Mondialisation

Difficile concurrence entre commerçants asiatiques et africains

par IPS Inter Press Service , le 28 août 2006, publié sur ufctogo.com

Les prix pratiqués par des commerçants asiatiques faussent les règles du marché au Gabon où leurs articles importés défient toute concurrence au point de contraindre certains opérateurs économiques locaux à fermer boutique.

 

Les prix pratiqués par des commerçants asiatiques faussent les règles du marché au Gabon où leurs articles importés défient toute concurrence au point de contraindre certains opérateurs économiques locaux à fermer boutique.

Les Chinois sont les plus nombreux parmi les Asiatiques vivant au Gabon et ils sont remarquables dans la vente des produits cosmétiques, la restauration, les boutiques où on trouve des objets divers, les salons de coiffure et, plus récemment encore, dans des cabinets médicaux ou de massage, éparpillés à travers les villes gabonaises.

"Après une formation à l’école de coiffure et d’esthétique de Libreville, j’ai ouvert un salon de coiffure au centre-ville, mais mes prestations attiraient peu de clientèle à cause de mes tarifs jugés élevés alors que ceux des coiffeuses et esthéticiennes des salons asiatiques revenaient moins chers", se plaint Hélène Posso, une jeune femme gabonaise qui travaille depuis trois ans.

Posso a déclaré à IPS qu’il "est difficile de vendre des produits à un prix plus bas pour éviter d’enregistrer des pertes car les prix homologués par la Direction des prix sont les seuls recommandés. Mais les Asiatiques proposent des prix encore plus bas sans que leur marge bénéficiaire ne soit affectée".

Face à cette concurrence, elle s’est finalement engagée à cumuler le traitement des cheveux avec la vente du matériel et équipements pour salon de coiffure afin de maintenir ses activités.

Depuis quelque temps, les établissements de coiffure et d’esthétique au Gabon s’approvisionnent en divers produits et accessoires auprès des commerçants grossistes asiatiques locaux. Des produits comme des ciseaux, appareils à défriser, casques, mèches de cheveux qui sont importés directement d’Asie.

Des agents de la Direction de la consommation, un service du ministère du Commerce, à Libreville, la capitale gabonaise, expliquent la différence de prix par la "capacité des commerçants asiatiques à constituer une communauté soudée et bien organisée". Ils importent en groupe, par conteneurs, leurs produits alors que les Africains les importent de manière individuelle et en petite quantité.

Lee Luo, un commerçant sud-coréen, spécialisé dans la vente et l’importation des composants électroniques, explique à IPS l’origine des prix bas : "Nous achetons à la source nos marchandises et auprès des intermédiaires qui font partie de notre chaîne de distribution. De plus, toutes les commandes sont regroupées lors du transport, ce qui baisse les charges de manière importante au départ de l’usine".

Hu Ming, une esthéticienne sud-coréenne, est arrivée au Gabon avec sa fille et son époux en 1993. En 12 ans, elle est passée de la location d’un salon à la propriété en construisant, elle-même, un petit immeuble d’un étage, à Libreville.

"Le salon ne désemplit pas puisque les hommes et les femmes s’y rendent avec assiduité ; que ce soit des dames pour un coup de peigne dès 7 heures du matin avant de se rendre à leur lieu de travail, ou encore les hommes pour un rasage. Mais nous avons dû travailler dur pendant toutes ces années, sans repos", explique Ming à IPS.

Bien implantés et réputés pour leur sérieux professionnel, les propriétaires des salons asiatiques n’hésitent pas à débaucher des coiffeuses africaines spécialisées dans le traitement des cheveux crépus ou métissés dans d’autres salons en leur proposant des salaires plus élevés. Souvent, ces coiffeuses emmènent avec elles une bonne partie de leur clientèle vers leur nouveau patron au détriment de l’ancien.

Ces pratiques pénalisent les opérateurs africains dont les nationaux, qui perdent à la fois de la clientèle et leur personnel dans un secteur assez saturé et dans lequel, généralement, les coiffeuses et coiffeurs ne sont pas engagés sous contrat.

Sylviane Ndinga, patronne d’un salon de coiffure de la périphérie de Libreville, qui a été abandonnée par ses coiffeuses vedettes pour une concurrente asiatique, a déclaré à IPS : "C’est affreux de tout remettre en question du jour au lendemain car mes coiffeuses me quittent après une solide expérience acquise chez moi en une dizaine d’années".

"Le gouvernement devrait mettre de l’ordre dans ce genre de vagabondage et demander aux patrons asiatiques de ne pas briser les élans des opérateurs locaux qui, comme nous, n’ont pas de gros moyens".

Pour l’instant, le gouvernement n’a pas réagi et préfère garder le silence, se cachant derrière le principe de la libre concurrence dans une économie libérale.

Mais les opérateurs gabonais, menacés dans leurs activités face aux "prix bradés" par les Asiatiques, dénoncent une "concurrence déloyale". Selon eux, nombreux sont les commerçants africains dont les affaires prospéraient autrefois, mais qui, aujourd’hui, ont vu le volume de leurs activités chuter considérablement.

"Je suis commerçant grossiste sénégalais et je vends depuis cinq ans des vêtements fabriqués en Chine à des prix défiant toute concurrence, comme les Asiatiques de Libreville car j’achète personnellement mes vêtements pour enfants et femmes à Hong Kong", indique à IPS, Abdoulaye Gueye qui vend moins cher des robes, des ensembles pour femmes et enfants au grand marché de Mont-Bouet de Libreville. "Au départ, je vendais au détail, mais la concurrence avec les boutiques asiatiques m’a fait changer le fusil d’épaule. Je n’avais plus le choix".

Dans le secteur de la restauration rapide, les Asiatiques sont de sérieux concurrents au Gabon et exercent également des métiers délaissés par les Gabonais, notamment dans les domaines du froid et de la climatisation, la tôlerie et la peinture.

Depuis peu, des dames chinoises vendent également des vêtements dans la rue comme le font traditionnellement les femmes originaires d’Afrique de l’ouest installées au Gabon depuis plusieurs générations.

Une vendeuse ambulante chinoise, qui propose des vêtements et des sacs dans la rue, explique que "l’agrément de commerce revient cher et il est difficile de louer un local à bail commercial au centre-ville. C’est hors de prix, sans compter les charges. Le mieux c’est de passer par le secteur informel d’abord".

Pour Alimatou Keita, une Malienne qui vend des bijoux, "Cela coûte cher de se lancer dans un commerce formel et de plus, les populations achètent plus dans la rue qu’au magasin puisqu’il y a une possibilité de marchander dans la rue et c’est plus rapide".

Selon l’ambassade de Chine au Gabon, les Chinois sont officiellement au nombre de 30.000 dans ce petit pays pétrolier d’Afrique centrale. Cela représente une importante communauté étrangère après celles des Français et des Libanais.

Souvent discrets, les opérateurs chinois, qui ont commencé à arriver au Gabon dans les années 1970 après une tournée asiatique du chef de l’Etat gabonais, ont réalisé depuis 1993 une percée commerciale dans plusieurs secteurs économiques du Gabon. La Chine et le Gabon ont établi des relations diplomatiques en 1974.

"La bonne coopération entre le Gabon et la Chine a favorisé la venue des Chinois au Gabon et parallèlement, ils sont reconnus pour la qualité de leur travail et la portée de leurs engagements dans le développement du pays. Les résultats sont palpables sur le terrain", affirme à IPS, François Mengue Nang, un diplomate gabonais au ministère des Affaires étrangères.

Le Gabon "a assoupli sa politique d’immigration à l’égard des Asiatiques, du moins pour le moment, et depuis la visite du président chinois Hu Jintao au Gabon en janvier 2004".

Antoine Lawson - Libreville - Inter Press Service (Johannesburg)

 

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