Gilchrist Olympio

Déclaration de Gilchrist Olympio à la journée du Togo

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 8 novembre 2003, publié sur ufctogo.com

Déclaration liminaire du Président national de l’Union des Forces de Changement (UFC) à la journée-rencontre du 8 novembre 2003 à Paris.

 

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Chers Compatriotes, Chers Amis du Togo.
Je me réjouis de notre rencontre d’aujourd’hui, espérant qu’elle nous donnera l’occasion d’échanger nos points de vue sur la crise politique qui perdure dans notre pays et d’envisager ensemble des solutions qui nous permettraient d’en sortir au plus vite et durablement.

Je voudrais tout d’abord vous remercier de votre présence et en particulier souhaiter la bienvenue à nos frères et sœurs qui sont arrivés des pays voisins. Cette rencontre ne se limite pas aux membres et sympathisants de l’UFC. Elle est ouverte à tous les Togolais et Amis du Togo. Je me félicite de leur présence parmi nous et les remercie d’avance des idées qu’ils voudront bien nous apporter pour la restauration de la démocratie dans notre pays.

Au lendemain de l’élection présidentielle du 1er juin dernier au Togo, les trois protagonistes principaux : l’Union Européenne, le pouvoir et l’opposition ont tous montré, chacun à sa manière et selon son jugement, que cette nouvelle consultation n’a pas résolu le grave problème politique du pays. En effet, les lois et pratiques antidémocratiques, et les violations des droits de l’homme par le pouvoir en place constituent encore un obstacle au rétablissement de la coopération internationale dont le pays se trouve privé depuis plus de dix ans.

Pour sa part, l’Union Européenne rappelle dans une Déclaration en date du 4 juillet 2003 ses positions antérieures par lesquelles elle « demandait aux autorités togolaises de garantir un scrutin libre et transparent, de manière à promouvoir le processus démocratique au Togo, dans l’esprit de l’Accord-cadre de Lomé de 1999 qui prévoyait, entre autres, que le Président Éyadéma ne solliciterait pas un troisième mandat ». Puis, l’ Union Européenne exprime sa vive inquiétude concernant les incidents intervenus avant, pendant et après ladite élection, et en particulier :
- les restrictions imposées à l’opposition, sous forme de disqualifications, de harcèlements el d’inculpations ;
- les entraves à la liberté d’expression ;
- le refus d’accès pour certains aux listes électorales ;
- les incidents de retraits des cartes d’électeurs et les cas de fermeture des bureaux de vote qui ont empêché de nombreux togolais de s’exprimer ;
- les difficultés de collecte et de transmission des résultats par les commissions électorales locales ;
- les violents affrontements de Tsévié et l’interpellation des membres de l’opposition après l’élection ;

En conclusion, l’Union Européenne voit la situation après l’élection présidentielle au Togo avec préoccupation et elle appelle le gouvernement à s’engager dans un dialogue politique intertogolais efficace ; elle appelle également l’ensemble des forces politiques togolaises à faire preuve de responsabilité et à préserver la légalité et la paix civile au Togo ».

Le 12 Juin 2003, soit deux semaines avant cette position forte et sans équivoque de l’Union Européenne, la Cour Constitutionnelle togolaise proclamait, les résultats officiels définitifs de l’élection présidentielle sans prendre la peine de vérifier les données erronées que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) lui avait transmises. Ces résultats donnaient le Président sortant gagnant avec 54% des voix. Et pour prévenir toute contestation, le pouvoir organisa une répression et une chasse-à-l’homme impitoyables. À ce jour, plus d’une cinquantaine de militants de l’UFC, arrêtés pendant et après l’élection, sont encore en prison et un bon nombre en fuite à l’étranger. Par ailleurs des mesures d’intimidation sont prises contre les dirigeants de l’opposition dont certains sont encore interdits de sortie du pays. Cherchant à faire bonne figure auprès de la Communauté Internationale, le pouvoir convoque certains responsables de l’opposition pour des entretiens, mais constitue un nouveau gouvernement entièrement composé de membres de son parti, le RPT.

Enfin, dans une fuite en avant, le pouvoir décide de la tenue d’élections locales et sénatoriales avant la fin de cette année. Ce serait une sorte d’antidote à l’élection présidentielle frauduleuse du 1er Juin. Il se précipite en catimini à la Commission Développement et Coopération du Parlement Européen le 30 Septembre dernier pour l’y soumettre en faisant croire que l’opposition, du moins une partie, le suivrait. Pour ces élections locales et sénatoriales, des organes ont déjà été mis en place dont une CENI dans laquelle seuls deux sièges sur neuf sont attribués à l’opposition. C’est ainsi que le pouvoir compte relancer le processus de démocratisation qu’il a lui-même escamoté en dénonçant unilatéralement l’Accord-cadre de Lomé et le Code électoral consensuel en Juin 2002. Mais souhaite-t-il vraiment avoir un nouveau dialogue intertogolais ? Nous ne le croyons pas. Seul le rétablissement de la coopération internationale avec l’aide financière de l’Union Européenne l’intéresse. Et pour cela il joue de la complicité d’un petit nombre de parlementaires européens et avec peut-être l’appui de quelques États des ACP ignorants de nos problèmes qui se servent d’arguments relevant de l’état de souffrance et de pauvreté du Peuple togolais. De tels procédés signent l’échec d’un régime de cette dictature qui est en place depuis quarante ans.

Quant à l’opposition, elle a dans son ensemble protesté contre les irrégularités et les violences perpétrées par le pouvoir avant, pendant et après l’élection présidentielle du 1er Juin. Elle a été également unanime à contester les résultats frauduleux proclamés par la Cour constitutionnelle.

L’UFC dont le candidat, M. Emmanuel Bob AKITANI est sorti effectivement vainqueur de cette élection avec 54.85% des suffrages contre 34% au Président sortant, a formellement demandé par lettre en date du 13 juin 2003 au Président de la Cour constitutionnelle qu’il y ait une confrontation des résultats sur la base des chiffres consignés dans les fiches de résultat signées par les membres des bureaux de vote et transmises aux Commissions électorales locales indépendantes (CELI) qui sont chargées des premiers recensements des votes. En effet, notre parti a pu rassembler les fiches de résultat de ses délégués qui étaient présents dans les bureaux de vote et avaient pu assister aux dépouillements.

Convaincu de la victoire de notre candidat, j’ai proposé au nom de mon parti la constitution d’un gouvernement de transition devant comprendre des représentants des partis de l’opposition avec un programme portant sur l’élaboration d’un plan de sauvetage économique et social du pays et l’organisation d’élections démocratiques. C’était au moment où le pouvoir multipliait les mesures de répression, chasse-à-l’homme et arrestations de nos responsables politiques. De plus, nous n’avions pas de solution pour le siège d’un tel gouvernement ni de point de repli de ses membres en cas de difficulté. Ceux qui étaient résolument favorables à la constitution immédiate de ce gouvernement n’avaient pas saisi ces problèmes et nous en avaient voulu. Je peux les comprendre. Néanmoins nous avons réitéré cette proposition à la Convention de la Diaspora togolaise à Chicago, aux Etats-Unis, le 26 Juillet dernier, où elle a été favorablement accueillie.

Nous avions alors à l’esprit la démarche que nous avions projeté d’effectuer auprès de l’Union Européenne à la fin du mois de Septembre dernier pour trouver une solution à l’aggravation de la crise politique après l’élection présidentielle. Ainsi, ai-je été reçu en audition à la Commission Développement et Coopération du Parlement Européen à Bruxelles le mercredi 1er Octobre dernier, juste vingt quatre heures après la délégation du gouvernement togolais et ai bénéficié du même temps de parole qu’elle. À cette occasion, j’ai fait une déclaration contenant des propositions que vous aviez sans doute lues dans un communiqué de l’UFC et dans la presse. Il importe que je vous relise ces propositions :

- 1-Engager un dialogue politique intertogolais efficace permettant une confrontation des résultats de l’élection présidentielle du 1er Juin 2003 tel que la Commission l’a d’ailleurs envisagée dans une communication du 31 Juillet 2003 ;
- 2-Demander expressément au régime en place de revenir à la situation de l’Accord-cadre de Lomé, d’abroger les amendements apportés à la Constitution ainsi qu’au Code électoral consensuel ;
- 3-Envisager certes, dans l’avenir des élections locales non pas dans les conditions d’un Code électoral révisé mais dans le contexte général d’élections sur la base de l’Accord-cadre de Lomé et du Code électoral consensuel.
Comprenant des élections présidentielles, législatives et locales avec la collaboration étroite de la Communauté internationale avant, pendant et après ces consultations :
- 4-Libérer les détenus politiques ;
- 5-Restituer le passeport du Président de l’U FC, ainsi que les pièces d’identité du Secrétaire général et du Vice-président de l’UFC ;
- 6-Ce dialogue que nous voulons efficace aura pour objectif principal la constitution d’un gouvernement de transition comportant toutes les formations politiques et la société civile en vue d’organiser toutes consultations futures en pleine collaboration avec la Communauté internationale en amont, pendant et en aval ;
- 7-Proposer à M. Éyadéma une retraite après 40 ans de pouvoir en lui offrant toutes les garanties d’amnistie aussi bien au Togo que dans le pays d’exil de son choix.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons la conviction à l’UFC que c’est grâce au travail d’un gouvernement de transition honnêtement accepté par tous que nous nous engagerons véritablement dans un processus de démocratisation pouvant nous conduire à un changement apaisé et durable. L’enjeu est si important qu’il faut l’adhésion de toute l’opposition démocratique. Et nous conforterons nos propositions par des signatures de tous les Togolais et amis de bonne foi et de tous bords pour que toute l’Afrique, toute la Communauté internationale et le monde entier sachent que c’est le Président Éyadéma qui s’oppose au dialogue et à une solution démocratique pour une sortie paisible de la crise et non l’opposition togolaise. Cette voie nous est obligatoirement dictée par l’état actuel de notre pays après quarante années de despotisme et de dérives.

Dérives économiques qui ont entraîné le pays dans un état de
déliquescence où la corruption a gangrené les mentalités et la pratique des affaires tant publiques que privées. Elles ont affecté les grandes entreprises nationales, notamment les phosphates, le coton, le port autonome de Lomé et autres services dont la production est en baisse constante. Car les ponctions immodérées à la source sur les recettes fiscales, les fonds des entreprises publiques et les banques pour couvrir les dépenses de prestige de l’Etat ou servir à l’enrichissement de la classe politique au pouvoir sont la cause directe du ralentissement des investissements et de l’essoufflement de l’économie nationale.

La fracture sociale est profonde et inquiétante du fait de la démission de l’Etat au regard de ses obligations en matière d’éducation, de santé, d’emploi et autres couvertures sociales. Les longs retards de paiement des salaires dans la fonction publique, des bourses des étudiants et des pensions des retraités provoquent des grèves et des marches de protestation qui sont sévèrement réprimées. De telles injustices mettent gravement en danger la paix sociale.

Tout aussi inquiétantes sont les dérives politiques du régime en place qui, d’un pouvoir oligarchique est en train de se muer en une institution dynastique. En effet, avec la santé déclinante du Chef de l’Etat qui n’est plus un secret, on nous annonce une prochaine modification de la Constitution qui ferait de l’un de ses fils le continuateur de son mandat en cas de vacance. Ceci nous montre jusqu’à quel point le régime en place dans notre pays peut bafouer la démocratie et ses attributs fondamentaux, que sont les élections libres, l’alternance politique, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et un état de droit.

Il ne fait donc pas de doute que le pouvoir ne désire pas négocier avec l’opposition en vue du respect des droits de l’homme et de la restauration de la démocratie. À cet égard, nous attendons de voir quelle sera sa réaction à la récente proposition avancée par l’ Union Européenne tendant à mettre en œuvre l’article 96 de la Convention ACP-UE de Cotonou pour ouvrir une consultation entre elle et le gouvernement togolais. Cette consultation dont les points de discussion sont en cours d’élaboration pourrait aboutir à l’organisation d’un dialogue entre le gouvernement et les forces politiques du pays. Et nous estimons que ce dialogue devra être un préalable à la tenue de toutes nouvelles élections dans le pays et qu’il devra surtout prendre en compte les propositions que nous avons faites devant le Parlement Européen le 1er Octobre dernier.

Cette nouvelle ouverture doit être pour l’opposition démocratique l’occasion de faire abstraction du passé en refusant de se fragiliser par sa division et en comprenant une bonne fois pour toute après les résultats des deux dernières élections présidentielles qu’elle est en face d’un pouvoir impopulaire et minoritaire qui se maintient en place que par les fraudes électorales, le mensonge, la répression et la violence.

Face à la volonté du pouvoir de ne pas renoncer à ces méthodes de dictature, l’opposition doit elle aussi faire preuve d’une grande volonté stratégie communes pour imposer l’avènement de la démocratie.
D’une part, il faut dénoncer la distinction qui se fait au sein de l’opposition démocratique entre un groupe de partis dit radical et dangreux et un autre dit modéré et disposé à faire des compromis avec le pouvoir. Aucun dirigeant politique responsable ne va chercher sa popularité auprès d’un pouvoir impopulaire, mais auprès du Peuple par la voix des urnes.
D’autre part, nos confrontations et malentendus au cours des consultations électorales ou des négociations et dialogues passés peuvent paraître à nos détracteurs comme une faiblesse de l’opposition démocratique. Mais ces détracteurs ignorent que derrière toute organisation politique il y a un peuple et dans le cas du Togo, ce peuple s’est prononcé et continue de se prononcer massivement pour le changement dans la pure et authentique tradition d’ABLODE. Ce ralliement populaire incontestable est notre force et notre fierté à l’UFC.
Il faut que les leaders des partis de l’opposition suivent l’exemple de notre peuple et apprennent à s’entendre afin de lutter efficacement pour l’alternance pacifique que nous souhaitons tous. Notre dignité n’est pas négociable car nous n’avons jamais eu recours au pouvoir en place pour organiser et soutenir notre combat politique.

Devant le pouvoir, notre combat peut paraître inégal. Mais notre force reste notre supériorité morale basée sur la justesse de notre cause et l’abnégation de notre peuple. C’est cette même force qui a conduit les grands de ce monde, notamment Gandhi et Mandela avec leur peuple à la victoire. Une victoire qui ne se mesure pas au nombre de canons et de bataillons. En cela, notre cri de ralliement a toujours été : « Que nous soyons trois ou deux ou même seul, la lutte continue, Et si un des nôtres tombe au combat, dix le remplaceront et si dix tombent, cent les remplaceront et si cent tombent mille les remplaceront ».

Je vous remercie de votre attention.

ABLODÉ

Gilchrist Olympio
Paris, le 8 Novembre 2003

 

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