Revue de presse

Chroniques de la colère des Togolais

par UFCTOGO.COM , le 1er février 2002, publié sur ufctogo.com

Chacun le constate, la situation politique au Togo est bloquée. Il n’y a plus de dialogue intertogolais. Du reste, le dialogue est-il possible avec Gnassingbé Eyadéma ? Quelle solution nous est offerte désormais ? Qu’en pense la presse ? Quelle est l’humeur du peuple ? A lire ces chroniques, on note que " le Togo est au bord de l’explosion sociale ". Dans le fond, Eyadéma et sa clique ne laissent pas un autre choix au peuple et à l’opposition !

 

Les heureux de l’enfer par Franck Ayawo ASSAH
(Crocodile n°570 du 31-01-01 au 6-02-02 )

Les Togolais sont bizarres. Les Togolais constituent un peuple à part. Depuis la remise en scelle de la dictature après le Putsch au gouvernement de la transition, tout se passe comme si ils aiment vivre en enfer. Inimaginable ! On les tue, on les torture physiquement et moralement. Personne ne bronche.

On tripatouille les résultats des élections. Pas un seul courageux qui dit ça suffit. 0n tort le cou à la loi. Il n’y a pas de magistrats, même ceux qui se disent hauts magistrats, qui soit capable de faire rétablir la vérité. Les intellectuels, pardon les diplômés, sont, eux plus couards que n’importe quel coucou.

Non seulement ils n’apportent rien sur le plan des idées, mais ils sont ceux qui se prostituent le plus avec le pouvoir qui opprime les populations. Aujourd’hui, tout le monde souffre à cause d’un pouvoir branlant qui fout tout le bordel partout, qui étouffe tout le monde... Pourtant tout le monde se tait comme si il y aura un secours qui viendra de l’extérieur. Sacrés togolais. Plus heureux qu’eux en enfer, tu meurs. En tous cas, ils auront à choisir entre attendre et agir trop tard ou agir avant qu’il ne soit trop tard.

TOGO/ Instauration d’une démocratie en trompe-l’œil : Echec de la diplomatie togolaise auprès de la communauté internationale
par Jim GBADEGBE ( Crocodile n° 570 du 31 janvier au 6 février 2002 )

" Nos efforts de démocratisation ont donc besoin d’être accompagnés, soutenus et encouragés. Nous estimons que l’insuffisance de démocratisation que l’on se plaît à avancer pour justifier la suspension de la coopération avec notre pays est plutôt une accusation scandaleuse, infondée et réductrice de la réalité. En vérité, notre pays est simplement victime d’une injustice née d’un amalgame d’allégations et de dénigrements, orchestrés par quelques Togolais et appuyés par certains de nos partenaires au développement. Cette injustice doit être réparée..." C’est par ces mots amers que le président Eyadéma a quelque peu commencé son message à la Nation du samedi 12 janvier dans le cadre de la célébration du 35e anniversaire de la célébration de son accession au pouvoir, douze ans après la contestation de son régime le 5 octobre 1990, par des jeunes Togolais descendus massivement dans la rue pour réclamer la démocratie, la bonne gouvernance, et le respect des droits de l’homme. Durant toute cette période pendant laquelle près de sept ministres des Affaires Etrangères se sont succédés, à part la parenthèse de la transition avec le très compétent Chéaka Touré, le président Eyadéma et ses collaborateurs n’ont pas hésité à déployer une diplomatie tous azimuts à la fois offensive et trompeuse pour la communauté internationale. Qui plus est, les plus acharnés de ses soutiens ont été les réseaux français rassemblant des officiels et diverses personnalités telles que Charles Pasqua, Jeannou Lacaze, Jacques Vergès, Jean-Christophe Mitterrand, Michel Rocard, sans compter le très fameux Jacques Foccart.

Que ce soient dans les couloirs de l’ UE à Bruxelles, à Matignon, à l’Elysée, en France en passant par Washington, Bonn, Genève, Londres, l’ONU, le siège de l’OUA à Addis-Abeba, les ministres des Affaires Etrangères, à commencer par l’inamovible Koffi Panou, n’ont pas été inactifs. Ils ont tout fait, dépensant sans compter énergie, argent pour convaincre les Occidentaux d’abord, leurs pairs africains et d’autres de diverses contrées, que le Togo est un Etat de droit où le respect scrupuleux des droits de l’homme étaient un sacro-saint principe.

Malheureusement, à partir de 1992 avec " la grève générale illimitée ", les tueries de Fréau Jardin les 25 et 30 janvier 1993, la séquestration des Hauts Conseillers de la République, l’échafaudage de soutien à la dictature avait commencé par s’effriter.

Le grand tournant a été incontestablement l’élection présidentielle de juin 1998 qui avait vu l’avancée significative du leader de l’UFC, Gilchrist Olympio officieusement crédité d’avoir gagné la Présidentielle. Plus grave encore aujourd’hui, demeure la banalisation de l’Accord-cadre de Lomé par la mouvance présidentielle au moment où l’UE voulait tenter de sanctionner le régime à cette époque. Malheureusement, aujourd’hui, avec le départ dépité des facilitateurs au dialogue intertogolais, la communauté internationale se fait, sans fard, son opinion sur les "fauteurs de trouble" dans la crise togolaise. Il fut un temps où faisant du lobbying en faveur de son maître de Lomé, le député européen Jeannou Lacaze faisait pression, dans les couloirs de l’UE, sur les opposants togolais pour qu’ils ne déposent pas des projets de sanctions contre leurs dirigeants Aujourd’hui les données ont changé. Le facilitateur allemand Von Stülpnagel n’a pas hésité à indexer la mouvance présidentielle comme étant la pierre d’achoppement pour régler au mieux le problème togolais, au grand dam de Koffi Sama, secrétaire général du RPT.

L’heure est au bilan et le constat précis que l’on peut faire est que malgré les multiples voyages, les monstrueuses dépenses d’argent pour s’acheter les consciences de personnalités occidentales influentes, le Togo " est simplement victime dune injustice née d’un amalgame d’allégations et de dénigrements orchestrés par quelques Togolais et appuyés par certains partenaires en développement. "

Malgré les sommes faramineuses dépensées aussi bien pour les voyages, les achats de conscience, la publicité dans des journaux étrangers, etc. il n’en demeure pas moins que la communauté internationale devra, à court ou à moyen terme, frapper les dirigeants en ciblant des sanctions qui ne seraient pas préjudiciables aux populations appauvries, affamées et qui ne voient même pas le bout du tunnel.

En attendant, les Togolais doivent méditer cette assertion du dictateur italien Mussolini quand il avait voulu se joindre à l’aventure allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale, " il vaut mieux vivre un jour comme un lion plutôt que cent ans comme un mouton". Devrions-nous , vivre cent ans comme des moutons plutôt qu’un jour comme des lions ? Madagascar nous donne l’exemple

Le Togo au bord de l’explosion sociale et de l’expression de la rue
par Francis Pedro ( Crocodile n° 570 du 31 janvier au 6 février 2002 )

Tous les ingrédients sont réunis pour que le Togo connaisse à nouveau des troubles sociaux dévastateurs. les puzzles de cet esclandre ont fini par se mettre en place à cause de l’attitude égoïste des tenants du pouvoir. Ceux-ci ont pendant trois ans banalisé l’Accord-cadre de Lomé qu’ils ont signé avec l’Opposition pour corriger l’élection présidentielle de 1998 dont les résultats ont été détournés par leurs soins. Seuls la date, le jour et le coin du Togo où débutera cette explosion restent à déterminer.

Le régime du général Eyadéma a conjugué ses efforts non pas pour aider le Togo à se développer, mais pour le pousser dans le gouffre de l’incertitude. Tout ce qui intéresse ce régime, c’est de dribbler le peuple togolais par le chantage, la désinformation, la menace et la corruption pour se maintenir indéfiniment au pouvoir. Il a la manie de flouer également la communauté internationale qui souvent tombe dans le panneau dressé en échafaud. Ainsi, depuis le début du processus, le pouvoir a envoyé les forces de sécurité perpétrer des massacres de populations, les plus spectaculaires étant ceux de Fréau Jardin le 25 janvier et la descente punitive du 30 janvier 1993. Outre les massacres, le pouvoir a fait capoter les assises de Colmar en France destinées à trouver une issue à la grève générale illimitée lancée par le collectif des partis de l’Opposition pour répondre aux crimes organisés et l’épineux problème posé par les tueries en masse. Le même pouvoir s’est servi de l’accord de Ouagadougou pour se remettre en selle après avoir perdu les législatives de 1994. La communauté internationale accourue au Togo pour empêcher le pays de s’embraser a contraint les autorités à accepter le déploiement des observateurs internationaux, ainsi que la mise en place d’une commission électorale nationale paritaire proposée par l’opposition pour s’assurer de l’équité de la présidentielle de 1998. Pour prouver qu’il n’a peur de personne, le pouvoir RPT a fait démissionner ses membres et la Présidente de la CEN, pour proclamer les résultats par le ministre de l’Intérieur en violation du code électoral d’alors. Lesquels résultats, d’ailleurs fantaisistes, n’ont rien de commun avec le vote populaire exprimé. Le pouvoir avait donc perpétré un hold-up électoral que la cour constitutionnelle à la botte du régime a entériné au grand dam des règles juridiques. Suite à ce hold-up, l’opposition a accepté de dialoguer avec ceux qui lui ont volé sa victoire par soucis de préserver le pays d’autres troubles qui l’anéantiraient. Au cours du dialogue à voir les conclusions, seule l’opposition a fait de vraies concessions, le pouvoir ayant gardé ses privilèges et la haute main sur l’appareil de l’Etat. Pour semer la diversion, le général Eyadéma a fait une déclaration tonitruante défonçant une porte ouverte comme quoi il ne se présenterait pas pour un troisième mandat présidentiel. Depuis la signature de l’Accord-cadre de Lomé le pouvoir n’a cessé de poser des peaux de bananes pour reléguer les législatives anticipées prévues pour ramener la paix au Togo, aux calendes grecques le tout saupoudré de désaveux de diplomates et de facilitateurs.

L’explosion sociale est imminente

Devant l’intransigeance du pouvoir à accéder aux revendications des Togolais qui de plus en plus croupissent dans la misère, sans salaire régulier et sans satisfaction morale, il s’élève déjà dans la population une rogne qui tend vers la grogne pure et simple contre un pouvoir omnipotent et omniprésent. Le mécontentement est général du sud au nord et de l’est à l’ouest du pays. Beaucoup de Togolais murmurent déjà que pareille situation ne saurait durer longtemps ; qu’il faut aller en découdre avec un pouvoir autoritaire et qui fait main basse sur les richesses du pays au détriment du peuple.

Beaucoup n’ont de cesse de dénoncer les autorités sur les ondes nationales et internationales. Certains invoquent la constitution pour appeler leurs concitoyens à résister et à combattre les incessants coups de force qu’orchestre le pouvoir. En effet, l’article 45 de la constitution prescrit que "tout citoyen a le devoir de combattre toute personne ou groupe de personnes qui tenterait de changer par force l’ordre démocratique établi par la présente constitution ". Quant à l’article 150, il dispose que" en cas de coup d’Etat, ou de coup de force quelconque, tout membre du gouvernement ou de l’Assemblée nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants. Dans ces circonstances, pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs... ".

Il importe que le président de la République et le gouvernement, pour ne pas porter la responsabilité d’une explosion sociale aux conséquences incalculables, ménagent dès à présent leurs efforts pour arrêter le dilatoire mis en place par leurs soins pour saboter et désavouer l’Accord-cadre de Lomé. La tenue dans un délai raisonnable des élections législatives en collaboration avec l’opposition et la communauté internationale sera la meilleure voie pour apporter la paix au Togo.

Ca y est ! Le pouvoir-RPT est parti pour modifier la Constitution.
Voici comment par Pablo ALVAREZ ( Nouvel Echo du 25 janvier 2002 )

Les couleurs ont été annoncées par le premier ministre et le président de l’ assemblée nationale. Au cours du 3ème trimestre de l’année dernière, ils avaient exprimé leur souhait de voir la constitution modifiée, afin de permettre au chef de l’Etat Gnassingbé de briguer un autre mandat. La chose avait d’ abord été présenté comme une réflexion personnelle aux auteurs. Mais on ne devait pas s’y tromper, le RPT avait prévu de longue date de modifier la Constitution. Comme quoi, il n’était pas possible d’envisager de remplacer le chef tant qu’il est en vie. On devait alors s’organiser pour qu’il reste et meurt en étant toujours le chef...

Aujourd’hui, on ne peut que constater que le RPT est en train de mettre son plan à exécution, et les manœuvres en vue de la dissolution de la CENI ne sont que le début de ce plan... Les Togolais peuvent oublier les législatives, en tout cas celles de mars 2002 ne se tiendront pas. Et il n’est pas raisonnable d’en envisager d’autres avant juin. Même si élections il y a un jour, on peut dès à présent parier que les conditions minimales de transparence n’y seront pas et alors, elles ne verront pas la participation de l’opposition...Nous serons toujours à la case départ : les élections ne seront pas reconnues par l’Union Européenne (le facilitateur allemand l’a dit), la coopération ne sera pas reprise, les populations togolaises continueront de vivre dans la misère. Et...l’oligarchie togolaise ne se portera pas mal pour autant...On peut s’ attendre à subir encore M. Natchaba et ses collègues pendant encore longtemps...Nous pourrions alors dire adieu aux élections législatives anticipées, à la démocratie tout court et donc aussi à l’aide économique internationale. Voilà le projet que l’on s’est donné dans la savane... Mais on oublie une chose : les Togolais ne sont certainement plus prêts à accepter toutes ces manœuvres qui ont pour but de leur reprendre le peu de liberté qu’ils ont conquis à partir du 5 octobre 1990. On peut alors être sûr que d’autres 5 octobre se verront dans ce pays, plus ou moins violents, mais le sacrifice en vaut la chandelle.

 

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