Politique

Encore des journalistes dans la ligne de mire de la dictature togolaise

par Diastode , le 13 avril 2003, publié sur ufctogo.com

 

À force de n’avoir pas réussi à corrompre tous les journalistes togolais, ni à les prendre en défaut sur un plan politique, la dictature togolaise veut passer par la famille Amédégnato pour envoyer en prison certains d’entre eux, sous prétexte qu’ils auraient "sali la mémoire" de l’ancien Ministre Vigniko Amédégnato, décédé récemment.

Ainsi, le Directeur de Publication du journal "l’Événement", Filip Evégnon, et le Directeur de la rédaction du même journal, Dimas Dzikodo, sont cités à comparaître ce mercredi 16 avril 2003 à 08 heures au Tribunal de Première Instance de Lomé, pour répondre d’un article paru dans le numéro 162 de leur journal, le 19 mars 2003.

La famille Amédégnato en aurait contre les passages de l’article qui indiquaient que M. Amédégnato a "a terminé sa vie dans une privation totale, politiquement oublié", que "ces voisins immédiats... témoignent l’avoir continuellement vu s’accrocher derrière les Zémidjans (Taxi-moto) pour effectuer ses déplacements...", et aussi qu’"ancien Ambassadeur à l’Unesco et auprès du Saint-siège et Ministre de l’Information..., M. Amédégnato a terminé sa vie dans des conditions très peu enviables."

Il s’agit d’accusations dénuées de tout fondement, puisque pratiquement tout Lomé connaît les conditions de misères dans lesquelles l’ancien Ministre a passé malheureusement ses derniers jours. "On lui avait des fois coupé l’eau et l’électricité pour factures non-payés et nous tous le savons très bien," a déclaré un de ses proches-parents que nous avons rencontré à Lomé. "Qu’est-ce qu’il veulent au juste ?" rétorqua à Diastode.org, un avocat surpris du chef d’accusation, avant de continuer en ces termes en corsant l’addition : "Mais... tout le monde sait à Lomé que Amédégnato a terminé dans la mendicité !" Et son confrère d’ajouter : "Je croyais qu’à l’approche des échéances électorales, le régime n’organiserait plus ces genres de procès", avant de terminer : "Dans tous les cas, puisqu’ils veulent s’exposer encore sur la place publique, et bien nous serons là ! Les exemples sont foisons..."

Des sources plus qu’informées (c’est-à-dire des barons du RPT) ont même révélé à Diastode.org que, alors que M. Amédégnato était très malade, ses enfants ont cherché à plusieurs reprises à rencontrer le Président togolais pour que des soins appropriés lui soient fournis, mais celui-ci a toujours refusé de les recevoir.

Il est évident que c’est la main du pouvoir qui est derrière ces citations à comparaître. Il compte encore une fois sur ses hommes de mains dans la magistrature pour condamner injustement les deux journalistes. Tout cela relève de la logique de la stratégie de terreur que le régime met en place à la veille de chaque échéance électorale. Comme dirait l’autre, "Cabri mort n’a plus peur de couteau." ; une autre parodie de justice aura lieu ce mercredi. À moins que...

Week-end noir pour les politiques africains :
des décès, maladies, comparutions et coups d’état :
des signaux forts à décrypter


(Dimas Dzikodo, L’Événement, Lomé, Togo, 19 mars 2003)

La fin de la semaine qui vient de s’écouler a été marquée par des événements de taille qui, malheureusement, démontrent les limites de l’être humain quel que soit son rang social, et qui doivent amener nos hommes politiques, surtout eux, à réfléchir sur leur vie et leur devenir.

Le vendredi 14 mars à 9 heures 33 minutes, s’est éteint l’ancien Secrétaire Général du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), l’inspecteur Vigniko Amédégnato. Faisant partie de ceux qui avaient fait la pluie et le beau temps dans notre pays dans les années 80-90, il a terminé sa vie dans une privation totale, politiquement oublié. Ces voisins immédiats à Tokoin Trésor où il a résidé pour passer ses derniers moments, témoignent l’avoir continuellement vu s’accrocher derrière les Zémidjans (Taxi-motos) pour effectuer ses déplacements avant d’être finalement terrassé par une maladie qui l’emportera définitivement à l’au-délà. Ancien Ambassadeur à l’Unesco et auprès de Saint-siège et Ministre de l’information dans les années 80, M. Amédégnato a terminé sa vie dans des conditions très peu enviables.

Juste le lendemain samedi 15 mars, un autre poids lourds du régime Eyadèma dit adieu à ce monde des vivants. Il s’agit de Koffi Panou, ancien Ministre de la Communication et de la Formation civique et Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, portefeuille qu’il a délaissé à contre coeur à Roland Kpotsra l’année passée. Journaliste de profession, il n’a pas laissé de répit à la presse privée lors de son passage à la tête du Ministère de la Communication. Déclarant à qui veut l’entendre qu’"il est au service d’un homme (le Général Eyadèma, son beau-père) et qu’il ne quittera que si ce dernier quittait", il n’a pas hésité à défier tout un peuple, en déclarant à la Conférence Nationale Souveraine que "tout ce qui s’y faisait n’ira nulle part". Très suffisant, il n’a pas que d’amis dans le cercle du pouvoir dont il se fait l’avocat à travers le monde entier par le truchement des missions bidons et très budgétivore. Frappé par le diabète, il rendit l’âme aux funérailles de sa mère qui se déroulaient à Kabou (Bassar) où il a piqué une crise. Evacué sur Kara, cet ancien Secrétaire Général de la Présidence a quitté ce monde à l’âge de 55 ans. Très proche collaborateur d’Eyadèma, il est surnommé "le fidèle des fidèles". Lui aussi n’est plus de ce monde. Au même moment, des rumeurs folles, pas rassurantes, circulent à propos de la santé de l’ancien Ministre Gbégnon Amégboh, ancien directeur de Cabinet de la Présidence et un autre ancien Ministre, très proche collaborateur du chef de l’Etat considéré comme l’éminence grise du régime Eyadèma en proie à une maladie terrible ces derniers temps. Les mêmes rumeurs concernent aussi l’ex-Ministre de l’Intérieur Kpotivi Têvi Djidjogbé Laclé, un autre fidèle des fidèles, thuriféraire des thuriféraires d’Eyadèma qui depuis un bon bout de temps, est entrain de traverser des moments de privations, de démunitions et de maladie, frappé qu’il est, lui aussi, par le diabète.

Ce même samedi 15 Mars, c’est l’ancien chef rebelle, Fodey Sankoh surnommé "le coupeur des bras" qui comparait devant la justice pour répondre de ses crimes lorsqu’il dirigeait le RUF, une rébellion armée en Sierra-Leone. Lui qui faisait le jour et la nuit à la tête de sa rébellion et tenait tête aux politiciens, a comparu très malade et physiquement très diminué, et doit revenir s’attendre à la dure sentence de la justice. Fodey Sankoh est très connu du peuple togolais pour avoir passé un bon bout de temps dans notre capitale lors des négociations intersierraleonais que Lomé à abritées.

Un peu plus loin, c’est un autre chef d’Etat qui s’est marié à une Togolaise et qui a passé un long moment d’exil à Lomé qui est chassé comme un vulgaire voyou du pouvoir , ce même samedi 15 Mars. Ange-Félix Patassé a été renversé par son ancien chef d’Etat-Major qu’il avait limogé, François Bozizé, lorsqu’il revenait de la Conférence des Chefs d’Etat des pays Sahelo-sahariens qui s’était tenue à Niamey où il avait sabler le champagne. Il ne savait pas qu’il ne pouvait plus regagner sa luxueuse résidence privée qui était au passage, pillée. Son avion a essuyé des tirs des hommes de Bozizé et a redécollé pour se poser à Yaoundé, sur une terre étrangère. Patassé reprend ainsi le chemin de l’exil à cause de son arrogance, son orgueil et sa dictature après toute la galère qu’il a subie à Lomé avant de devenir Président.

Loin de nous l’idée de nous réjouir de ces situations que nous venons de relater, nous pensons plutôt que ces événements constituent des signaux forts pour nos hommes politiques qui devaient saisir l’occasion pour les scruter et les décrypter. "On ne fait pas l’expérience de sa propre mort" dit-on souvent ! Ces événements douloureux montrent malheureusement les limites de l’être humain, ses faiblesses et son impuissance face à certaines dures réalités de la vie. Ces événements nous prouvent que, que l’on soit infiniment riche, politiquement bien placé et militairement bien équipé jusqu’aux dents, il y a les maladies, la justice, les coups d’Etat et ... la mort. Oui, comme le Rockeur togolais l’a chanté, "E ! Ekoulilo !" (Eh ! la mort existe, elle est une réalité), nous savons que tout le monde ira. Mais nous devons nous demander "comment quitterons cette terre ?" Dans la misère, la détresse, l’isolement et de la façon prématurée ? Tout cela dépendra de nous. Car, même si nous pensons que tout ne peut qu’arriver à son temps, il y a aussi la mort prématurée, que nous-mêmes nous précipitons par nos actes de tous les jours. Et l’on peut mener une vie à mériter une retraite paisible, rassasier par l’âge si nous le voulons bien.

Tous les jours que le bon Dieu fait, nous devons nous efforcer à nous rendre compte qu’au-delà de tout : il y a les maladies, la justice, les coups d’Etat et la mort !

L’Événement, Lomé, Togo


 

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