Droits de l’homme

Démocratie en Afrique : un chemin semé d’embûches

par AFP , le 19 novembre 2003, publié sur ufctogo.com

Régression de la démocratie ou inévitables cahots sur un chemin semé d’embûches, plusieurs coups d’Etat, élections contestées et Constitutions dénaturées, arrestations d’opposants ou de journalistes ont semé le doute ces derniers mois sur la direction suivie par l’Afrique.

 

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"C’est le signe d’un retour en arrière dans des pays qu’on croyait arrimés à la démocratie", déclarait fin octobre le secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF), Robert Ménard, après le meurtre à Abidjan de Jean Hélène, journaliste de Radio France Internationale (RFI).

Evoquant aussi l’expulsion de la correspondante de RFI à Dakar, il se disait "étonné" par cette décision, tant il était convaincu jusqu’alors que le Sénégal était étranger à des mesures aussi extrêmes.

Dans le même temps, un opposant sénégalais était agressé à coups de marteau par des inconnus, tandis que la mort de Jean Hélène intervenait dans un contexte de haine exacerbée par la plus grave crise politico-militaire qu’ait jamais connue la Côte d’Ivoire, jadis havre de stabilité.

Parallèlement, alors qu’aucun coup de force n’était parvenu à renverser un régime depuis 1999 - sauf dans l’île comorienne d’Anjouan, en 2001 - l’Afrique a connu en 2003 plusieurs coups d’Etat, certains manqués, d’autres "réussis".

Le 15 mars, en Centrafrique, le président Ange-Félix Patassé était renversé par l’ancien chef d’état-major, le général François Bozizé.

Le 14 septembre, Kumba Yala, président de Guinée-Bissau, était évincé par l’armée, sans un coup de feu et à la satisfaction de la population, lassée par l’incurie du régime.

Entre-temps, en juillet, à Sao Tomé et Principe, le régime de Fradique de Menezes était renversé, mais réinstallé une semaine plus tard par une médiation internationale.

Des putschs et mutineries ont aussi été tentés, préparés ou dénoncés cette année en Mauritanie, au Niger, aux Comores, au Burkina Faso.

Par ailleurs, aux coups d’Etat militaires se sont ajoutés ce que certaines oppositions ont appelé des "coups de force constitutionnels", qui ont permis non pas l’installation de nouveaux régimes, mais le maintien au pouvoir de dirigeants en fonction depuis dix, vingt ou trente ans.

Nombre de Constitutions adoptées au début des années 90, dans la foulée du discours prononcé à La Baule par le président français François Mitterrand, avaient "cadré" le pouvoir, en limitant notamment le nombre de mandats présidentiels.

Or, depuis 1999, la Namibie, la Guinée, le Togo, la Tunisie, le Gabon, ont modifié leurs lois fondamentales, permettant à leurs présidents de briguer de nouveaux mandats.

Les pouvoirs estiment qu’il y va de la "stabilité" des pays concernés. Les opposants pensent qu’il s’agit d’instaurer des "présidences à vie" et des rentes illimitées pour l’entourage du Prince.

L’année passée, comme les précédentes, l’Afrique a beaucoup voté, quoique avec des taux de participation généralement en baisse.

Les pouvoirs garantissent généralement la "transparence" du vote, l’opposition crie parfois à la "fraude massive" ou, dans quelques cas de nature à donner tort aux "afro-pessimistes", les perdants félicitent les vainqueurs.

En décembre 2002, le Kenya a connu l’alternance et s’est trouvé consacré comme un modèle de démocratie.

Les élections municipales de mercredi au Mozambique devraient aussi illustrer l’élargissement progressif de la démocratie, alors que le Zimbabwe voisin a connu en 2002 une présidentielle dramatique et éminemment contestée.

Le 7 novembre, la Mauritanie aurait pu connaître sa "meilleure" présidentielle, si le principal adversaire du président sortant n’avait pas été arrêté sous l’accusation de complot et si l’opposition n’avait pas rejeté les résultats du vote.

Le 21 décembre, la Guinée - une "démocrature", selon certains habitants - devrait vivre une présidentielle sans suspense, puisque Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984, n’aura qu’un "petit" adversaire, quasi-inconnu du monde politique.

Les poids-lourds de l’opposition, eux, ont estimé que cela ne valait pas la peine de dépenser argent et énergie pour un scrutin de toute façon joué d’avance.

Certains observateurs de la politique africaine, comme l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, estiment que les bailleurs de fonds devraient cesser de se focaliser sur les élections, loin de garantir la pérennité d’une démocratie, mais conditionner plutôt leur soutien à la liberté d’opinion et de presse, à l’abolition de la torture, à l’indépendance de la justice...

D’autres voix, comme celles de l’historienne malienne Adame Ba Konaré, préconisent aussi l’adoption de systèmes démocratiques non pas "imposés" de l’extérieur, mais inspirés des valeurs africaines ancestrales.

© 2003 AFP

 

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