Meeting

Déclaration de Gilchrist Olympio au meeting du Jardin Fréau le 4 février 2007

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 4 février 2007, publié sur ufctogo.com

L’intégralité de la déclaration de Gilchrist au meeting du Jardin Fréau

Photo /

 

« ...Avant d’arriver ici, j’ai entendu dire que les jeunes ont quitté le parti et que l’UFC est en perte de vitesse. Au bout du compte ce fut beaucoup de bruit pour rien. Les choses les plus importantes sont à venir. Le parti de l’Union des Forces de Changement, le parti de l’Ablodé est loin d’être un simple parti. Ceci étant, nous disons qu’il y a longtemps que les héritiers de l’indépendance n’ont pas gain de cause ; les choses se détériorent. Le principal message que j’ai à livrer, c’est que notre pays qui est un pays de joie et de prospérité, est envahi par la tristesse. Le vendredi, en rentrant à Lomé et quand les jeunes sont venus m’accueillir, je me demandais si, chacun arrivé, chez lui, trouvera à manger ? Ont-ils un toit pour dormir ? Ont-ils un travail ? Voilà pourquoi pour les échéances à venir, nous avons une obligation de résultat pour que notre pays ne soit pas l’objet d’une prise en otage. Comme M. Patrick Lawson nous le disait tantôt, lors des élections prochaines, les fraudes permettant à une seule personne de faire le tour de Lomé, Sokodé, Aného et de voter à chacun de ces endroits n’aura plus droit de cité. Les matériels électoraux que nous apporte la communauté internationale limiteront au maximum ces pratiques indécentes. Cependant, je vous invite à ne pas lâcher prise ; soyez vigilants.

Certaines choses se sont passées, entraînant des malentendus entre nous. Il nous a été demandé de siéger au Gouvernement dit d’Union Nationale. Permettez-moi de dire que c’est nous qui présidons aux destinées de l’UFC. Cela dit, nous n’allons pas voir un abîme et nous y engouffrer. Donc, nous avons cherché à comprendre d’abord les choses. Ils nous invitent au repas après avoir vidé la sauce des morceaux de viande.

A cet effet, je suis allé voir le président facilitateur, Blaise Compaoré. Et je lui ai dit que nous sommes au vu et au su de tout le monde, un grand parti du pays. Même au temps d’Eyadéma, malgré les fraudes, on nous donnait toujours après les élections, des scores qui attestent que nous sommes en avance sur les autres. Et maintenant, on nous propose des strapontins dans un gouvernement dit d’union national. De plus, si on y entre et qu’aux conseils des ministres il se passe des choses pas très commodes, nous ne pourrons rien faire pour y remédier. On nous dira que nous y avions consenti puisque nous étions présents. Voilà pourquoi nous avons choisi de ne pas être au gouvernement. Nous resterons dehors et au besoin, nous allons dénoncer que ce soit au Togo, en Afrique ou ailleurs dans le monde.

Nous en étions là, lorsque le débat autour des élections s’était posé. On nous dit que s’il faut être candidat aux législatives, il faut avoir séjourné dans le pays six mois avant. Et nous avons répliqué en disant : « vous avez contraint nos militants à l’exil. Plus de trente mille compatriotes au Bénin, plus de vingt mille au Ghana. Il y en a en France, aux Etats-Unis, en Italie. En Allemagne, n’en parlons pas. Même au Togo, il y en a qui sont dans le maquis. Demander à ceux-là d’être au pays six mois avant, nous avons estimé que c’était illogique ». Finalement, cette loi fut rejetée. Mais en lieu et place, ils ont introduit la loi portant délivrance de la carte de résidence. Nous avons encore contesté et ils ont fini par accepter.

Ils ont tenu à ce qu’on n’adopte pas la carte d’électeur avec photo. A ce sujet, les membres de la CENI de certains pays de la sous-région dont le Bénin, le mali, le Ghana ont été appelés à la rescousse. Les Ghanéens ont avoué que c’est la carte d’électeur avec photo qu’ils adoptent mais elle n’est pas aussi coûteuse que les gens ont tendance à le faire croire. Mais à ce niveau, nous devons reconnaissance à nos délégués à la CENI et ceux des autres partis de l’opposition démocratique. Ils avaient opposé un non catégorique à la volonté du RPT d’adopter une carte d’électeur sans photo et ont tous souhaité une carte d’électeur avec photo numérisée. Comme Patrick Lawson vous l’expliquait tantôt, les logiciels à utiliser lors des prochaines élections vont rejeter au maximum le risque de voir un électeur voter deux au trois fois. Les cas de fraude, nous sommes en train de les prévenir au maximum mais il y en a encore. Mais soyez mobilisés et on verra dans les jours, semaines et mois à venir ce qu’il en sera.

Par ailleurs, il se passe des choses que nous avons du mal à comprendre. Lors de mon récent séjour au pays il y a environ un an, certains partis de l’opposition avaient estimé que la lutte a été longue et qu’il faut entrer au gouvernement. Nous leur disons bonne chance et nous ne les blâmons pas.

Pour notre part, nous avons le sentiment que nous avons déjà suffisamment souffert qu’il faudra ces derniers sacrifices pour que nos fils et petits fils en jouissent demain ou après demain. C’est cela que nous expliquons à la jeunesse et à nos amis partisans de l’entrée au gouvernement. En réalité, cette lutte, nous la menons non pas pour nous-mêmes mais pour nos générations, car nous ne pourrons pas viser notre intérêt personnel et compromettre l’avenir de nos enfants. Un penseur me conseillait en ces termes : « si tu veux vite arriver quelque part, vas-y seul ; mais si tu veux voyager loin, alerte tes camarades afin qu’ils t’accompagnent ». Mais nous réitérons à nos amis partisans de l’entrée au gouvernement qu’il y a encore de la place autour de la table et que dès qu’ils auront fini, s’ils le jugent nécessaire qu’ils reviennent.

Je suis venu pour apporter un message de félicitation aux hommes, femmes, jeunes, bref, à l’ensemble de la population pour le travail remarquable qu’ils abattent. A la délégation d’Atakpamé, je dis particulièrement merci. Quand nous étions encore élève au cours primaire, ce sont eux qui ont engagé la lutte pour l’indépendance. Ce sont eux qui venaient s’enquérir de la situation auprès de nos aînés et la relayaient à l’intérieur, donc servaient de courroie de transmission. Aujourd’hui, leurs descendants sont encore avec nous ; je leur ai demandé s’ils ont peur. Ils ont dit non et je leur ai demandé d’en faire autant. Nous, nous sommes en fait comme du chiendent constamment malmené. Mais, dès qu’on nous laisse très peu de temps, nous refaisons surface.

Toutefois, le défi majeur qui nous attend, est celui concernant la jeunesse. Les jeunes sont sans emploi. C’est triste de les voir tous sur Zémidjan (taxi moto) transportant deux à trois passagers. Quant aux étudiants, à leur retour de l’Université, ce sont leurs vieilles mamans qui, doivent encore les prendre en charge. Jamais, on ne peut vivre indéfiniment dans cette situation. C’est pour cela que nous disons que le problème de la jeunesse doit nous être constamment à l’esprit, et que nous ne gâchions pas l’avenir de nos frères et sœurs. Ceux qui ne pourront pas aller à l’école, nous devons les aider à apprendre un métier, même s’il faut qu’ils aillent en Europe pour le faire. Nous ne voulons plus que les enfants traînent dans les rues du matin au soir sans pour autant savoir où ils vont. Quant aux établissements scolaires, ils sont en ruine. Il faudra que nous les réhabilitions.

Juste après les indépendances, il y avait certains avantages mais aujourd’hui tout est gâché. A l’époque, on rassemblait les jeunes et on leur faisait suivre des formations pratiques. D’aucuns allaient travailler à l’Office Togolais des Phosphates d’autres allaient ailleurs. Même hier, quand je suis arrivé, j’ai fait un tour à Akodésséwa, à Baguida où le jardinage tient le haut du pavé. On peut aider à le faire dix fois, cent fois pour que les jeunes trouvent du travail.

S’agissant de la situation économique, le pays est surendetté. La dette extérieure du Togo, est chiffrée à un milliard huit cent millions de dollars. Même si on vend le coca, le café, le coton et le reste du phosphate, on ne peut jamais éponger cette dette. Raison de plus pour que cette élection soit libre afin que d’autres preneurs d’otages n’arrivent à leur tour, car s’ils arrivent, ils ne libéreront pas les fonds pour qu’on puisse reconstruire ce pays. C’est pourquoi il urge qu’au cours de ces élections, nous gagnions pour mettre en place notre propre équipe gouvernementale afin de repenser les choses. Dans le même temps, nous allons œuvrer et permettre au pays de bénéficier de la remise de la dette et on fera l’état des lieux des ressources du pays pour relancer l’économie. Nous procéderons à la construction des routes, des ponts de toutes catégories. Le chemin que nous avons à parcourir étant long, il importe que nous mettions de côté les disputes inutiles. Le pays est en ruine.

Quand on va partout en Afrique, au Bénin, au Ghana (juste à côté de ma maison, il y a quelques années) on constate que les rues sont réhabilitées. On n’arrête plus les gens de façon arbitraire. Quand il y a problème, on saisit la justice. Les forces de l’ordre ne bastonnent plus sans contrôle. L’armée est dans les casernes. Le rôle de l’armée, c’est de défendre l’intégrité territoriale du pays en cas d’agression extérieure et non de tirer sur nous encore que c’est l’argent de nous tous qu’on prend pour les payer.

Sur la question de notre entrée ou non au gouvernement, je suis allé voir le facilitateur qui m’a demandé à savoir pourquoi nous avons refusé d’entrer au gouvernement. Je lui ai répondu en disant qu’avant d’entrer au gouvernement, nous souhaiterions deux choses : d’abord, les questions relatives à notre liberté. Nous devons savoir comment en discuter. En clair, nous voulons le portefeuille du ministère de l’intérieur et de la sécurité. Après cela, nous ferons nous-mêmes le tour des pays du monde pour nous renseigner sur le rôle de l’armée et ranger la nôtre dans cette logique. Actuellement, mille cinq cent forces de l’ordre sont en stage pour apprendre comment maintenir l’ordre lors des rassemblements ou manifestations populaires. Le facilitateur a promis qu’il va y réfléchir. (...) J’avais également souligné au facilitateur qu’au Togo, quand les jeunes descendent dans la rue, on tire sur eux. Cela, on n’en veut plus jamais. C’est pourquoi nous estimons que si nous détenons le portefeuille de la sécurité, nous inviterons tous à décider ensemble ce que l’armée doit faire et ne doit pas faire comme cela se fait dans les pays occidentaux. Il m’a signifié qu’il va réfléchir. Après il m’a informé que le RPT a refusé. Après cela, on nous a proposé le ministère de l’économie. Mais ils ont pris soin de garder les Finances, le secteur sans lequel l’économie n’est rien. J’ai dit au facilitateur que moi j’ai servi dans plusieurs pays et institutions bancaires et je sais comment ça se passe. Vu la situation économique dans laquelle se trouve le Togo, le temps de faire l’état des lieux de l’économie, les élections auront déjà lieu. Pour cela, nous ne voulons pas ce portefeuille. S’ils tiennent à ce que nous occupions le ministère de l’économie, ils doivent lui adjoindre celui des Finances. Après un temps de réflexion, ils nous ont signifié qu’ils rejettent cela. Voilà en bref ce qui s’est passé jusqu’à maintenant.

Avant même cela, je dirai que la signature de l’APG au dialogue inter togolais à Ouaga a été pour nous un sujet de préoccupation. Nous ne nous sommes pas levé à tout hasard pour le faire. Avec des camarades dont certains sont ici présents, nous y avons longuement réfléchi. En réalité, nous étions pris entre le marteau et l’enclume. Que nous ayions accepté de signer ou pas, nous aurons des comptes à rendre. Finalement, nous avions opté pour la signature avec cependant l’espoir qu’après la formation du gouvernement, celui-ci viendrait expliquer les clauses de cet accord à la population. Car dans l’APG, il y a des zones d’ombre mais nous allons manœuvrer avec prudence pour nous en sortir indemne. Au moment d’entrer au gouvernement, on ne nous a même plus invité. Finalement, c’est par médias interposés que nous avions appris que le gouvernement a été formé.

Dernièrement, quand il s’était agi de modifier le code électoral, on ne nous a même plus invité, nous qui sommes les parties prenantes au dialogue, à participer aux travaux pour apporter notre contribution. Dans la foulée, le président de l’Assemblée s’est référé à nous pour avoir notre point de vue, en faisant remarquer que l’Assemblée est souveraine dans le pays. Mais vous-mêmes vous savez que c’est eux seuls qui sont au parlement, qui font la loi, changent la constitution. Malgré tout, nous avons envoyé deux émissaires. Ils se sont battus, certaines choses sont améliorées, d’autres demeurent.

Mes chers compatriotes, comme annoncé par un de mes collaborateurs, je dirai que rien n’est encore joué. Le gros du travail reste à venir. Les fils de l’Ablodé, n’ont pas besoin qu’on leur dise grand- chose. Peu de mots suffisent. C’est pourquoi j’invite tout le monde à veiller au grain car, en cas de victoire, nous allons en jouir tous. Nous travaillons sur les voies et moyens en vue de sécuriser le vote et la population pendant, au cours et après les élections prochaines.

Je remercie tout le monde. Que ceux qui viennent des quatre coins du pays rentrent sereinement chez eux ; quant à nous, nous resterons à Lomé pour mener la lutte, pour la victoire commune. Portez-vous bien.
Ablodéée !!!

Gilchrist Olympio, dimanche 04 février 2007

 

© Copyright La rédaction UFCTOGO.COM

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
samedi
25 mars 2017
Lomé °C (à 0h)