Réaction

De quelle nation parle t-on ?

par Lionel M. Akpabie , le 8 février 2006, publié sur ufctogo.com

Pendant plus de 38 ans, on a forcé le togolais à aimer Eyadema en vain, même les billets de CFA n’ont rien changé. Mais par contre, il suffit tout juste de passer un petit communiqué pour un événement pour Sylvanus OLYMPIO et on découvre la passion d’un peuple pour son père naturel.

 

La nouvelle trouvaille du gouvernement de fait dirigé par Gnassingbé II est la mise sur pied d’une soi disant commission pour la réhabilitation de l’histoire du Togo.
Si cette pseudo commission avait pris la peine de réfléchir sur ce qu’est une nation, elle aurait pu en déduire d’elle même que EYADEMA ne peut jamais être le père de la nation togolaise.
Mais en fait, qu’est ce qu’une nation ?

Dans une conférence devenue la référence en la matière, "Qu’est-ce qu’une nation ?" (1882), Ernest Renan avait énuméré avec force qu’aucun des éléments qu’on indique généralement - la langue, la géographie, l’administration, l’économie, l’ordre... - ne suffit à lui seul à constituer une nation. Celle-ci repose selon lui sur certains principes présentant deux aspects indissociables, d’une part un héritage de souvenirs communs, de l’autre la volonté de vivre ensemble.
« Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. »

Se fondant sur cette définition et en l’ appliquant donc au cas togolais, on notera donc :
Primo, le sacrifice du peuple togolais sous le leadership de Sylvanus OLYMPIO pour l’indépendance.
Secundo, le référendum du 27 Avril 1958 et les élections libres et démocratiques ayant porté le Président OLYMPIO au pouvoir, et qui représente donc le désir clairement exprimé de vie commune. Cette volonté de vie commune fondée sur un choix libre des citoyens est remplacée durant le règne d’EYADEMA par des élections frauduleuses dont les résultats sont connus d’avance. Ce qui est maintenant repris par Gnassingbé II.
En clair, fruit d’une longue et ardente lutte, la nation togolaise est née le 27 Avril 1958. Pour rappel, on pouvait lire sur le monument de l’indépendance :
EN HOMMAGE AU PEUPLE DU TOGO PEUPLE TOGOLAIS
PAR TA FOI, TON COURAGE ET TES SACRIFICES,
LA NATION TOGOLAISE EST NÉE.
Le Togo n’est donc pas un peuple à la recherche d’un père, tel un orphelin qui imagine son père.

Depuis le 27 Avril 1958, une structure d’organisation de l’état comportant une autorité centrale exerçait son pouvoir sur un territoire aux frontières reconnues, identifié comme la patrie du TOGO. Les Ambassadeurs et les Envoyés Extraordinaires étrangers en poste au TOGO sont accrédités auprès de lui, attestant ainsi de l’existence pleine et entière d’une nation au sens du droit international. Donc avant Etienne EYADEMA, il y avait déjà la nation togolaise. La brièveté de la présidence de Sylvanus OLYMPIO ne peut enlever ce qui est historiquement attribué à celui qui est le président d’une nouvelle nation.

Etienne EYADEMA n’était nulle part au Togo pendant la lutte pour la naissance de la Terre de nos Aïeux. En fait, il était de l’autre coté de la lutte pour l’indépendance en train de tuer selon ses habitudes pour le compte du colon en Indochine et en Algérie. Il serait donc blessant et insultant de vouloir octroyer comme une décoration le statu de père de la nation à quelqu’un qui n’a ni de près ni de loin apporter sa contribution à la naissance de notre nation. Le caractère long du règne de Gnassingbé ne saurait en aucun cas lui conféré ni le titre ni le statut de père de la nation. La seule paternité que l’histoire pourrait encore conférer à Eyadema est sans aucun doute le père des coups d’état en Afrique et un dictateur au règne désastreux.

L’indifférence prononcée du peuple togolais face aux recommandations de cette commission est assez édifiante. Depuis le 7 Juin 1967, Etienne EYADEMA et sa basse cour ont passé leur temps à tenter d’effacer le nom de Sylvanus OLYMPIO dans le registre collectif des Togolais. Mais plus de 38 après avoir tenté de faire disparaître le père de la nation togolaise dans le cœur des togolais, force est de constater que Sylvanus OLYMPIO demeure le seul symbole et la source de l’inspiration démocratique de l’écrasante majorité au TOGO.
A titre indicatif, on peut noter avec ironie qu’au Togo c’est la bande au RPT qui a toujours soif de reconnaissance et étrangement contre des billets de CFA : marches de soutien, des prix honorifiques dont personne n’a jamais entendu parlé avant, des statues géantes, aéroport, boulevard et autres au nom du dictateur. Pourquoi ne pas donc changer le nom du pays en République Gnassingbé.

Pendant plus de 38 ans, on a forcé le togolais à aimer Eyadema en vain, même les billets de CFA n’ont rien changé. Mais par contre, il suffit tout juste de passer un petit communiqué pour un événement pour Sylvanus OLYMPIO et on découvre la passion d’un peuple pour son père naturel.

Les replâtrages de l’histoire ne peuvent servir à effacer les meurtres, les cicatrices physiques et morales, la ruine, bref la désolation que les 38 ans de dictature ont créées dans la mémoire du togolais.
Même si l’assassin de votre père s’empare de votre mère, il ne deviendra jamais votre père biologique. Pour preuve, le peuple togolais n’a jamais accordé un quelconque crédit à EYADEMA ou lui reconnaitre un quelconque titre paternel.
Une patrie reconnaît ses enfants qui l’ont servie. Et sans aucune contestation, EYADEMA n’en est pas digne.
Aucun mensonge, aucun replâtrage ne peut résoudre le déficit de crédit que EYADEMA présente pour cette histoire de père de la nation Togolaise.

Mais au delà de ce faux débat sur le père de notre nation, il y a une hiérarchie des urgences que nous ne pouvions pas perdre de vue : Créer les conditions pour une vraie réconciliation et qui suppose la lessive des maux qui divisent notre Togo et donner au peuple la liberté de choisir librement ses leaders. C’est la seule condition qui permettra au Togo d’avoir le cœur en paix. Soyons clair, le peuple togolais est résolument engagé pour la démocratie et l’état de droit.
Comme au temps des indépendances, notre lutte est le fruit de longues conquêtes. Petit à petit, nous nous approchons de notre Etat de droit. Peuple Togolais, soyons des sentinelles têtues.

 

© Copyright Lionel M. Akpabie

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