Bilan

Eyadéma 1967-2005 : 38 ans pour faire du Togo l’or de l’humanité ?

par Juan Djimabi , le 17 janvier 2005, publié sur ufctogo.com

 

Il serait prétentieux de faire en quelques lignes le bilan de trente-huit années d’exercice du pouvoir du général-président Gnassingbé Eyadéma. Cependant, la majorité des Togolais s’accordent sur le fait que la politique menée par celui qu’on appelle le "doyen des Chefs d’Etat africains" a été sur toute la ligne un échec cuisant et a plongé le Togo dans la précarité et la désolation.

Ailleurs, trente-huit années à la tête d’un pays auraient servi au renforcement de l’unité nationale, au développement et à la prospérité. Au Togo hélas, toutes ces années aux affaires n’ont servi à rien sinon que Gal Eyadéma s’est attelé à faire asseoir son pouvoir contre vents et marées. Pour atteindre cet objectif, le président togolais n’a pas lésiné sur les moyens : mains basses sur les richesses du pays, mise sur pieds d’une armée tribale qui lui obéit à l’œil en entretenant un climat de suspicion et de répression...En somme, tout ce qui était possible pour contraindre les populations à accepter ce régime était permis.

Dans cette atmosphère qui ne dit pas son nom, le développement du pays était relégué aux oubliettes. Aujourd’hui, le Togo est le résultat de trente-huit années de navigation à vue sous le Gal Eyadéma.

Sur le plan de la santé, les infrastructures sanitaires font cruellement défaut. Le personnel de santé tout comme les patients ne savent à quel saint se vouer. Le personnel soignant très mal rémunéré et démotivé évolue dans des conditions qui laissent à désirer. Quant à la population, démunie, elle est dans l’incapacité de payer les médicaments.

Quant au volet socio-économique, ce n’est un secret pour personne que le pouvoir d’achat des ménages togolais a considérablement pris un coup. Les familles arrivent difficilement à assurer un repas par jour dans les foyers. Malgré cette situation d’extrême pauvreté, les pouvoirs publics viennent de revoir les prix du carburant à la hausse. La situation galopante du chômage des jeunes sortis de l’université et des écoles de formation peut s’expliquer par le fait que le régime-Eyadéma conditionne l’emploi à l’affiliation politique. Tous ceux qui ne militent pas dans son parti le rassemblement du peuple togolais (RPT) sont exclus du partage.

GIF - 8 ko
Le pompier-pyromane

Il faudrait également mettre à l’actif des trente-huit (38) années de pouvoir du Gal Eyadéma, la suspension des relations de coopération du Togo avec l’Union européenne depuis les années 90. Comble de ridicule, c’est le pyromane à qui on doit cette suspension qui se fait aujourd’hui passer pour le sapeur pompier. Dans le même registre, le Togo est depuis des lustres incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis des Institutions de Bretton woods notamment le Fonds monétaire international(FMI) et la Banque mondiale(BM). Les projets de développement de ces institutions envers le Togo sont ainsi suspendus. Dans la même foulée, nombreuses sont les organisations non gouvernementales (ONG) de financement et de développement ont quitté le pays.

Faisant fi de cette situation limite, force est de constater que le Gal Eyadéma reste insensible à la misère des populations togolaises en s’investissant dans une politique dispendieuse. A preuve, la construction d’une nouvelle présidence de la République et les célébrations de fêtes de prestige dont le 13 janvier date de l’assassinat du Père de l’Indépendance feu Sylvanus Olympio.

A l’évidence, la dictature ne rime pas avec la défense des droits de l’homme. Au sujet des libertés fondamentales, le pouvoir en place lâche la proie pour l’ombre en s’évertuant à travestir maladroitement les réalités du terrain. Ainsi, le pouvoir actuel se vante d’avoir une Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), une Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (HAAC), une liberté de la presse avec moult parutions... Mais dans la pratique, c’est un autre son de cloche. En effet, pour les Togolais, un arbre à lui seul ne peut cacher la forêt. Les associations indépendantes de défense des droits de la personne sont aujourd’hui rares sur le terrain et évoluent dans la clandestinité. Quant aux nombreux organes de presse, ils travaillent sous haute surveillance et parfois le couteau sous la gorge. Le jour où les Togolais pourront s’exprimer dans la rue sans être dénoncés ou enlevés par les hommes de mains du Général-président on parlera alors d’avancées démocratiques au Togo. Pour l’instant, faisons face à la dure réalité et sortons de la fiction.

Le moins que l’on puisse dire est que, trente-huit années aux affaires auraient largement suffi au Gal Eyadéma à mettre le pays sur les rails et faire du Togo l’or de l’humanité. Mais comme on peut le voir, le constat est amer. Les faucons au pouvoir ont tout simplement juré la perte de ce pays en le dépouillant de ses ressources humaines et naturelles.

Bref, les Togolais auront le moment venu tout le loisir de faire un bilan plus fouillé et plus pertinent de l’action du Gal Eyadéma. A coup sûr, ce passage à vide de trente-huit années va beaucoup peser dans la balance lorsqu’il serait question de parler de RECONSTRUCTION. Cette reconstruction devrait d’abord s’opérer sur les mentalités, la réparation des préjudices causés et devrait surtout viser l’édification d’une société libre, démocratique, solidaire et prospère.

Juan Djimabi

 

© Copyright Juan Djimabi

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
lundi
24 avril 2017
Lomé 28°C (à 00h)