Gilchrist Olympio

Déclaration du Président de l’UFC devant la Commission « Coopération et Développement" du Parlement Européen »

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 2 octobre 2003, publié sur ufctogo.com

Le peuple togolais est si exaspéré par tant de violence, de violations des droits de l’homme, de déficit démocratique que le pays pourrait à tout moment basculer dans une situation d’explosion que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter.

 

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Messieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires

C’est la première fois que l’occasion nous est donnée de venir présenter nos doléances devant la Commission Coopération et Développement du Parlement européen depuis l’élection présidentielle du 1er juin 2003 au Togo.

Nous vous remercions très sincèrement de l’honneur que vous nous faites de bien vouloir nous recevoir et de prêter attention à notre analyse de la crise politique qui perdure dans le pays, ainsi qu’aux solutions que nous vous soumettons pour en sortir.

Comme vous le savez, l’élection présidentielle du 1er juin 2003 a été organisée dans des conditions irrégulières à savoir :

1 - la dénonciation unilatérale par le pouvoir de l’Accord-cadre de Lomé issu du Dialogue intertogolais de juillet 1999 ;

2 - la modification unilatérale par le pouvoir du Code électoral consensuel avec l’introduction de nouvelles lois anti-constitutionnelles d’exclusion frappant particulièrement ma personne ;

3 - la modification subreptice de la Constitution à quelques mois de l’élection contrairement à l’esprit et à la lettre de l’Accord de Bamako signé par les pays de l’espace francophone et le contrôle de la bonne gouvernance dans le NEPAD ;

4 - les élections ont été entachées de fraudes, notamment :
- d’ajouts illégaux de nouvelles circonscriptions électorales, notamment dans le Nord ;
- des listes électorales gonflées ;
- rétention massive, arbitraire et illégale de l’ordre de 60% des cartes d’électeurs dans les régions maritime, et des plateaux, considérées par le pouvoir comme fief de l’opposition ;
- bourrage des urnes et destruction de celles supposées favorables à l’opposition ;
- tripatouillage des résultats au niveau des Commissions électorales locales par le remplacement des fiches des résultats dûment signées dans les bureaux de vote par les représentants des partis, pour ne citer que ces quelques fraudes flagrantes.

Les résultats officiels de cette élection présidentielle ont été contestés par tous les partis de l’opposition, notamment par l’UFC dont le candidat, M. Emmanuel Bob AKITANI est sorti vainqueur avec 54,85% des suffrages en sa faveur contre 34% au Président sortant, qui a fait 40 ans au pouvoir. Résultats que nous sommes en mesure de prouver si l’occasion nous en est donnée, car nous détenons les fiches des résultats dûment signés par les présidents des bureaux de votes et les représentants des partis.

Des violences ont été perpétrées par le pouvoir avant, pendant et après cette élection, occasionnant des morts et des disparitions de personnes dans les rangs de l’opposition comme Amnesty International en a fait état dans ses rapports et comme la Délégation de l’Union européenne en a fait mention.

La Communauté internationale, notamment l’Union européenne ont réagi à cette mascarade d’élection et aux violences consécutives.

Je rappelle à cet égard la Déclaration de l’Union européenne qui a exprimé sa vive préoccupation concernant les incidents survenus avant, pendant et après ladite élection, particulièrement, je cite :
- les restrictions imposées à l’opposition sous forme de disqualifications, de harcèlement et d’interpellations ;
- les entraves à la liberté d’expression ;
- le refus d’accès pour certains aux listes électorales ;
- les incidents de retraits des cartes d’électeurs et les cas de fermeture des bureaux de vote qui ont empêché de nombreux togolais de s’exprimer ;
- les difficultés de collecte et de transmission des résultats par les Commissions électorales locales ;
- les violents affrontements de Tsévié et l’interpellation des membres de l’opposition après l’élection. Fin de citation.

Nous tirons de ces réactions de l’Union européenne, les conséquences ci-après :

- 1 Si l’Union européenne déclare que cette élection n’est pas transparente équitable et acceptable pour tous, c’est parce que cette élection n’a pas apporté de solution aux violations des droits de l’homme aux manquements à la démocratie et aux actes de violence commis par le pouvoir qui ont été à l’origine de la suspension de la coopération entre l’Union européenne et le TOGO depuis 1993.
- 2 Malgré cela, l’Union européenne a demandé au pouvoir et à l’opposition d’engager un dialogue en vue de trouver une solution démocratique que l’Union européenne prendrait en compte pour une position à adopter vis-à-vis du Togo.

Or, il s’avère que, d’une part le gouvernement togolais n’a pas créé les conditions devant permettre à l’opposition de rechercher avec lui une solution dans le sens souhaité par l’Union européenne. En effet, l’opposition ne peut pas s’engager dans des négociations avec le pouvoir alors que ses membres sont arrêtés, torturés et jetés en prison sans jugement.

D’autre part, le pouvoir a constitué un nouveau gouvernement qui n’est pas d’union nationale mais exclusivement de son parti, le Rassemblement du peuple togolais(RPT) et qui n’a fait aucune place à l’opposition. Les amendements constitutionnels apportés de façon unilatérale par M.Eyadéma ont réduit l’indépendance et les pouvoirs du premier ministre qui n’est qu’un fonctionnaire que M.Eyadéma peut nommer et révoquer selon sa volonté.

Au contraire, le pouvoir s’engage dans une politique de fuite en avant en organisant des élections locales sur la base du Code électoral modifié qui a déjà servi à l’organisation de l’élection présidentielle contestée.

De plus, la nouvelle Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) mise en place pour les élections locales, n’est ni équitable dans sa composition, ni indépendante dans son fonctionnement. Elle comprend 9 membres, dont 5 qui appartiennent au parti de M.Eyadéma, 2 membres des partis alliés de M. Eyadéma et 2 membres de l’opposition. C’est une structure conçue pour garantir la victoire du pouvoir, comme ce fut le cas à la dernière élection présidentielle contestée.

De plus, l’autonomie des collectivités sur le plan administratif et financier, tel que prévu par la Constitution a été entièrement annulée par les derniers amendements apportés unilatéralement à la Constitution par le pouvoir.

Il est donc normal que l’opposition n’accepte pas de participer à de telles consultations électorales locales. Et ce d’autant plus qu’elle ne voudra pas cautionner comme par le passé des élections tronquées qui une fois encore ne résoudraient pas nos problèmes de démocratie, de bonne gouvernance et de respect de droits de l’homme.

Enfin, le pouvoir continue la répression commencée depuis l’organisation de l’élection présidentielle créant ainsi une atmosphère d’intimidation et un climat de terreur qui ne permettront pas à la population de participer librement aux dites élections locales. Nous signalons dans ce contexte

- 1 l’arrestation et l’incarcération de plus de cinquante de nos militants UFC sans motif et des dizaines d’autres qui ont pris le chemin de l’exil ;
- 2 des journalistes emprisonnés et torturés
- 3 des médias publics confisqués

Dans le Nord du pays, des militants de notre parti sont emprisonnés depuis plus de dix mois sans inculpation.
Le Secrétaire général et le 3ème Vice-président de notre parti ont été interpellés au lendemain de l’élection présidentielle et inculpés sans preuve pour complicité de trouble à l’ordre public et il leur est interdit de sortir du territoire togolais

Compte tenu de cette situation, l’UFC propose les solutions suivantes :

- 1 Engager un dialogue politique intertogolais efficace permettant une confrontation des résultats de l’élection présidentielle du 1er juin 2003 tel que la Commission l’a d’ailleurs envisagé dans une communication du 31 juillet 2003.
- 2 Demander expressément au régime en place de revenir à la situation de l’Accord-cadre de Lomé, d’abroger les amendements apportés à la Constitution ainsi qu’au Code électoral consensuel
- 3 Envisager, certes, dans l’avenir des élections locales, non pas dans les conditions d’un code électoral révisé mais dans un contexte général d’élections sur la base de l’Accord -cadre de Lomé et du code électoral, comprenant les élections présidentielles, législatives et locales avec la collaboration étroite de la Communauté internationale avant, pendant et après ces consultations.
- 4 Libérer les détenus politiques
- 5 Restituer le passeport du Président de L’UFC, ainsi que les pièces d’identité du Secrétaire général et du vice -président de l’UFC
- 6 Ce dialogue que nous voulons efficace aura pour objectif principal la constitution d’un gouvernement de transition comportant toutes les formations politiques et la société civile en vue d’organiser toutes consultations futures en pleine collaboration avec la Communauté internationale en amont, pendant et en aval. Proposer à M.Eyadéma une retraite après 40 ans de pouvoir en lui offrant toutes les garanties d’amnistie aussi bien au Togo que dans le pays d’exil de son choix.

Point n’est besoin de souligner que nous avançons ces solutions dans un esprit de paix et dans le souci de restaurer la démocratie et l’Etat de droit dans notre pays.

Car le peuple togolais est si exaspéré par tant de violence, de violations des droits de l’homme, de déficit démocratique que le pays pourrait à tout moment basculer dans une situation d’explosion que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter.

Je vous remercie de votre attention.

Gilchrist Olympio, Bruxelles le 1er octobre 2003

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