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Coup d’Etat à Sao-Tomé-et-Principe

par Le Monde (France) , le 16 juillet 2003, publié sur ufctogo.com

Des militaires ont déclenché, mercredi à l’aube, un coup d’Etat dans l’archipel de Sao-Tomé-et-Principe, profitant de l’absence du pays du président Fradique de Menezes, en visite privée au Nigeria.

 

Un coup d’Etat militaire a provoqué, mercredi 16 juillet à l’aube, la chute du gouvernement de Sao-Tomé-et-Principe alors que le président se trouvait au Nigeria. Les soldats mutins ont annoncé avoir arrêté le premier ministre, Maria das Neves - hospitalisé pour des problèmes cardiaques - ainsi que d’autres ministres dont celui des travaux publics, Rafael Branco, chargé de la gestion des réserves de pétrole de l’archipel. Le commandant Fernando Peireira, qui serait à l’origine du putsch, s’est exprimé à la radio nationale et a appelé les membres du gouvernement et du Parlement à se rendre au quartier général de la police. Selon l’agence de presse portugaise Lusa, Fernando Peireira serait directeur du centre d’entraînement militaire de Sao Tomé. Les forces armées comptent environ 900 hommes.

Le commandant Peireira assure que le coup d’Etat est un "SOS" adressé à la communauté internationale afin de l’alerter sur les difficultés du pays, dans des déclarations à la presse citées par l’agence portugaise Lusa. "Il est inconcevable que la majorité de la population vive sous le seuil de pauvreté et qu’un groupe de gens mène une vie de luxe et se rie de la misère des autres", a-t-il souligné. La junte militaire qui s’est emparée du pouvoir mercredi par la force a décrété un couvre-feu et veut mettre en place un "Conseil d’Etat". Le major Pereira, surnommé "Cobo", n’a pas précisé pendant combien de temps resterait en vigueur le couvre-feu, imposé à partir de mercredi de 19 heures (21 heures, heure de Paris) jusqu’à 6 heures locales. Il a justifié cette mesure par la nécessité d’éviter "les troubles et les actes de vandalisme".

Les militaires à l’origine du coup d’Etat à Sao-Tomé-et-Principe ont par ailleurs mis en place une "junte de salut national" et dissous mercredi tous les organes de souveraineté, selon le communiqué lu à la radio et à la télévision nationales. "Tous les organes de souveraineté du pays sont dissous", indique le texte cité par l’agence Lusa. "Leurs anciens titulaires sont sous la tutelle de la junte et leur totale intégrité physique est garantie", poursuit le texte. "Il n’y a ni mort ni blessé", précise la junte autoproclamée.

Le chef rebelle a annoncé enfin que la "junte militaire de salut national" allait mettre en place un "conseil d’Etat" composé d’"un groupe de citoyens locaux capables". Selon l’agence Lusa, la junte s’engage à respecter les principes démocratiques et appelle également la communauté internationale à ne pas intervenir.

Des tirs avaient éclaté vers 3 heures locales (5 heures, heure de Paris) dans les rues de la capitale, mais depuis, le calme était revenu. Un journaliste de la télévision nationale portugaise RTP, Ricardo Mota, a fait savoir que le calme était revenu et que des militaires patrouillaient dans les rues. L’armée aurait pris le contrôle de la télévision et des chaînes de radio de l’archipel, qui étaient muettes mercredi matin. "Il y a eu prise de certains points-clés de la ville avec la détention de membres du gouvernement, mais la situation est relativement calme, actuellement il n’y a pas de tir, ni de violences", avait déclaré mercredi matin l’ambassadeur du Portugal, Mario de Jesus Santos, à la radio publique portugaise RDP.

Le mois dernier les militaires avaient fait parvenir au gouvernement un cahier de revendications . "Ils demandaient en particulier l’amélioration de leurs conditions de vie (...). Je ne sais quelle suite les autorités ont donné à ces revendications", a déclaré un cadre santoméen contacté par téléphone depuis Libreville.

Selon une ressortissante portugaise sur place, Ana Filgueiras, qui participe à un programme de lutte contre le sida, "on parlait de ce coup d’Etat depuis la semaine dernière". "Il y avait des rumeurs qui disaient qu’un coup d’Etat aurait lieu, qu’il serait mené par des militaires", a-t-elle indiqué au micro de la RDP. "Plusieurs personnes avaient pris des précautions en décidant notamment de ne pas aller travailler", a ajouté Ana Filgueiras.

"MAUVAISE GESTION"

Le coup dans ce micro-Etat survient une semaine après que les plus hautes instances du pays eurent appelé la population à refuser de descendre dans la rue pour renverser le gouvernement. Le Front démocratique chrétien (FDC), non représenté au Parlement, avait appelé à une manifestation le 10 juillet, pour exiger la démission de Maria das Neves et du gouvernement, auxquels il reprochait une mauvaise gestion, avait affirmé ce cadre santoméen. Finalement, cette manifestation avait été reportée à une date non précisée à la fin du mois en raison de la proximité entre la date retenue, le 10, et la fête de l’Indépendance, le 12 juillet, a-t-on précisé de même source.

Sao-Tomé-et-Principe, une ancienne colonie portugaise d’environ 140 000 habitants, comporte plusieurs îles situées au large de l’Afrique de l’Ouest et attend avec impatience les premiers revenus du pétrole décelé dans son sous-sol. Des études géologiques laissent penser que des gisements de millions de barils de pétrole pourraient se trouver au large de l’archipel, près des côtes du Nigeria, du Gabon et de Guinée-Equatoriale. De grandes compagnies pétrolières, dont Exxon Mobil et Royal Dutch Shell, s’intéressent à l’exploitation de cette zone, conjointement avec le Nigeria. Avant même le début de l’exploitation, Sao Tomé devrait toucher au premier trimestre 2004, en partage avec le Nigeria, le fruit de la vente aux enchères de neufs blocs pétroliers offshores.

Le président, Fradique de Menezes, avait dissous en janvier dernier le Parlement, en raison d’un désaccord sur le droit à négocier des contrats d’exploitation avec les compagnies pétrolières. Le Parlement a repris ensuite ses activités, mais une nouvelle querelle a éclaté après que le président eut affirmé avoir utilisé pour sa campagne de l’argent que lui aurait versé une compagnie pétrolière.

Un jeune homme a été tué en avril et des dizaines d’autres arrêtés lors de manifestations antigouvernementales pour réclamer de meilleurs emplois et une hausse du niveau de vie dans ce pays dépendant essentiellement de l’aide internationale et de l’agriculture, et où le revenu moyen est de 280 dollars par an.

Ancienne puissance coloniale, le Portugal a été le premier à condamner ce coup de force. "Le Portugal n’accepte pas que l’ordre démocratique et constitutionnel soit remis en cause à Sao-Tomé-et-Principe par une tentative de coup d’Etat", a déclaré le ministre des affaires étrangères portugais, Antonio Martins da Cruz.

Le président mozambicain, Joaquim Chissano, président en exercice de l’Union africaine (UA), a également exigé mercredi que les auteurs du coup d’Etat "rétablissent l’ordre constitutionnellement établi le plus rapidement possible".

Le gouvernement nigérian a condamné mercredi "sans équivoque" le coup d’Etat dans ce pays partenaire du Nigeria dans l’exploitation pétrolière, et a prévenu qu’il réagirait à toute menace contre les ressortissants nigérians dans cet archipel du golfe de Guinée.

La France faisait également part de "sa préoccupation", mercredi, devant la situation dans l’archipel, selon le porte-parole du ministère français des affaires étrangères, Hervé Ladsous. "Ces événements interviennent dans un pays où la démocratie était bien enracinée. La France insiste sur la nécessité absolue de respecter les personnes et les biens." La France "appelle au retour dans les meilleurs délais à la légitimité démocratique" a-t-il poursuivi.

Le Monde avec AFP et Reuters

 

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