Opinion

Elections en Afrique - Quel ministre ose défier un chef d’Etat ?

par Le Pays (Burkina) , le 5 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

En France, l’élection présidentielle est prévue pour 2007. La classe politique est déjà en ébullition. Ce n’est pas encore la veillée d’armes, mais chacun, par anticipation, affûte ses armes. Comme pour dire qu’en politique aussi, il faut savoir partir à point en auscultant les intentions de l’adversaire, en épiant ses moindres petits gestes et en disséquant ses petites phrases.

 

Dans le camp présidentiel, ce n’est pas encore le séisme. Cependant, comme en prélude à une campagne présidentielle qui s’annonce âpre, Nicolas Sarkosy, ministre de l’Intérieur, vient de jeter un petit grain de sable dans le couscous de Jacques Chirac. En réaction à une éventuelle candidature du chef de l’Etat en 2007, M. Sarkosy a estimé, de façon subtile, que les Français en auront assez d’un président peu soucieux d’alternance.

En fait, Nicolas Sarkosy, en termes plus courtois, fait siens, les propos tenus par Lionel Jospin lors de la précédente campagne présidentielle. Ce dernier avait en effet indiqué sans détours que l’âge avancé de Chirac était un handicap pour de nouvelles ambitions présidentielles. Toujours est-il que Nicolas Sarkosy, en annonçant déjà les couleurs, veut prouver qu’on peut être ensemble sans perdre son identité et que la solidarité gouvernementale ne doit pas signifier renoncement à sa vision sur la manière de conduire le pays. Bien entendu, si le ministre français peut se permettre ces écarts de langage sans courir le risque d’être limogé, c’est qu’il évolue en terrain favorable. En effet, la France est un pays où l’environnement institutionnel et les différents mécanismes qui le sous-tendent, constituent un socle sur lequel viennent se briser toutes les tentations aux intimidations. Si Sarkosy était candidat en 2007, il ne ferait que rééditer l’exemple de tant d’autres hommes du sérail présidentiel qui, par le passé,s’étaient démarqués du chef de l’Etat en présentant leur précandidature. En France, on est coutumier des campagnes au cours desquelles parfois deux candidats, pourtant issus du même moule politique ne se font pas de cadeaux en échangeant des propos assassins. Par ailleurs, en France, la conviction est fortement ancrée dans les esprits que la conduite d’un ministère n’est pas un métier, ni même une fonction, mais une mission. Loin d’être une fin en soi, exercer une fonction ministérielle est l’insigne honneur fait à un citoyen choisi parmi tant d’autres, pour servir la Nation et non pour se servir de la Nation, en faisant partager ses idées et en s’enrichissant de celles des autres. Enfin en France en particulier, et dans certaines démocraties occidentales en général, n’est pas toujours ministre qui le veut. Il faut avoir une base arrière. En un mot, avoir un fief et un électorat. Il faut aussi un projet de société. Et Dieu seul sait combien Nicolas Sarkosy qui n’est pas un foetus en politique, en a. Ce n’est pas un hasard en tout cas, s’il occupe un poste hautement stratégique en France, celui de ministre de l’Intérieur. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que ce dernier, le moment venu, rende le tablier pour être libre dans sa stratégie de conquête de l’Elysée. De son côté, Jacques Chirac réfléchira longtemps avant de remercier un tel ministre populaire et conscient de l’être s’il veut éviter le risque d’une fracture au sein de la majorité présidentielle. Mais, c’est tout ce remue-ménage où les courants d’idées s’expriment et s’entrechoquent librement à l’intérieur comme à l’extérieur des partis, qui fait le charme de la démocratie. Un charme qui permet à un ministre de ne pas renoncer à ses ambitions pour plaire au chef de l’Etat et qui est conscient que son avenir ne réside pas forcément dans le gouvernement. En Afrique, qui oserait franchir cette ligne rouge ?

Quel ministre, oserait se mettre en réserve de la République en défiant le chef de l’Etat pour ne pas dire le chef tout court dont il a contribué à monarchiser le pouvoir et en faisant souvent l’apologie du culte de la personnalité du chef ? On l’a vu au Cameroun où un ancien ministre croupit actuellement dans les geôles pour avoir manifesté des velléités de présidentiable. En Afrique, la perception que se font la plupart des présidents de leur fonction et la manière parfois consentante dont nous les acceptons comme tels, font que les rapports entre les chefs d’Etat et leurs collaborateurs sont ceux du suzerain et de ses vassaux. Du reste, en Afrique, assez précautionneux pour dissuader tout clin d’oeil vers leur trône, certains chefs d’Etat évitent d’appeler dans leur gouvernement de fortes têtes. Ils préfèrent s’entourer de personnages sans relief, sans poids politique. Vite propulsés dans les sphères corruptogènes de l’Etat, de tels individus sont l’objet d’intimidations et de chantage.

Pour ne pas hypothéquer leur avenir politique sinon leur avenir tout court, ces opportunistes n’ont d’autres choix que de contribuer à ce que le chef de l’Etat devienne le seul référentiel incontournable pour toute la Nation. Même si par la suite, ils doivent le regretter. L’ensemble du Togo est là pour l’attester.

Mais, il n’y a pas que ceux qui arpentent les allées du pouvoir qui sont dans le collimateur des chefs d’Etat. En Mauritanie, un ancien président, adversaire de Ould Taya et candidat malheureux à la dernière présidentielle, a maille à partir avec la justice de son pays. Au Rwanda, la candidature de l’ancien premier ministre, Faustin Twagiramungu à l’élection présidentielle a été invalidée, officiellement pour cause de déviance ethnique. Les exemples sont légion en Afrique où la seule alternative offerte aussi bien aux opposants qu’aux partisans, c’est d’être ombilicalement tributaires du chef de l’Etat. Leur succès ou leur échec dépend de la volonté de ce dernier. Seules les candidatures alibi suscitées pour accompagner les chefs d’Etat et servir de faire valoir aux yeux de l’extérieur sont tolérées.

Le Pays

 

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