Interview

Conférence de Presse de Gilchrist Olympio au CAPE

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 12 février 2002, publié sur ufctogo.com

 

Conférence de Presse de Gilchrist OLYMPIO au Centre d’Accueil de la Presse Etrangère (CAPE)

Paris, le 12 Février 2002 à 17H00

Déclaration Liminaire

La situation politique de notre pays est très préoccupante et les jours à venir s’annoncent pleines d’incertitudes. En effet, malgré les protestations de l’opposition togolaise, qui représente la majorité de la population favorable au changement, et les mises en garde fermes de l’Union Européenne (UE), sous le parrainage duquel l’Accord-Cadre de Lomé (ACL) a été signé, les autorités togolaises représentant la mouvance présidentielle, viennent de modifier unilatéralement le code électoral, fruit d’un laborieux consensus de la classe­ politique togolaise.

Il faut rappeler que pour résoudre la crise politique née du hold-up électoral, perpétré par le régime togolais lors des élections présidentielles de juin 1998, l’Union Européenne avait invité la classe politique togolaise au dialogue interne et proposé sa médiation. A l’issue de discussions présidées par les Facilitateurs désignés d’un commun accord, du 19 au 29 juillet 1999, a été signé un accord politique, appelé « Accord-Cadre de Lomé », (ACL), sous l’égide duquel doivent être organisées des élections législatives anticipées, démocratiques, libres, transparentes, acceptables à l’intérieur ainsi que par l’Union Européenne, offertes comme solution à la crise politique née des élections présidentielles de juin 1998.

L’Accord-Cadre de Lomé qui prévoyait la dissolution de l’actuelle Assemblée Nationale en mars 2000 et l’organisation des élections législatives dans les délais légaux, c’est-à-dire au plus tard fin mai 2000, a confié la responsabilité de sa mise en œuvre à un « Comité Paritaire de Suivi » présidé par les Facilitateurs.

Il est important de signaler enfin que cet accord politique, qui contient l’engagement déclaré du Président Eyadéma, de respecter la Constitution et donc de se retirer à la fin de son second mandat en juin 2003, a été signé avec la caution personnelle de monsieur le Président CHIRAC, alors en visite au Togo.

Depuis la signature de l’Accord-Cadre de Lomé, soit plus de deux ans et demi, Eyadema et le gouvernement togolais appliquent une véritable stratégie faite de mesure dilatoire pour empêcher la tenue des élections.

C’est ainsi que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) mise en place par l’ACL pour « organiser et superviser les élections », se trouve en permanence bloquée par l’absence organisée de ses membres représentant la mouvance présidentielle et le refus du gouvernement de respecter le calendrier électoral établi par la CENI en mettant les moyens financiers à sa charge à la disposition de celle-ci.

Le régime multiplie quotidiennement les actes de violations de l’Accord-­Cadre de Lomé. Ces actes, notamment, l’arrestation arbitraire de Me Yaovi AGBOYIBO, signataire de l’accord qui accorde l’immunité à tous les signataires, à l’issue d’une parodie de procès, ont conduit à la paralysie du Comité Paritaire de Suivi (CPS).

Monsieur PALANGA, Président Fédéral de l’UFC est en prison depuis quatre mois pour atteinte à l’honneur du fils d’Eyadema, également après un procès inique.

L’opposition est elle aussi quotidiennement prise à partie et copieusement insultée sur les médias publics. Elle est empêchée d’exercer ses activités politiques, notamment à l’intérieur du pays où elle est victime d’actes de violences inqualifiables. Naturellement la situation politique est plus tendue qu’avant la signature de l’Accord-Cadre de Lomé.

La dernière mission des Facilitateurs au Togo, du 14 au 19 janvier 2002, avait pour objectif de débloquer la situation sur plusieurs points nécessaires à l’organisation des élections :

- La caution des candidats, arbitrairement fixée par le pouvoir à 400.000 FCF A, ce qui représente deux fois le revenu annuel par tête d’habitant au Togo, alors que la moyenne de cette caution dans la sous-région est de 53.000 FCFA, dans certains pays de la sous-région la caution n’existe même pas ;

- Le renouvellement du mandat des membres de la CENI ;

- La commande des cartes d’électeurs financée par la France, à concurrence de cent millions de FCFA, face au refus par le Gouvernement de l’Imprimerie Nationale française qui a toujours imprimé ces cartes par le passé ;

- La signature du protocole de l’UE pour l’observation des élections, protocole remis au gouvernement depuis septembre 2001 ;

- L’acceptation par le gouvernement de l’assistance d’un expert auprès de la CENI, après le rejet d’au moins trois dossiers de candidature présentés par les Nations Unies ;

- La remise en liberté de Me Yaovi AGBOYIBO, président d’un parti signataire de l’Accord-Cadre de Lomé, incarcéré arbitrairement ;

- Un découpage électoral inique, confirmé par un rapport de l’Union Européenne. On accepte habituellement un ratio de un à trois et non de un à douze. Les Facilitateurs nous ont confirmé que le Président refuse toute discussion sur un découpage équitable.

Soixante douze heures après le départ des Facilitateurs dont le « Communiqué de fin de Mission » annonçait pourtant l’acceptation par le régime de leur proposition de renouvellement-reconduction du mandat des membres de la CENI, l’Assemblée Nationale monocolore actuelle refusait le renouvellement du mandat des membres de la CENI.

Le vendredi 1er Février 2002, le gouvernement annonce avoir adopté un projet de loi, portant modification du Code Electoral.

Le mardi 5 Février 2002, les Facilitateurs présentaient le rapport de leur dernière mission au Groupe Afrique de l’Union Européenne.

Le mercredi 6 Février 2002, l’Union Européenne publiait une Déclaration qui « considère que le refus de l’Assemblée Nationale de renouveler les mandats des membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et la décision du Conseil des ministres du 1er février de procéder à un aménagement du Code Electoral mettent en péril le processus électoral en cours ainsi que l ’Accord­-Cadre de Lomé lui-même. »

« L’Union Européenne réitère que, dans ce contexte, seul l’aboutissement satisfaisant du processus électoral engagé permettra une reprise de ses relations normales et complètes avec le Togo. »

La même position a été exprimée par Monsieur le Secrétaire allemand aux Affaires Etrangères et les Etats Unis.

Sans tenir compte des appels et mises en garde des partenaires au développement du Togo, le 8 Février 2002, l’Assemblée Nationale vote les modifications au Code Electoral arrêtées par le gouvernement.

Cet acte constitue à notre sens une dénonciation pure et simple de l’Accord-­Cadre de Lomé par la mouvance présidentielle.

Il est incompréhensible, en tout cas inacceptable qu’un texte élaboré de manière consensuelle pour organiser des élections offertes pour résoudre une crise, soit modifié unilatéralement par la partie auteur de la fraude des élections présidentielles de juin 1998, à la base de la crise, alors que les résultats incontestables de ces élections largement favorables au candidat de l’UFC, manifestent la volonté de changement de nos populations.

De même, il est inacceptable que les modifications portant sur des dispositions essentielles du Code Electoral soit réalisées par une Assemblée Nationale monocolore, illégitime, issue d’élections organisées par la seule mouvance présidentielle.

II faut souligner enfin avec force que ces modifications sont destinées ouvertement à empêcher dans le futur toute candidature du leader de l’ UFC et à exclure de l’activité politique tous les Togolais contraints à l’exil par le régime, et qui sont environ 200.000 dans les pays voisins, 9.000 en Allemagne, et des milliers en Amérique du Nord et en Europe de l’Est.

Nous sommes contraints de faire appel à la mobilisation populaire pour empêcher la réalisation de ce nouveau coup de force.

C’est le lieu de remercier la Communauté Internationale de l’effort qu’elle fait pour comprendre les tenants et les aboutissants de la crise togolaise. Nous la remercions également de la pression qu’elle exerce sur ce régime abject afin d’aider le peuple togolais à reconquérir sa liberté et à sortir de cette crise.

Le problème du Togo est une longue histoire. Je suis à votre disposition si vous le voulez bien, pour l’aborder également dans les aspects suivants :

1- Ouverture du Togo sur le monde Ouverture politique Ouverture économique Processus démocratique

2- Elections législatives Consultations depuis 1958 - Conditions d’éligibilité - Les femmes dans la vie politique au Togo

3- Programme de l’UFC

Jeune Afrique : Est-ce que l’omniprésence de M. Eyadéma à la tête de l’Etat n’est pas due à sa ruse face à l’opposition qu’il a su diviser ? Est-ce que pour les prochaines élections législatives, l’opposition sera en mesure de les éviter ?

G. OLYMPIO : Vous savez, ruse, Non ! Ce qui nous n’avons pas, c’est la force brutale de M. Eyadéma. Prenez par exemple les élections présidentielles de 1998... Les attaques à la roquette par des militaires des domiciles de Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de notre parti, celui de M. Akitani Bob, ainsi que le domicile de M. Gnassingbé Amah, qui a eu des années de recherche en pharmacopée togolaise détruite. Ce ne sont pas les ruses qui ont maintenu Eyadéma au pouvoir, c’est la force brutale avec laquelle il a gouverné ce pays. C’est aussi la conjoncture internationale qui a aidé Eyadéma. N’oubliez pas que Eyadéma a été invité à la Maison blanche, à l’Elysée, à Bonn. Parce que pour les Européens et les américains, celui qui est le bouclier contre le communisme, c’est celui-là qu’il faut encourager...

Donc, la période de la guerre froide a aidé Eyadéma à s’installer et à se maintenir au pouvoir. Ce n’est pas la ruse. C’est une conjoncture internationale qui lui a été favorable. Heureusement les choses changent...

Sur les relations du Togo et du FMI.

G. OLYMPIO : Les consultations entre le FMI et le Togo dans le cadre de l’article IV est une sorte d’audit sur la situation financière et économique du pays. Cela fait presque huit ans que le fonds monétaire et la banque mondiale n’ont plus de programme avec le Togo.

L’état de délabrement du trésor public togolais est inimaginable. Compte tenu de cet état de délabrement des finances publiques togolaises, il faudrait compter entre 8 et 9 mois pour savoir exactement où en sont les finances togolaises. Sans des élections régulières et transparentes, le Togo va continuer dans ce marasme actuel

Sur les garanties offertes au tyran,

M. OLYMPIO a clairement affirmé que si l’UFC venait au pouvoir, il n’y aurait aucune chasse aux sorcières. Cependant a t-il souligné, compte tenu du contexte juridique international actuel, il n’est pas en mesure d’empêcher des particuliers de poursuivre ceux qui au Togo se seraient rendus coupables de crime contre l’humanité ou de violation grave des droits de l’homme.

Sur la facilitation.

Leur tâche n’a pas toujours été facile. M. Eyadéma n’a jamais dialogué avec sa population. Nous n’avons pas d’institution démocratique, et les failitateurs eux-mêmes quand ils sont arrivés ont mis du temps pour comprendre la sociologie de la dictature d’Eyadéma, et surtout la sociologie de la dictature africaine.

Heureusement, certains facilitateurs ont eux mêmes constaté que c’est le gouvernement qui bloque le processus. Ainsi, le facilitateur allemand a fait une déclaration pour dire que c’est le gouvernement d’Eyadema qui bloque le processus électoral. C’est un pas très important pour nous, car chaque fois qu’il y a une crise, Eyadéma crie sur tous les toîts que c’est l’opposition qui bloque le processus électoral. Eyadama a accès à tous les médias, en France en Allemagne. Personne n’est plus dupe ; c’est bel et bien M Eyadéma qui est responsable de l’impasse politique actuelle au Togo.

Nous tenons à féliciter et à remercier la communauté internationale pour l’intérêt manifesté pour notre petit pays.
Les stratégies ?

Nous allons manifester contre le nouveau coup de force électoral de M. Eyadéma qui a été rejeté par toute la communauté internationale.

Réagissant à une question de Carine Frenk ( Radio France International ), M. Gilchrist Olympio a exposé quelques unes des actions que l’opposition entend accomplir pour s’opposer au dictateur. Elles consistent en la désobéissance civile, organiser des journées-villes mortes, et des manifestations...

Appel à la mobilisation populaire

Nous n’avons jamais utilisé la violence, et chaque fois qu’il y a eu violence au Togo, ce sont les forces armées ; c’est le camp Eyadéma qui ouvre le feu, qui terrorise... Nous disons à nos supporters que nous voulons des manifestations paisibles. Nous voulons attirer l’attention de M. Eyadéma et de son gouvernement que nous ne voulons pas de violence. C’est quelque chose à éviter !

Y a t- il un début d’opposition au sein du pouvoir ? N’existe t- il pas des possibilités de collaborer avec des dissidents du régime ?

Eyadéma est le seul chef tout puissant ; il détient tous les leviers du pouvoir. Ainsi, il est inutile de discuter avec des dissidents.

De toute façon, compte tenu de la géopolitique actuelle, des dictateurs comme Eyadéma sont appelés à disparaître.

M. OLYMPIO a indiqué que son parti préparait un dossier sur les violations des droits de l’homme qu’il présenterait au sommet de la francophonie. Puisque, la francophonie manifeste maintenant de l’intérêt pour les questions politiques, particulièrement les questions de droit de l’homme et de démocratisation

Sur la position des autorités françaises dans la crise togolaise

La France a signé avec les autres pays de l’Union, les résolutions et les déclarations condamnant le régime Eyadéma. Mes contacts récents avec les autorités des affaires étrangères montrent que le régime Eyadéma est en train de sombrer, et ce qui se passe dans notre pays viole tous les principes de la démocratie.

Des élections ont eu lieu en 1998 sous la supervision des observateurs européens, que peut-on espérer pour avoir des élections dans des conditions régulières compte tenu de l’expérience de 1998 ?

Nous agissons en tandem avec la communauté internationale pour que le précédent de 1998 ne se passe plus. En outre, les règles européennes en matière d’assistance et d’observation électorales sont plus strictes.

Sur la violence du régime Eyadéma n’est-il pas possible d’introduire une requête auprès du conseil de sécurité pour faire céder Eyadéma.

Nous ne sommes pas encore en guerre chaude comme au Zaïre. Nous menons une lutte pacifique au Togo.

A propos des sanctions, tout le monde sait aujourd’hui ce qui se passe au Togo. Le fait que les USA, l’UE, toute la communauté internationale condamne ce régime est un bon signe qu’il commence par être mis au ban des nations.

Sur l’efficacité des sanctions

Répondant à une question de Carine Frenk ( RFI ), M. Olympio a exprimé sa faveur pour les sanction ciblées, comme cela se passe au Libéria et au Zimbabwé. Les formes que peuvent prendre ces sanctions ciblées sont : bloquer les comptes de M. Eyadéma et de ses collaborateurs, restreindre leur liberté de circulation dans l’Union européenne. Ce sont uniquement par des tactiques non violentes que nous voulons faire partir Eyadéma...

Afrik.com ( Anna Borrel ) : Vous vous tournez beaucoup vers les Etats-Unis et vers l’Europe. Avez-vous l’impression d’être aussi soutenu par la communauté politique africaine ?

Gilchrist Olympio : Il est vrai qu’il y a un syndicat de chefs d’Etat en Afrique, dont la règle est, au mieux, de ne pas se mêler des affaires des autres. Ce sont des relations de bon voisinage. Les démocraties sont souvent vulnérables sur le continent. Pourtant, même au sein de l’Organisation de l’union africaine, il me semble que l’on assiste à une évolution. L’ère des vieux dictateurs touche à sa fin. Ils le sentent bien. Mais on ne peut pas leur demander de se couper eux-mêmes la tête.

La rédaction ufctogo.com

 

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