Meeting-débat

Compte rendu du Meeting-débat de G. Olympio avec la Communauté togolaise en France

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 29 octobre 2005, publié sur ufctogo.com

Depuis les douloureux événements qui se sont produits au Togo, le Président de l’UFC n’avait pas eu l’occasion de s’entretenir avec la communauté togolaise de France. Cette occasion s’est réalisée le 22 octobre à Paris, au cours d’un débat auquel participèrent plus de 300 personnes.

 

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L’objet de cette rencontre était d’analyser, ensemble avec les Togolais, la situation actuelle au Togo, et explorer les solutions susceptibles de résoudre la grave crise qui perdure dans notre pays.

Les espérances ont été tenues au cours du débat qui a duré plus d’une heure et demie. C’est ce que résume le sentiment d’un participant qui a évoqué un bon meeting, une salle comble, des questions structurées, des réponses claires et des propositions concrètes.

En effet, après l’accueil de M. Olympio, une minute de silence à la mémoire des victimes de la dictature militaro clanique a été observée par les participants. L’hymne national a été repris avec ferveur ainsi que les mots de ralliement des patriotes : ABLODE, ABLODE, ABLODE GBADZA !

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La parole a ensuite été donnée à M. Gilchrist Olympio qui a d’abord fait l’historique des événements qui se sont déroulés au Togo depuis le décès de Gnassingbé Eyadéma. Il a ensuite exposé aux auditeurs les grandes lignes de ses propositions pour une sortie de crise pacifique. En substance, il a affirmé que sa volonté d’accepter de dialoguer directement avec Faure Gnassingbé avait pour finalité de dire leur fait à ceux qui ont usé de la violence pour se hisser au pouvoir contre le choix du Peuple. « Cette démarche est entreprise dans l’intérêt supérieur du Peuple togolais sans pour autant reconnaître à nos adversaires une quelconque légitimité et encore moins solliciter une place dans les Institutions étatiques pour mon parti ou qui que ce soit a-t-il ajouté.
M. Olympio a rappelé les exigences exprimées au cours de la rencontre de Rome : « cesser la violence, de libérer les prisonniers et d’œuvrer au retour des réfugiés. Dans un deuxième temps nous aborderons les problèmes de la sécurité des populations civiles et de la réforme de l’armée. Ainsi tous les points que nous aurons réussi à négocier entre les deux parties pourront constituer l’ordre du jour d’un Dialogue national élargi à tous les partis politiques, du moins les plus importants. Et, comme nous l’espérons, de ce Dialogue, qui du reste rejoindra l’application des 22 Engagements de l’Union Européenne, se dégagera un Accord national pour la restauration de la démocratie et le respect des droits de l’Homme dans le pays »

Dans son intervention, le Président de l’UFC a dit que « le récent Rapport de la Mission des Nations Unies « chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violation des droits de l’Homme au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005 sera un document de référence et de preuve pour justifier le bien-fondé de notre démarche. »

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Enfin, M. Olympio a exposé à son assistance le plan d’action de l’UFC, à savoir
- la nécessité d’une réconciliation nationale fondée sur les principes de vérité, de justice et de réconciliation ; reprenant à son compte les conclusions du rapport de l’ONU, il estime que « le principe de vérité doit se traduire par la mise en lumière complète et objective des actes de violations des droits de l’homme, de la nature et des circonstances de ces actes, des listes des victimes, des disparitions, de l’évaluation des biens et des propriétés détruits et de la détermination des responsabilités. ». De même rendre justice constituerait une mesure emblématique d’éradication de l’impunité, source profonde de la perpétuation de la violation des droits de l’homme et terreau de la culture de violence. »
- le principe de la révision de la Constitution et un Accord sur les voies et moyens de l’organisation des prochaines élections présidentielles, législatives et locales ;
- la réforme démocratique et en profondeur de l’armée (sous la supervision des Nations Unies) qui doit être un élément central des négociations politiques.
Pour comprendre l’importance de ce point particulier, retenons qu’à trois reprises, en 1998, en 2003 et en 2005 nous avons été à des élections présidentielles avec une Constitution et un Code électoral modifiés pour nous éliminer, mais notre candidat a gagné les trois fois et c’est la répression perpétrée par les éléments de l’armée qui nous a empêchés d’accéder au pouvoir. Une armée nationale et républicaine n’aurait pas la même conduite. Et je ne pense pas non plus que le Peuple togolais acceptera toujours de se faire voler sa victoire.

Le débat a permis de clarifier les positions et d’enregistrer des propositions concrètes.

- Un premier intervenant faisant le constat que depuis 40 ans, nous vivons sous la dictature et que tous nos efforts se sont soldés par le maintien de la dictature, a demandé comment faire advenir la démocratie dans notre pays ?

Gilchrist Olympio a reconnu que l’instauration de la démocratie au Togo n’est pas une tâche facile. Certes, nous avons en face de nous des adversaires dangereux et déterminés à faire des carnages pour rester au pouvoir, mais deux péchés ne font pas une bonne action a t-il dit à propos de ceux souhaitent une réorientation de la stratégie de l’opposition. De manière ferme, nous écartons la voie de la violence. Notre sous région offre des exemples de désintégration de l’Etat parce que la violence a été le seul moyen de régler les différends politiques. En Cote d’Ivoire, en Sierra-Léone et au Libéria, les milices et les chefs de guerre ont fait ou font la loi. Si on ne s’y prend pas bien, le mal qu’on veut détruire peut se retourner contre le pays lui-même.
Nous devons être très prudent et imaginatif. Il faut continuer par explorer tous les moyens diplomatiques et politiques

- Une autre question a porté sur la capacité de l’opposition à mobiliser ses partisans dans ce contexte de violences aggravées et répétées

Gilchrist Olympio a admis qu’à la suite des violences massives perpétrées par les milices du RPT et des éléments de l’armée, beaucoup de Togolais sont partis en exil. La force vive de notre parti, nos jeunes ont dû quitter le pays. Ainsi, il peut exister une difficulté de mobilisation, car la population a été traumatisée, à dessein d’ailleurs (pour dégoûter nos concitoyens du vote). C’est pourquoi, nous affirmons que le problème togolais est fondamentalement un problème militaire. Si on ne trouve pas une solution à cette armée restée tribale et prétorienne, les accords politiques n’auront pas de sens au Togo ; la démocratie, l’Etat de droit, le respect des droits de l’homme seront des mots vides de sens. Je dois vous dire que le Président Obasanjo et le secrétaire général de l’ONU, M. Annan avaient fait le même constat au cours des entretiens que nous avons eus à Genève le 11 mai dernier. Ils avaient même proposé de nous aider à résoudre ce problème.
Le Secrétaire général de l’ONU a proposé d’engager l’ONU dans cette réforme qui devra aboutir à une meilleure représentativité de l’armée.
Cette réforme est nécessaire puisque le régime de Gnassingbé Eyadéma est basé sur ces forces de sécurité. Il y a aussi la question des milices et des armes dissimulées dans le pays.
En tant que parti politique et ne disposant pas d’armes ou de milices, nous comptons sur la communauté internationale pour nous aider à résoudre ce problème.
En outre, certains coupables, commanditaires et tortionnaires sont identifiés. Nous oeuvrons toujours à l’identification de tous les coupables et de toute la chaîne de commandement et de responsabilité. Il faudra les traduire en justice et faire cesser l’impunité qui est à la base de ce régime (Gnassingbé père comme fils)
Faire de la politique sans complaisance sous le régime des Gnassingbé n’est pas une chose facile ; ce régime est dangereux. Nous avons fait l’expérience de sa dangerosité. Du reste, il y a quelques jours, un journaliste a été violemment tabassé et laissé pour mort. Il est encore à l’hôpital...

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- A propos de l’opportunité et de l’utilité de la médiation Sant’Egidio

M. Olympio a rappelé qu’après toutes les victoires qui lui sont volées, deux voies s’imposaient à l’UFC. Soit la diplomatie pour obtenir la cessation des violences, la libération des prisonniers et le retour des réfugiés. Soit le recours à la violence pour bouter le régime illégitime dehors. Face à des éléments de l’armée montés à cran et à des milices du parti au pouvoir formées et armées pour « porter la guerre au sud » selon leur propre expression, l’opposition ne pouvait pas s’engager dans la seconde voie. Voilà pourquoi j’ai accepté de rencontrer Faure Gnassingbé à la Communauté Sant’Egidio à Rome au mois de juillet dernier. Surtout que Sant’Egidio a réussi de bonnes choses au Mozambique et est engagé dans des médiations en Afrique.
M. Olympio a révélé au public que pour la poursuite des négociations à Rome, il y avait des difficultés, car, à ce jour, il n’ y a pas eu de début d’exécution des recommandations faites dans le communiqué, à savoir favoriser le retour des réfugiés par des mesures sincères et vérifiables, et faire cesser la violence et la chasse à l’homme. Le président de l’UFC a de même admis que les positions au sein de l’UFC sont divergentes. Il y a parmi nous certains qui refusent de discuter avec un pouvoir illégitime...Comme vous le constatez, il faut d’abord harmoniser les positions au sein de l’UFC et contacter ensuite les partis alliés.

- Une question a porté sur l’impasse de la voie diplomatique. L’intervenant a demandé si au regard de l’histoire politique du Togo et de l’actualité récente, tout ne ramène pas l’opposition à un recours à la force.

A cette question, M.Olympio a répondu que nous avons en face de nous des gens qui n’hésitent pas à utiliser la force militaire massive. Il a fait observer que l’environnement politique et la géostratégie ne permettent pas le recours à cette voie.
A tous, il a affirmé qu’il n’est pas un chef de guerre.
Oui, a-t-il dit, avec nos moyens, nous avons échoué à faire partir Gnassingbé 1er en 40 ans de lutte. Il vous appartient désormais à vous les jeunes dont l’avenir est hypothéqué de prendre vos responsabilités

Ses derniers propos furent suivis d’un intense moment d’émotion : la salle s’est levée comme un homme pour entonner des chansons de résistance et lancer le mot de ralliement des patriotes : ABLODE, ABLODE, ABLODE !

- Une question a porté sur l’annonce de futures élections législatives et le dialogue national.

Selon, M. Olympio, organiser des élections législatives au Togo n’auront pas de sens, car les choses n’ont pas changé. Le système est toujours en place. Il faut une transition pour revoir toutes les Institutions. Faire des élections législatives sans un accord politique n’a pas de sens. Cet accord devra être garanti par l’union européenne, l’ONU et l’Union africaine... Il faut revoir le Cadre électoral, à savoir la Constitution, le Code électoral, la composition de la Cour constitutionnelle, celle de l’autorité de l’audiovisuel, etc....

Le vice-président de la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), de passage à Paris, a apporté sa contribution au débat. Il a d’abord rappelé que la LTDH a donné sa position sur le rapport de l’ONU. La ligue togolaise des droits de l’homme a assisté au carnage pendant, avant et après l’élection présidentielle du 24 avril.
Avec courage et patriotisme, nous avons publié notre rapport préliminaire dans lequel nous donné le chiffre de 811 morts, et plus de 5000 blessés. Au cours de la présentation de notre rapport préliminaire, des ministres et des miliciens du RPT ont envahi notre siège pour nous molester et nous intimider.
Il faut faire cesser l’impunité et demander justice et réparation.
Nous avons le devoir de nous inspirer de ce que nos parents ont fait du rapport de l’ONU en 1956 pour exiger des élections supervisées par l’ONU.
Tous les Togolais doivent se mobiliser pour faire appliquer les conclusions et les recommandations de ce rapport.
La LTDH approuve un dialogue, il faut que ce dialogue soit sincère et franc et débouche sur un vrai gouvernement de transition et la révision des tous les textes (constitution, code électoral, etc)
Peuple Togolais, par ta foi, ton courage, tes sacrifices, la nation togolaise renaîtra ! a martelé le responsable de la ligue.

- Un participant a interrogé M. Olympio sur les rumeurs qui font de lui un Premier ministre potentiel de Faure Gnassingbé. Sa deuxième question a porté sur les conditions de son retour et de sa présence définitive au Togo.

M. Olympio a indiqué que le pays a besoin d’être sécurisé. Tout notre engagement vise à nous faire revenir au Togo. Mais, le pays est encore dangereux. Nous demandons à nos partenaires de nous aider à sécuriser le pays et à rendre l’armée républicaine.
A propos d’une nomination dans un gouvernement du Togo, M. Olympio a ajouté que la question n’a jamais été discutée, ni même de savoir si l’UFC doit envoyer un de ses membres au gouvernement. « Vous savez, je n’ai pas été membre d’un gouvernement de Gnassingbé Etienne, comment entrer dans le gouvernement de Faure Gnassingbé qui n’a pas été élu et qui est condamné à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Avant toute chose, il faut un dialogue sincère...

- Une dernier intervenant a voulu savoir pourquoi les réfugiés togolais au bénin n’ont pas reçu la visite du Président de l’UFC

Si je ne suis pas allé au bénin, c’est parce qu’on m’a interdit de séjour. Le gouvernement béninois ne voit pas d’un bon œil notre présence sur le terrrain.
Mais nous nous occupons des réfugiés togolais depuis plus de dix ans. Nous avons toujours manifesté de la sollicitude à toux ceux qui fuient le régime de Gnassingbé et à ceux qui s’exilent à cause de leur opinion politque. Nous intervenons auprès des instances onusiennes pour que le sort et le statut de nos compatriotes réfugiés au Bénin et au Ghana soit reconnu ; nous ne faisons pas de publicité autour de ce que nous faisons, car il ne faut pas exploiter la misère des réfugiés.

Lire aussi : Gilchrist Olympio face à la Communauté togolaise de France

 

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