Togo

En finir sans témoins

par L'Humanité (France) , le 29 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Cette fois, le pouvoir togolais semble avoir décidé d’en finir. Dans le quartier rebelle de Bé, dans la ville de Lomé, ce sont les bérets rouges, compagnie de parachutistes connue pour être une des plus dures, qui sont entrés en action hier matin. Même scénario à Aného, à la frontière avec le Bénin, où ces troupes de choc ont commencé mardi à ratisser la ville. Selon certains témoins, ils seraient rentrés dans les maisons, tabassant tout le monde, tirant à coup de gaz lacrymogènes et à balles réelles.

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Photo copyright AFP - Issouf Sanogo

Tabassage systématique

Dans cette jolie bourgade d’où sont issus trois dirigeants de l’opposition, la répression aurait commencé mardi, après que la jeunesse eut pris d’assaut le commissariat pour protester contre les résultats officiels des élections qui venaient d’être proclamés. L’armée a immédiatement investi la ville mais, selon certains habitants, la violence a pris depuis l’arrivée des bérets rouges une tournure plus dramatique. Le nombre de morts et de blessés serait important, mais le directeur de l’hôpital a refusé de donner des chiffres à la presse. Hier Aného était comme morte, toutes les boutiques fermées et des camions de militaires circulant dans les rues. Les villageois qui se trouvent sur la route entre Lomé et Aného n’ont pas non plus été épargnés. Ils décrivent les mêmes scènes de maisons pénétrées et de tabassage systématique. Apeurés, ils racontent avoir été depuis mardi la cible de quatre attaques successives, qui ont permis à l’armée d’enlever les troncs d’arbres et les barrages, qui, la veille, bloquaient encore le passage.

« Est-ce que nous sommes des animaux pour se faire tuer comme ça ? » s’interroge un Togolais. À en juger par l’attitude de la communauté internationale, la question ne semble pas dénuée de sens. Chargée de surveiller l’élection présidentielle pourtant entachée de nombreuses et visibles irrégularités, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a donné sa bénédiction au scrutin, avant même la cour constitutionnelle togolaise. Même chose pour la France qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier s’est félicité dès lundi du bon déroulement du processus électoral, avant de se rétracter hier en estimant « ne pas avoir à porter d’appréciation ». Face aux critiques, le ministre français a également déclaré qu « il n’y avait pas d’ingérence de la France » dans la politique intérieure du Togo. Sans doute exaspéré par l’attitude inconséquente de l’opposition togolaise qui, après l’avoir acceptée, a rejeté sa dernière tentative de conciliation, Olesegun Obasandjo, chef d’État nigérian et président de l’Union africaine, a lui aussi entériné les résultats donnés par le pouvoir. Il a qualifié d’irresponsables les déclarations de l’opposition, qui s’était la veille proclamée victorieuse du scrutin, estimant qu’il y avait bien « un vaincu et un vainqueur ». Même son de cloche à l’ONU où Kofi Annan s’est réjoui de « la responsabilité de la classe politique togolaise ». Seule voie discordante, le département d’État américain a jugé hier « insatisfaisant le déroulement des élections ». Son porte-parole a évoqué « des irrégularités durant la préparation du scrutin » et des « vices de procédures » le jour du vote.

La presse internationale semble être la prochaine cible du pouvoir togolais. Hier, le ministre de la Communication, Pitang Tchalla, s’en est pris lors d’une conférence de presse au « comportement de certains journalistes ». Il a estimé « longue la liste des manquements à l’éthique » et accusé certains d’être « venus avec des idées préconçues ». Particulièrement dans la ligne de mire, Radio France internationale, dont les antennes locales sont coupées depuis mercredi matin et TV5, qui est parvenu à filmer des militaires emportant une urne. Décidé à empêcher ces témoins de travailler, le ministre a ensuite annoncé qu’aucune accréditation ne serait renouvelée au-delà du 30 avril.

Interdiction de filmer

Ce discours correspond bien au comportement observé hier sur le terrain. Un groupe de cameramans qui se rendaient à Bé s’est vu signifier l’interdiction de filmer. À Aného, une dizaine de journalistes ont été convoqués par le lieutenant de la zone, moins d’une demi-heure après être arrivés en ville. Malgré des accréditations en bonne et due forme, l’autorité militaire leur a, poliment mais fermement, intimé l’ordre de rentrer sur Lomé. Seuls témoins des massacres, les journalistes semblent de plus en plus gênants pour les autorités togolaises. À en juger par l’attitude de l’ambassadeur de France, Alain Holleville, ils le sont aussi pour Paris. Recevant avant le scrutin un groupe de journalistes, il s’est permis de leur faire la leçon. En termes diplomatiques, il les a accusés de porter la responsabilité d’éventuels débordements à venir.

Camille Bauer

 

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