Livre

Charles Debbasch : Un Intellectuel Organique

par Maurice Mouta Wakilou Gligli , le 1er novembre 2006, publié sur ufctogo.com

Note de lecture de « La succession d’Eyadema. Le perroquet de Kara » publié chez L’Harmattan par Charles Debbasch en 2006.

 

Avec mon courage que je prends à deux mains, saurai-je, moi, Togolais ordinaire et désireux de voir survenir le vrai changement dans mon pays, commenter La succession d’Eyadema Le perroquet de Kara, ouvrage du si éminent et savant professeur Charles Debbasch ?
J’introduirai ce commentaire en rappelant l’adage qui dit « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

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En effet, en parcourant le livre du professeur Charles Debbasch, je retrouve la parfaite démonstration de la mise de la science au service des intérêts financiers personnels et maffieux. Comment comprendre que ce grand constitutionaliste français et accessoirement togolais puisse justifier la succession d’un fils (Faure Gnassingbe) à son défunt père (Eyadema) au Togo qui est une république et non une monarchie ?
Le contenu sémantique du mot « République » varie-t-il selon que l’on est en France ou en Afrique ?
Lorsque meurt un chef d’Etat français, est-il succédé par son fils comme si la France était encore une monarchie ? La réponse est évidemment non car, dans ce cas de figure, la Constitution française qui a tout prévu dit qu’en cas de vacances, le pouvoir revient de droit au président de l’Assemblée nationale. Comme par hasard, la Loi fondamentale togolaise le prévoyait. On peut le mentionner même si on sait que c’était un régime dictatorial avec lequel on n’était pas du tout d’accord. Or cette disposition constitutionnelle n’a pas été retenue et, à la place, on a imposé aux Togolais le fils de son père comme encore une fois le Togo était une monarchie. Voilà le schéma que défend savamment l’excellent professeur Debbasch. C’est pourquoi cet ouvrage, un vile panégyrique, suscite l’étonnement et l’incompréhension du lecteur. Intéressons-nous au contenu.

M. Charles Debbasch se trompe sur la nature du régime en place au Togo. Loin d’être une démocratie, le Togo est une dictature vieille de 40 ans. Donc on ne peut parler de ce pays qu’ en ayant à l’esprit cette tragique réalité. Aussi on peut déplorer la légèreté de l’analyse de l’éminent savant sur les graves évènements qui ont émaillé ces 15 dernières années la vie politique togolaise. Dans le cadre de sa lutte implacable contre la dictature du clan des Gnassingbé, notre peuple a beaucoup souffert dans la voie du cheminement vers la démocratisation. Cela nous autorise à contester l’affirmation debbaschienne selon laquelle c’était le feu président Mitterrand, qui, en 1990, avait sonné l’heure de la démocratisation de l’Afrique. Car, en effet, les remous observés ça et là en Afrique dans les années 90 étaient les premiers fruits de l’aboutissement de luttes de nos peuples longtemps étouffées.
Au Togo, le mouvement insurrectionnel du 05 octobre 90 fait partie de ces remous. La jonction de la lutte menée de l’extérieur par les patriotes contre la dictature et le travail des démocrates sur le front intérieur a permis à la jeunesse togolaise d’exprimer son ras- le- bol dans le cadre d’ un vaste mouvement sans précédent dans toute l’Afrique.
C’est cela la vérité sur les origines de la démocratisation de l’Afrique en général et du Togo en particulier. Ce sont les peuples togolais qui ont arraché le pluralisme et non pas Eyadéma qui leur en a fait cadeau. L’exemple béninois, en décembre 89, est une preuve de l’antériorité de la conscience politique africaine par rapport au discours de La Baule. Rappelons-nous la fuite de Kérékou dans les rues de Cotonou devant plus de 100.000 Béninois, sous la direction du PCD (Parti Communiste du Dahomey).
En d’autres termes, c’est plutôt Mitterrand qui voulait canaliser les mouvements populaires africains dans le but de leur enlever tout caractère révolutionnaire. D’où l’idée des Conférences Nationales qui ont eu pour résultat le maintien des dictateurs un peu partout en Afrique.
Je mets au défi le professeur Debbasch de démentir cette vérité historique. Pour justifier l’échec du processus démocratique au Togo, l’auteur écrit à la page 88 que les élections sont un processus lent et laborieux, ce en oubliant que nous sommes à l’époque de la mondialisation et de l’accélération de l’histoire et que, pour se démocratiser, l’Afrique ne doit pas nécessairement passer par toutes les étapes franchies par la France par exemple. Au lieu d’encourager, en homme de science, une véritable alternative dans notre pays, le professeur Debbasch soutient une succession monarchique dans une République.
Par ailleurs, écrire un livre est un exercice louable, mais lorsqu’on le fait, il est bon de penser à la postérité et surtout aux concernés, en particulier aux Togolais.
En faisant l’apologie de l’action politique d’Eyadéma, l’auteur commet un outrage contre les Togolais encore vivants et salit la mémoire de leurs martyrs. On ne peut qu’être ébahi devant la manière dont ce Monsieur instrumentalise sa plume au profit d’une cause indéfendable et, en particulier, lorsqu’il déclare à la page 9 : « Eyadéma a un sens aigu de l’Etat et est un être exceptionnel, un homme sincère et travailleur ».
Ce disant, ce professeur ignore superbement les assassinats politiques et les détournements commis par le criminel Eyadéma. Est-ce cela le sens aigu de l’Etat togolais que ce éminent et savant professeur Charles Debbasch sert en sa qualité de ministre et de conseiller spécial du jeune desposte Faure Gnassingbé ? Je lui conseille de lire La Françafrique ou le scandale de la République de François-Xavier Verschave et De l’esclavage au libéralisme maffieux.
Où sont la sagesse et la bonne gestion de l’Etat par Eyadéma comme le prétend l’auteur à la page 17 ?
Prend-il en compte les milliers de vies humaines détruites ? Combien d’hôpitaux, d’écoles, d’universités Eyadema a créées en 40 ans ? Le Togo est en crise. L’auteur aurait mieux fait de le reconnaître. Nous ne sommes pas d’accord avec son analyse de la crise lorsque il attribue son origine à l’antagonisme entre le nord et le sud. Par exemple, en décembre 91, lorsqu’il y eut attaque de la primature, ce n’était pas un problème ethnique ni une querelle intestine mais c’est l’armée tribale et ethnique au service du clan qui s’en était pris aux institutions nées de la CNS et qui a perpétré un coup de force.
Il est scandaleux de réduire la lutte démocratique des Togolais à un simple problème ethnique. Ce faisant, l’auteur montre sa partialité et se positionne comme un simple un partisan d’Eyadéma.Il n’est pas sincère lorsqu’il affirme le contraire.
Dans son livre, Charles Debbasch apparaît au yeux du monde comme un serpent venimeux qui a toujours cheminé avec le criminel Eyadéma - et depuis le 05 février 2005 -avec son fils- auquel il a insufflé méthodes et autres artifices juridiques pour étouffer les aspirations légitimes du peuple togolais.

Les lecteurs de ce livre La succession d’Eyadema Le perroquet de Kara auront l’impression que c’est l’auteur lui même Charles Debbasch qui est le perroquet, car comme le perroquet, il est la voix de son maître et répète tout ce qu’il dit.
Maurice Mouta Wakilou Gligli
Bruxelles, le 1er novembre 2006

 

© Copyright Maurice Mouta Wakilou Gligli

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