique aussi cruel que de Gaule lui même, le sergent Etienne Eyadéma, un démobilisé de l’armée francaise. Depuis ce moment le Togo est sombré dans une période triste et sombre ou les Togolais sont devenus l’otage d’un système politique odieux et criminel avec la complicité bienveillante de la France. Les assassinats politiques, le népotisme, la corruption, le pillage systématique des deniers publics ont désormais droit de cité. La dictature du régime Eyadéma ma foi est la plus sanglante de toute l’histoire du continent africain. Aux crimes révélés au monde pendant la conférence nationale souveraine ; à savoir les tortures subites par les prisonniers politiques au camp de Kasaboua, les éliminations extra-judiciaires, les exactions commis dans la réserve animalière, l’existence de charniers etc.... ; viendront s’ajouter les crimes commis par le pouvoir pendant et après la conférence nationale, ceux liés aux élections en 1998 et ceux qui se sont poursuivis et se poursuivent encore jusqu’aujourd’hui. Les chiffres communiqués par Amnistie Internationale à ce sujet pendant ces différents rapports sont éloquents.

Une liste non exhaustive nous donne rapidement ceci : l’exécution sommaire du commandant Comlan du colonel Koffi Kongo, du colonel Tépé, du colonel Akpo, l’assassinat crapuleux de Tavio Amorin, l’attentat de Soudou commis contre Gilchrist Olympio et qui a coûté la vie au Dr. Attidépé, des dizaines de paisibles citoyens noyés par les forces de l’ordre dans la lagune de Bè parce que surpris par un pseudo couvre-feu précipitamment instauré, des dizaines de manifestants arrêtés après les élections de 1998 et jetés à la mer, l’épuration ethnique effectuée au sein de l’armée, la répression mortelle dirigée toujours par les forces dites de l’ordre contre une foule de manifestants pacifiques à Fréau-jardin qui a fait des dizaines de morts, la descente dite punitive exécutée par les militaires après qu’un des leurs ait été brûlé vif suite à des exactions commises par ce dernier sur les citoyens, ajoutée à cette liste des milliers d’individus qui sont décédés et décèdent encore dans les hôpitaux des suites de maladies pourtant bénignes par manque de médicaments pendant que des millions sont déboursés pour acheter une canne aux frais du contribuable togolais au chef de l’état. Nous pouvons citer des exemples et des exemples de crimes à ne plus finir, tellement il en eu dans ce petit pays de 4 millions d’âmes.

Face à ce pouvoir combien répressif , les Togolais ne sont pas restés les bras croisés. Ils se sont battus. Face aux fusils d’assaut et aux chars, ils ont lancés des cailloux, brûlés des pneus, menés avec succès des démonstrations de résistance et de désobéissance civique. Aujourd’hui encore la lutte continue à l’intérieur comme à l’extérieur du Togo et commence à porter leurs fruits quoi qu’on dise. Les affronts subits en Allemagne et plus récemment en Belgique grâce à la mobilisation des exilés Togolais en Europe et ailleurs, en est une preuve palpable. Ces démonstrations obligent désormais celui qui hier aimait bien se laisser médiatiser et défier les exilés à ne plus entrevoir des voyages officiels. Participer même à des somme aussi importants comme le sommet Franco-Africain qui se tient du 25 au 26 de ce mois à Paris, tient désormais du passé. Il ne peut désormais faire que des voyages officieux par peur de se faire huer par les Togolais exilés. Confiné donc malgré lui dans les limites de l’Afrique, se retrouvant ainsi de plus en plus isolé sur la scène internationale et ne voulant pas faire figure d’exception dans la sous région, Eyadéma, du danger national qu’il représente pour ces concitoyens est en passe de devenir un danger potentiel pour toutes les jeunes démocratie africaines. Ce qui devient de plus en plus inquiétant, c’est qu’il encourage et soutien financièrement tout régime ou toute rébellion ayant des visées totalitaires. Sa médiation dans le conflit Sierra-Léonais et son soutien perceptible à Fodé Sanko est la preuve d’un parti pris pour ce monstre. Comment peut on au nom d’une certaine paix sociale admettre l’amnistie des dirigeants d’une rébellion qui ont commis des Cruautés à l’encontre de leur peuple. En faisant de telles propositions Eyadéma pense à une certaine amnistie pour lui même et ses criminels d’enfants et de soldats. Certains de ces criminels Sierra-Léonais ne feraient ils pas partir aujourd’hui de sa garde rapprochée.

Son engagement aux côtés de Savimbi, cet autre sinistre personnage dans l’horrible guerre civile qui a déchiré l’Angola et qui a fait des centaines de milliers de victimes montre à quel point Eyadéma a du sang sur les mains. N’est il pas d’ailleurs été suspecté par l’ONU dans l’assassinat d’Alioune Blondel Beye, le médiateur nommé par cette organisation en vue de régler ce conflit.

Son soutien masqué à Laurent Gbagbo dans l’actuel conflit ivoiro-ivoirien n’est plus à démontrer. Heureusement que les rebelles ont vite compris que sa médiation n’arrangerait pour rien au monde la situation de crise que traverse leur pays et qu’il se sert d’eux pour redorer sa propre image.

La façon dont Eyadéma s’est arraché la médiation à Abdoulaye Wade dans ce conflit alors même que ce dernier se trouve être le président en exercice de la CEDAO a été ridicule et prouve qu’il est bien aux abois et ne cherche qu’à utiliser l’occasion pour se repositionner sur le plan international pendant que les ivoiriens souffrent.

Mis encore plus à mal ces derniers temps par la démission et les révélations fracassantes de son premier ministre Agbéyomé Kodjo, son régime ne retrouvera certainement plus jamais sa légitimité et sa crédibilité vis à vis de la communauté internationale. Il ne survivra certes plus longtemps.

Mais les Togolais ont besoin plus que jamais d’aides et de soutiens. C’est pourquoi je lance un appel pressant ; d’abord à tous les Togolais de l’intérieur comme de l’extérieur à se mobiliser encore davantage pour la lutte finale et invite tous les Africains épris de paix, de démocratie et de justice pour un meilleur devenir de l’Afrique à se joindre à nous pour mettre définitivement fin à un système politique basé sur le crime organisé et la terreur. Un régime affaibli mais encore capable de mettre fin à tout espoir de démocratie en Afrique si on y prend garde.

Eyadéma et ses complices doivent rendre compte des crimes politico-économiques qu’ils ont commis contre le peuple togolais et contre l’humanité. Ce serait la seule façon de réconcilier le peuple d’abord avec lui-même et ensuite avec ceux qui hier étaient ses bourreaux. Une amnistie serait une erreur grave car l’histoire pourrait se répéter.

Fait en hollande le 28-02-2003
Par Akoli Kossi.

 

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