Crise politique

Espoirs et ambiguïtés au Togo

par La Croix , le 24 août 2005, publié sur ufctogo.com

Le président Eyadéma est mort le 5 février dernier, après trente-huit ans de dictature au Togo. Ce pays est-il pour autant sorti de la dictature ? On a parlé d’un clan ou d’un système Eyadéma, qui a permis à son fils Faure d’accéder à la présidence, à un autre fils d’être ministre des armées, à l’armée elle-même de conserver la réalité du pouvoir.

 

Ce clan acceptera t-il de mettre en jeu ce pouvoir dans des élections démocratiques ? Abandonnera-t-il la mainmise qu’il exerce sur les principales ressources économiques du pays, les phosphates et surtout la gestion du port de Lomé, un des rares ports en eau profonde sur le golfe de Guinée, principale source de revenus pour le pays ?

Non, répondent les 23000 Togolais réfugiés au Bénin depuis la répression de février, mars et avril ; les 10000 personnes « déplacées » ayant quitté leur maison de Lomé, d’Aného ou d’Atakpamé ; les milliers de réfugiés au Ghana (pour plaire au gouvernement togolais, son voisin refuse de les considérer comme réfugiés) ; non, pensent aussi ceux qui dorment chaque nuit hors de leur case, par crainte de la visite des militaires ou des miliciens.

Les sept évêques du Togo, sans attendre la fin de la dictature, ont mis en place en 2004 une commission Justice et Paix dans chaque diocèse, après avoir pris des positions sans équivoque dans leurs messages de 2002 et de 2003. Ils sont préoccupés du droit, de la démocratie et de la justice. Ils sont préoccupés de la survie même du pays, « notre cher Togo ». Le souvenir des événements du Rwanda et dé Côte d’Ivoire leur font redouter les dérives possibles de l’ethnicisme et du régionalisme qui pourraient provoquer un massacre ou une partition du pays. Ils prennent donc la parole, invitent à une « mobilisation morale et spirituelle » dans laquelle la prière tient sa place.

Une session extraordinaire de la Conférence des évêques du Togo s’est tenue en août, à laquelle était invitée une délégation de Justice et Paix de France et d’Allemagne, accompagnée de représentants du Secours catholique et du CCFD, ainsi que d’un pasteur protestant dont la présence soulignait la volonté d’un travail oecuménique pour aider le Togo à sortir de la crise.

Un gouvernement d’ouverture, à défaut d’un gouvernement d’union, a été mis en place en juin. Fera-t-il changer le climat actuel, marqué par la méfiance et parla peur ? Un ministère « de la démocratie, des droits de l’homme et de la réconciliation » est confié à une femme ancien bâtonnier de l’ordre des avocats : elle tente de relever le défi de la réconciliation après les violences et les massacres de cette année ; elle souhaite que les faits soient reconnus, que la justice s’en saisisse et qu’ensuite seulement une amnistie soit proclamée.
Sera-t-elle soutenue par le premier ministre, responsable d’une précédente amnistie il y a une dizaine d’années.

Le chemin de la paix intérieure au Togo passe par la renaissance de la société civile, laminée par trente-huit ans de dictature. Et aussi par tout un travail d’éducation au droit et à la démocratie : les commissions diocésaines Justice et Paix s’y emploient, en lien avec les Églises presbytérienne et méthodiste, et d’autres associations.
L’oeuvre entamée n’est pas facile, dans un pays longtemps caractérisé par « élections truquées, médias harcelés, opposants torturés (ou tués), impunité judiciaire » (lire La Croix du 7 février). Quelque chose a commencé à changer, cependant.

Pour que le changement ait des chances d’aller jusqu’au bout, le Togo, petit pays qui craint de n’intéresser personne, a besoin d’un soutien technique, et des pressions de l’opinion internationale sur ses gouvernants. Il attend donc une attitude citoyenne et solidaire dans notre pays

Note d’information sur Justice et Paix et ses missions

http://justice-paix.cef.fr/

Sa mission

Service de l’Eglise catholique, Justice et Paix-France a reçu la mission d’aider les chrétiens à être actifs et vigilants sur les questions de justice et de paix internationales.

Les chantiers de Justice et Paix-France recouvrent quatre domaines principaux : le développement, les droits de l’Homme, la paix et la sécurité, la construction de l’Europe.
Justice et Paix France regroupe une vingtaine de membres, presque tous laïcs, choisis pour leurs compétences et pour leurs engagements, reflétant des courants de pensée divers. Des membres associés apportent également leur contribution selon leur compétence spécifique.

Justice et Paix-France est un service de la Conférence épiscopale, rattaché à la Commission "Mission Universelle de l’Eglise" et présidé par un évêque que désigne le Conseil permanent de l’épiscopat.

Concrètement, Justice et Paix élabore des outils de réflexion et d’analyse (documents de travail, ouvrages, colloques, articles pour les journeaux et les revues). Ils sont destinés, soit spécifiquement aux évêques, soit - le plus souvent - aux communautés catholiques ;
participe au débat public en tant que " voix autorisée de l’Eglise catholique " : interventions dans les médias, représentation de l’Eglise au sein de la Commission consultative des droits de l’Homme, partenariat avec des organismes confessionnels et non-confessionnels ;
envoie des missions d’information et de solidarité. Ces dernières années : Pérou, Kosovo, Afrique du Sud, Zaïre (RD Congo), Albanie, Liban, Colombie, Chiapas (Mexique) ;
contribue à l’information des communautés chrétiennes et du public en éditant la Lettre de Justice & Paix (mensuelle) et en tenant à jour son site ;
collabore avec d’autres organismes chrétiens aux centres d’intérêt proches des siens :
- la Commission "Eglise et société" de la Fédération Protestante de France,
- la Commission oecuménique de la Fédération Protestante de France,
- l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT),
- le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD),
- le Secours Catholique
- Pax Christi

Ainsi un groupe de réflexion sur les politiques d’asile rassemble autour de Justice et Paix-France la Commission sociale de l’episcopat, le Secours Catholique et le Service de la Pastorale des Migrants ;
participe à la conférence européenne des commissions Justice et Paix (25 pays représentés) et est en liaison régulière avec le Conseil pontifical Justice et Paix, dont le siège est à Rome.

Ses chantiers

Le chantier " Droits de l’Homme " travaille les questions touchant la défense et la promotion des droits de l’Homme, en partenariat avec l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), la Fédération internationale des ACAT (FI.ACAT), la Commission œcuménique de la Fédération Protestante et d’autres mouvements non confessionnels. Il s’intéresse à l’éducation aux droits de l’homme ; ses membres font des interventions, à la demande, dans des établissements scolaires, des paroisses et auprès de divers groupes. En 2001, il a élaboré pour le CCFD un document de travail qui rassemble des données sur la problématique des droits de l’homme et les populations en danger.

Action Récente des religieux au TOGO

A l’invitation de la conférence épiscopale du Togo, Mgr Maupu, président de Justice et Paix - France, se rendra à Lomé du 31 juillet au 7 août. Il sera accompagné de Denis Viénot, président de Caritas Internationalis et membre de Justice et Paix - France, d’un représentant du Secours catholique, du CCFD et de Justice et Paix - Allemagne. Cette visite a pour objectif d’accompagner l’Eglise qui est au Togo dans la lecture des défis actuels posés par la situation politique et de soutenir la mission des commissions Justice et Paix. Une délégation protestante sera également présente.

François MAUPU, Evêque de Verdun, Président de Justice et Paix France,( LA CROIX du 24août 2005)

 

© Copyright La Croix

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
lundi
18 décembre 2017
Lomé 27°C (à 03h)