Commémoration

Centenaire de la naissance de Sylvanus Olympio 6 septembre 1902 - 6 septembre 2002

par UFC , le 14 septembre 2002, publié sur ufctogo.com

Il y a cent ans, le samedi 06 septembre 1902, naissait notre regretté Président Sylvanus Kwami Ephiphanio Olympio. Une cérémonie de prières, de libation, d’écoute de paroles de Sylvanus Olympio, de chansons de l’Ablodé s’est déroulée le samedi 14 septembre 2002, de 14h30 à 19h00, dans la grande salle de l’AGECA à Paris.

 

6 SEPTEMBRE 1902- 6 SEPTEMBRE 2002 CENTENAIRE DE SYLVANUS OLYMPIO

présenté par Gilchrist S. Olympio

Chers compatriotes,

Nous sommes ici réunis aujourd’hui pour nous souvenir. Nous souvenir de la vie d’un homme, Sylvanus Olympio qui, au jour du 6 septembre 2002, aurait célébré le centième anniversaire de sa naissance parmi nous si, le 13 janvier 1963, la mort ne l’avait tragiquement fauché.

Nous souvenir aujourd’hui de cet homme : c’est évoquer les enseignements que nous avons recueillis des membres âgés de notre famille, des écrits consacrés à sa vie, à son combat, et des moments que nous avons eu le privilège, nous ses enfants, de vivre ensemble avec lui et notre mère, Dina Olympio.

La venue au monde de Sylvanus Olympio, le samedi 6 septembre 1902, nous a été contée comme un événement de joie et de bonheur pour son père, EpiphanioOlympio et sa mère Afé qui, après leur premier enfant - une fille - souhaitaient vivement avoir un garçon.

C’était au début du siècle dernier. Le Togo, pays de naissance de Sylvanus Olympio, venait d’être placé sous un mandat de protectorat allemand en 1884. La ville principale du pays, Lomé était juste un grand bourg d’où les missionnaires chrétiens organisaient leurs missions d’évangélisation, les commerçants européens installaient leurs premiers comptoirs et les administrateurs allemands mettaient en place les structures administratives de police, de santé et d’enseignement scolaire et technique.

La jeunesse togolaise de l’époque pouvait ainsi aller à l’école et préparer son avenir. Les parents du jeune Sylvanus Olympio aidèrent leur enfant à saisir cette chance qui était alors limitée. Le grand muséologue togolais, Hubert Kponton qui fut son camarade et promotionnaire, dit dans un de ses ouvrages que " Sylvanus Olympio fut un élève doué, studieux et discipliné qui tenait la première place dans le classement de sa classe. " Sa grande sœur, notre tante Alexine, nous apprit que l’éducation que leurs parents donnèrent à son jeune frère était celle reçue par tous les enfants de son âge avec les corvées d’eau, de nettoyage et autres services domestiques. Ainsi le formèrent-ils au sens des responsabilités, de même qu’au respect et à l’amour de l’autre.

Le jeune homme que le père Epiphanio envoyait alors tout confiant en Europe poursuivre ses études post-secondaires et supérieures en 1922 était déjà mûr et responsable. En effet, il réussit brillamment ses études d’économie à la London School of Economics en Angleterre et de Sciences politiques en France ; puis effectua des stages de formation aux Pays-bas, en Autriche et en Allemagne.

Il n’est pas étonnant que dès la fin de ses études il fut embauché à Londres en 1926 par l’une des grandes sociétés commerciales du monde, Unilever, pour travailler sucessivement en Sierra Leone, au Gold Coast (aujourd’hui Ghana), au Togo et au Nigéria.

L’une de ses tâches fut la mécanisation du système de comptabilité. Il n’y avait pas d’ordinateur à l’époque ! et Sylvanus Olympio était un spécialiste de l’opération des cantomètres , ancêtre des ordinateurs de nos jours. On comptait à l’époque parmi ses stagiaires, le père de l’actuelle première dame du Nigéria, Madame Obassanjo, devenu plus tard le PDG de la UAC Nigeria. Sylvanus Olympio se révéla comme un bon gestionnaire lorsqu’il prit la direction de l’une des filiales de la Unilever, la UAC au Togo. Ses compétences et les résultats positifs de sa gestion lui valurent d’être nommé Directeur Général à Paris de toutes les branches de la société Unilever dans les pays d’Afrique sous domination française, en 1951. Un poste qu’aucun Africain n’avait jusque là occupé.

Chers compatriotes, chers amis, permettez-moi de dire qu’il n’est pas facile pour un fils, pleinement engagé en politique comme je le suis, de parler de son père surtout lorsque la vie de celui-ci fait partie intégrante de l’histoire et de la politique de notre pays.

Au cours de ses années d’étude en Angleterre, mon père eut la chance de connaître de grands africanistes comme Dubois, Marcus Garvey, Paul Robson, etc... et de participert à leurs réflexions sur l’Afrique et les Africains. Il fréquenta également des cercles d’amis étudiants de la Gold Coast à Londres comme le Dr. Danquah, Asafo Adjei, Quashie-Idun, Blay et avec eux nourrisait déjà des rêves d’autonomie administrative, voire d’indépendance pour leurs pays.

La formation intellectuelle de Sylvanus Olympio a été influencée par la pensée post-bolchévik, alors répandue à la London School of Economics et le début de la pensée keynesienne représentée par Harold Larski et Robinson, etc...

Sans doute aussi, Sylvanus Olympio tenait-il de son ascendance familiale un penchant naturel pour la liberté. En tout cas, ses amis des années d’études nous apprirent qu’ils lui trouvaient déjà une grande passion à défendre la liberté. L’on comprend pourquoi, dès son retour au pays, il s’engagea dans le grand mouvement " Ablodé " qui devait conduire son pays, le Togo, à l’indépendance. Et c’est pour se consacrer exclusivement à cette noble cause qu’il démissionna de l’important poste qu’il occupait à la Unilever en décembre 1951.

Alors commencèrent les années de dur combat politique de mon père aux côtés du peuple togolais avec les cortèges d’exactions de tous genres venant de l’administration coloniale.

Des tribunes des Nations-Unies aux réunions des pays Non-Alignés et aux meetings publics dans toutes les régions de notre pays, la volonté et la détermination de mon père pour la cause de l’indépendance et la réunification du Togo étaient inébranlables, forçaient l’admiration et suscitaient l’inimitié dans certains milieux.

La grande et noble cause d’Ablodé triompha. Le Togo accéda à l’indépendance et Sylvanus Olympio en fut le premier Président démocratiquement élu. Et c’est dans l’exercice de ses fonctions qu’il fut assassiné le 13 janvier 1963.

Qu’aurait fait Sylvanus Olympio s’il n’avait pas connu une fin aussi inattendue ?

Mon père voulait, à la fin de son mandat présidentiel en cours, passer la main aux jeunes cadres responsables de son parti, le CUT, et se retirer de la politique. Il voulait, de sa retraite, suivre l’évolution de son pays dont tout avait été mis en place pour assurer la prospérité de chacun et le progrès de tous. A soixante ans, il voulait consacrer son temps à l’exploitation de ses cocoteraies.

L’homme qui nous a élevés, nous ses cinq enfants, en parfait accord avec notre mère, avait un sens poussé de la famille et un goût prononcé pour la simplicité. Alors qu’il avait les moyens d’envoyer ses enfants dans des établissements privilégiés comme la Marina à Lomé, il les plaça dans les écoles de la mission catholique, et plus tard à l’Université en France et en Angleterre ils devaient loger dans les cités universitaires comme tout le monde.

Mon père avait toujours des idées pratiques dans sa vie. Je me souviens que mon professeur de philosophie, Karl Popper, me proposa une bourse pour la recherche au London School of Economics. Préjugeant de la réaction de mon père, je dis à mon professeur de lui écrire personnellement. La réponse fut celle-ci : " c’est bien de devenir un chercheur et un philosophe, mais il est plus important de bien apprendre la comptabilité, le marketing et les finances. Car lorsque les temps seront durs, tu pourras trouver du travail de comptable chez le boucher.

" Mon père était contre toute forme de népotisme. Au temps où il était au pouvoir, aucun membre de sa famille n’avait de poste ou de rôle dans son administration. Son gendre, Eric Armerding, avait reçu des offres d’emploi dans une organisation internationale de la famille des Nations-Unies. Il lui demanda de venir d’abord travailler au Togo comme tout le monde et de faire ses preuves.

L’homme était très économe de son propre argent et encore plus des fonds publics. Son ami et compagnon de lutte, Hospice Coco, dit que ses difficultés commencèrent avec Sylvanus Olympio lorsqu’il accepta de devenir son Ministre des Finances. En effet, mon père renvoyait les indemnités de voyages au ministre des finances lorsqu’elles étaient prises en charge par les gouvernements hôtes ! De même, il retournait au Trésor public les fonds non utilisés de sa caisse noire ; celle-ci étant seulement de 2 millions de francs CFA à l’époque. Le Ministre des Finances se tenait la tête, ne sachant comment traiter ces retours de fonds déjà décaissés !

Mon père avait de très bons rapports avec son personnel. Ma mère nous raconta qu’en 1959, alors qu’il était déjà Premier Ministre, mon père la conduisit dans sa cocoteraie. Debout, à côté de la camionnette, il regardait le personnel de la plantation charger des noix de coco dans son véhicule. Pour gagner du temps, ma mère s’était aussi mise à la tâche et le personnel l’appelait Yovossi. Voyant mon père inoccupé, un des fermiers, qui ne devait pas le connaître, lui dit " Ecoute-moi, petit chauffeur noir, que fais-tu là debout alors que la Yovossi (appelée ainsi à cause de son teint clair) elle-même travaille si dur ? " Mon père se dépêcha de mettre la main à la pâte sans objecter.

Tels étaient certains côtés de Sylvanus Olympio, mon père, que les gens ne lui connaissaient pas et qu’il me plaît aujourd’hui de mentionner avec bonheur. Certes, Sylvanus Olympio, mon père, avait une très forte personnalité mais il possédait une grande capacité d’écoute et dans des débats contradictoires, il ne manquait jamais de rallier les positions plus acceptables que les siennes. Le Premier Vice-Président de son parti, le CUT, Savi de Tové, nous révéla que souvent, ce n’était pas ses points de vue qui l’emportaient dans les discussions et il acceptait toujours de bonne grâce d’être minoritaire.

J’eus le bonheur de le suivre dans quelques-unes de ses campagnes politiques. Il avait toujours à cœur d’être à la hauteur de ce que le peuple togolais attendait de lui. Il se montrait exigeant vis-à-vis de lui-même comme vis-à-vis des autres au point de paraître parfois trop dur et cassant dans ses réactions. Il savait d’un sourire rétablir le dialogue.

Voilà, chers compatriotes, l’homme qui fut un combattant pour la liberté de son pays, le premier Président de l’Assemblée représentative du Togo de 1946 à 1951, le premier Premier Ministre élu en 1958, et le premier Président de la République démocratiquement élu en 1961.

Quarante ans après son assassinat, le Togo n’a plus jamais connu la paix, la stabilité et le progès qui étaient les objectifs visés par les Pères fondateurs de l’Indépendance.

Cette mort peut paraître une tragédie. Mais pour plusieurs, et c’est ce que nous éprouvons à l’UFC, c’est aujourd’hui une invitation à l’espoir, au travail et à la reconstruction de notre pays.

Ablodé !

Gilchrist S. Olympio
Paris, le 14 septembre 2002

 

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