Justice

Denard, corsaire ou pirate ? Jugement en délibéré

par RFI (France) , le 16 mars 2006, publié sur ufctogo.com

Le procès du mercenaire français s’est achevé mercredi 15 mars 2006 au Tribunal correctionnel de Paris. Le jugement sera rendu en délibéré le 20 juin. Son avocat, Me Elie Hatem, a plaidé la relaxe. Selon lui, Bob Denard n’a fait que servir au mieux les intérêts français.

 

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Bob Denard, le « bouc émissaire » de la
France selon son avocat Me Hatem,
encourt 5 ans d’emprisonnement. (Photo : AFP)

Hier, le principal prévenu n’était toujours pas dans le box des accusés pour cause d’Alzheimer. Il encourt quand même cinq ans d’emprisonnement ferme pour son coup de force aux Comores en 1995. Il avait à l’époque destitué le président Saïd Mohamed Djohar, avec une trentaine d’hommes, dont vingt-six présents aux audiences durant ces trois dernières semaines. Corsaire de la République ou pirate ? Le procès a tourné principalement autour de cette question. La défense prétend que Robert Denard serait parti à Moroni sous le contrôle des services secrets français. Il aurait reçu, à défaut d’un engagement clair de la part de l’autorité légitime, un « feu orange » de la part de la Direction générale des services extérieurs (DGSE, contre-espionnage). A la tête de la sécurité et du renseignement de la présidence comorienne de l’époque se trouvaient des hommes du service action de la DGSE. Ils n’auraient, semble-t-il, pas hésité à donner un coup de main aux mercenaires.

Pour conforter sa thèse sur l’implication française, Me Elie Hatem, l’avocat de Denard, rappelle que la réussite de l’opération passait par un changement de pouvoir. Djohar devait renoncer à ses fonctions : « Il a été séquestré trois mois à la Réunion, non par mon client, mais par les autorités françaises ». On lui aurait préféré des « intérimaires » après le coup. « S’il y a crime, alors il y a recel de crime par l’armée française », déclarait un avocat de la défense mardi dernier. Le vice-président de Djohar, Caambi El Yachroutu, aurait même dû lui faire signer une lettre de démission, suite à une demande française. Il n’aurait pas osé. Malacrino, un des amis de Denard, également prévenu, a ainsi expliqué au tribunal, que pour garder Mayotte, la France les envoyait faire le sale boulot. Pour Me Elie Hatem, l’intervention française à Moroni n’était là que pour soigner l’image du gouvernement Juppé. Il exige donc la relaxe pour son client au nom des bons et loyaux services rendus à l’Etat français.

Olivier Bray, le procureur de la République, qui a requis cinq ans d’emprisonnement ferme pour Denard, parle, lui, d’intoxication. « Ils ont tout simplement braqué un pays ». Denard aurait d’ailleurs fait comprendre à certains de ses hommes qu’il n’était pas tout à fait couvert sur cette sombre affaire. Impression partagée du côté des parties civiles : « Dans ce dossier, affirment de concert les avocats comoriens, les services secrets sont totalement absents ». Bien que partagés sur l’art et la manière de défendre leurs intérêts respectifs, au point de se tirer quelque peu dans les pattes publiquement au sortir des audiences, ils ont tenu à lever le doute sur la responsabilité de la France dans cette opération, dont le motif serait essentiellement d’ordre financier.

Denard a « balancé » tous ses clients comoriens

Pour Me Sossah, avocat de l’Etat comorien, il s’agirait ici de blâmer Denard « comme il le mérite », mais pas seulement. « Balayons devant notre porte ! », s’exclame-t-il en insistant sur le fait que les Comores instruisent ce procès par procuration : « Dès lors que l’on décline sa souveraineté au profit d’un Etat tiers, on se résout à subir sa loi ». Pour lui, ce sont les autorités comoriennes qui auraient dû organiser ce procès : « C’est tout de même hallucinant de voir qu’aucune mesure particulière n’ait été prise aux Comores mêmes contre les hommes politiques qui ont commandité le coup de force. Bien au contraire, ils ont eu l’honneur de se présenter devant les électeurs et d’être élus ». Principale victime de ce coup de force, Saïd Mohamed Djohar, mort à deux jours de l’ouverture du procès, avait déjà évoqué cette possibilité, en indiquant que pour ne pas inquiéter certaines personnes influentes sur la scène politique comorienne actuelle, il préférait garder le fin mot de toute cette histoire pour ses mémoires en cours d’écriture.

A l’inverse, Denard, lui, n’a pas hésité à donner les noms de ses « amis » de l’opposition comorienne. Refusant de dresser une liste exhaustive de tous ses commanditaires, y compris ceux de la filière hongkongaise, ses principaux bailleurs de fond d’après ses dires, il a « balancé » tous ses clients comoriens. Ce qui ranime un autre débat dans l’Archipel, à savoir : quel sort réserver à tous ceux qui sont liés de près ou de loin aux opérations mercenaires passées ou récentes dans ces îles. Une question qui embarrasse beaucoup. Aucun homme politique du cru n’a, à ce jour, été inquiété pour un tel délit. « Un vrai problème, nous lâche un militant de SOS-Démocratie, une association comorienne de la diaspora, lorsqu’on tient compte du nombre de personnalités comoriennes, qui viennent servir la cause des mercenaires au Tribunal de Paris depuis les assises de 1999 ». Ce mercredi 15 mars, l’un d’entre eux, surnommé « Bakari Giscard », a dû être protégé par les prévenus eux-mêmes et par les CRS pour ne pas être lynché par les quelques comoriens présents à l’audience.

par Soeuf Elbadawi

 

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