Droits de l’homme

Condamnation unanime des propos de Chirac sur les droits de l’Homme en Tunisie

par AFP , le 4 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

Organisations et militants de défense des droits de l’homme ont unanimement condamné jeudi les déclarations du président français Jacques Chirac sur la situation en Tunisie où il effectue une visite d’Etat.

 

Au deuxième jour de sa visite d’Etat qui se termine vendredi, M. Chirac s’est rendu en fin de matinée au Technopole de l’Ariana, un centre de haute technologie situé près de Tunis, où sont présentes plusieurs entreprises françaises.

"On est indigné par un discours qui confine à la duplicité et qui est de toute façon absolument contreproductif", a déclaré Antoine Bernard, directeur exécutif de la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH).

M. Chirac avait déclaré, à propos de l’avocate Radia Nasraoui en grève de la faim à Tunis que "le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat". "De ce point de vue, a-t-il ajouté, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays".

M. Bernard, qui y voit "un double langage de la part du président de la République française, une duplicité", rappelle que "la position de la France aux Nations unies c’est l’indivisibilité des droits de l’Homme". "Démocratie et développement sont indivisibles", fait-il valoir.

En s’exprimant de la sorte, "la France fait un chèque en blanc à un régime dont il est absolument connu et avéré qu’il pratique des violations systématiques des droits civils et politiques". "Le plus grand perdant de cette posture française est le peuple tunisien".

Me Nasraoui, interrogée à Tunis par France-Info, a accusé M. Chirac de "minimiser les violations des droits de l’Homme en Tunisie", ce qui "choque tout le monde".

"Il faudrait, avant de faire des déclarations pareilles, vérifier un peu (ses informations)", a-t-elle souligné. "Le droit à la liberté et à la dignité, a-t-elle ajouté, c’est quelque chose de fondamental pour une personne".

"Je ne peux pas cacher mon étonnement parce que tout le monde sait maintenant que les droits de l’Homme sont bafoués en Tunisie", a-t-elle dit, en précisant qu’elle allait poursuivre la grève de la faim qu’elle observe depuis le 15 octobre pour réclamer la fin du harcèlement dont elle dit faire l’objet en raison de son action en faveur des droits de l’Homme.

M. Chirac avait déclaré mercredi soir qu’il avait évoqué avec son homologue tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, le cas de Me Nasraoui. "J’espère que cette affaire trouvera rapidement une issue", avait-il indiqué.

"C’est une sorte de ségrégation", a estimé le délégué général de l’Association des Tunisiens de France, Mohamed-Lakhdar Ellala.

"Ca n’a pas de sens, dit-il. Les Français, en plus du droit au travail, à l’éducation ou à la santé, ont accès aux libertés fondamentales individuelles".

Le secrétaire-général de l’organisation Reporters sans frontières, Robert Ménard, a affirmé pour sa part que "parler de la +consolidation de la démocratie en Tunisie+ n’est pas possible parce que ce n’est pas vrai". "C’est un pays qui est parmi la vingtaine de pays au monde où il y a le moins de liberté de la presse".

De leur côté, les partis de gauche ont sévèrement critiqué les déclarations de Jacques Chirac sur la situation des droits de l’Homme en Tunisie, qualifiées de "conception minimaliste" par le PS, de "choquants" par le PCF et de "scandale" par les Verts.

Pour François Hollande, premier secrétaire du PS, "le président de la République a manqué en Tunisie, lors de sa rencontre avec le président Ben Ali, de rappeler que les droits de l’Homme ne se négocient pas".

"Ce n’est pas la première fois que Jacques Chirac considère que les droits de l’Homme n’ont pas une vocation universelle et doivent s’adapter à la situation spécifique de chaque pays voire même à +leur culture+", a-t-il déploré.

La déclaration de Jacques Chirac "révèle une conception minimaliste des droits de l’Homme", a estimé le dirigeant socialiste.

Le PCF a jugé pour sa part que "le président de la République ne rend pas service aux démocrates qui, en Tunisie, luttent chaque jour pour les libertés".

Pour le Parti communiste français, ces propos "sont choquants. La liberté de la presse, la liberté politique, la liberté d’opinion sont des éléments essentiels des droits humains".

Les Verts ont jugé pour leur part qu’"en choisissant ouvertement le parti de Ben Ali, Jacques Chirac vient de balayer en deux phrases le crédit acquis par la France dans le monde arabe, durant la guerre en Irak".

"Jacques Chirac fait scandale", a lancé Hélène Flautre, députée Vert européenne et membre de la délégation UE/Maghreb du Parlement européen.

Quant au député Vert de la Gironde Noël Mamère, il considère que Jacques Chirac, "qui se veut porteur des valeurs de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, a déshonoré la France en tenant de tels propos".

M. Chirac "ne trouve rien de mieux que d’apporter un brevet de démocratie au dictateur Ben Ali", a dit l’ancien candidat à l’élection présidentielle.

Enfin, Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, a jugé que les déclarations du président de la République "pourraient prêter à rire si la situation n’était pas aussi dramatique à ce sujet".

"Dans ce pays où toute forme d’opposition est interdite, le chef de l’Etat français essaie de faire passer le dictateur Ben Ali pour un démocrate au grand coeur", a-t-il ajouté.

AFP

 

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