Tortures

Camp Landja de Kara, un mouroir sinistre dirigé et supervisé par Ernest Gnassingbé !

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 25 février 2003, publié sur ufctogo.com

 

Trois hommes furent au cœur de la stratégie de la terreur mise en place par EYADEMA pour conserver son pouvoir au lendemain de la Conférence nationale.

Ces bourreaux du peuple togolais sont Narcisse DJOUA, aujourd’hui emprisonné par son ancien maître ; Kouma BITENEWE, en disgrâce, après avoir été suspecté de préparer un coup d’Etat. Enfin, le fils de son père, Ernest Gnassingbé EYADEMA, prétendument colonel de l’armée togolaise. Ce dernier, véritable âme damnée de son père est mêlé à toutes les graves affaires de violation des droits de l’homme au Togo.

Ernest Gnassingbé EYADEMA est au nombre des militaires qui précipitèrent, la nuit du 10 au 11 avril 1991, dans la lagune de Bè de paisibles citoyens surpris par le couvre-feu, imposé par l’armée, dans ces années de plomb et de terreur ( 1990-1992).

Ernest Gnassingbé EYADEMA comptait aussi, selon le rapport d’enquêtes internationales de la FIDH, suite à l’attentat de Soudou contre Gilchrist OLYMPIO ( Mai 1992 ), parmi les militaires qui commirent ce terrible forfait.

Cet homme qui se prend pour le régent de la partie septentrionale du Togo, a transformé le camp Landja qu’il dirige en camp de torture et de supplice. Cela, nous le savions depuis. Mais cette accusation prend davantage de relief, depuis que l’ancien Premier ministre Agbéyome KODJO a confirmé ( Déclaration du 27 juin, « il est temps d’espérer » et Interview à l’Autre Afrique, n°24 du 17 juillet 2002), l’institutionnalisation de sévices et de tortures au camp Landja, sous la supervision directe de Ernest Gnassingbé EYADEMA.

En effet, il règne au Togo depuis 34 ans, un régime de terreur et de violence organisée, ainsi que le montra un rapport d’Amnesty International publié en mai 1999, et confirmé par une commission d’enquêtes ONU-OUA, fin décembre 2000.

A ce jour, une frange de l’armée dirigée par Ernest Eyadéma continue de terroriser une partie de la population de notre pays. Elle impose sa "loi brutale " aux partis de l’opposition dans le nord du pays.

Nous publions un reportage effectué en collaboration avec La Tribune du Peuple, et qui relate des événements terribles et inhumains.

Ce que relate le présent document relève bien de la définition des crimes contre l’humanité incluse dans les statuts de la Cour pénale internationale créée par le traité de Rome. Justement, selon l’article 1er de la Convention internationale contre la torture ( adoptée le 10 décembre 1984 à New-York ), ce terme désigne :
« tout acte par lequel une douleur et des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne, aux fins notamment d’obtenir d’elle, ou d’une tierce personne, des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle, ou une tierce personne, a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit... »

Ces crimes en droit international relèvent de la compétence universelle. Et la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants(1984) exige que soient punis non seulement la personne qui a personnellement exécuté un acte de torture, mais également ses complices ou toute personne qui d’une façon ou d’une autre a pris part au crime.

Ce reportage constitue le premier volet d’une enquête que nous publions sur la situation politique oppressante qui règne à Kara, et dans la Kozah en général, région natale de Gnassingbé EYADEMA.

« Dimanche 23 juin 2002, je me rends à Kara Nord-Togo, à plus de 500 km de Lomé sur une rumeur faisant état de tortures de certains militants de l’opposition au Camp Landja de Kara, un camp dirigé par le fils aîné du président Eyadèma.

Déjà la veille, j’ai pris des contacts utiles dans le milieu étant donné que depuis l’affaire Péré, j’ai gardé des amitiés dans le village de celui-ci (Yadè-Bohou).

De fil en aiguille, je suis tombé sur des proches amis et quelques membres de la famille de M.TELOU Hermès, notamment sa femme. M. TELOU Hermès, était lui-même activement recherché par des militaires du Camp Landja. Sa femme me faisait comprendre que son mari a disparu depuis qu’il est poursuivi par des hommes en tenue qui le cherchaient pour interrogatoire au camp.
- Alors pourquoi le cherche-t-on ?
- Pour une histoire de tracts qui circulent dans le village à propos du dossier Péré. Mon mari est avant tout militant du CAR.

Le lundi, contre toute entente, alors que je recueillais d’autres témoignages dans la ville de Kara et dans les petits villages environnants sur les méthodes de tortures qui ont cours au camp et sur la terreur que faisait régner sur la région septentrionale, le colonel Ernest Gnassingbé, j’appris que MM.ADEKEDEOU Pierre, professeur au CEG de Soumdina bas et LADJO Darius commerçant, arrêtés depuis quelques jours et gardés au camp sont libérés sous caution afin de rechercher M. TELOU Hermès. Toujours avec l’aide de leurs amis, j’ai pu entrer en contact avec les victimes et nous avons pu rentrer ensemble à Lomé.

Leurs témoignages sont horribles et éloquents
Lors de mes enquêtes, j’appris par exemple qu’il existe quatre formes de tortures au camp Landja :
- Le goudron : qui consiste à se baigner dans un caniveau contenant l’eau de douche des militaires, une eau puante et à rouler par terre après ; c’est ce qu’on appelle au camp Landja, faire des tonneaux. Ensuite le prévenu est obligé de charger des bûches lourdes sur ses épaules ou sur sa tête pour parcourir une distance de 100 m chronométrée sans tomber ni rechigner. Des militaires sont tout au long du parcours avec des gourdins au cas où le prévenu est fatigué.
- La piscine : c’est se baigner dans une eau stagnante contenant des déchets humains.
- La salle d’attente : plusieurs militaires y passent leur temps à fouetter ensemble et en même temps les prévenus jusqu’au sang ou à l’évanouissement.
- Le boulevard du 13 Janvier:la plus dure des corvées. Sur une piste de 100m semée de cailloux aux bouts pointus, les prévenus marchent dessus à genou, et lorsque ces genoux sont abîmés par les cailloux, on y met du "mercurochrome" c’est-à-dire du piment écrasé.

Ce qui est sûr, de nombreux témoins ont rapporté que sur une histoire banale ou sur un coup de tête, le fils aîné du chef de l’Etat peut arrêter et envoyer n’importe qui subir une des méthodes de tortures.
C’est ainsi qu’un jeune de Kara qui a préféré garder l’anonymat a confié avoir subi le boulevard du 13 janvier tout juste parce qu’une maîtresse du colonel l’a accusé d’avoir volé sa moto mate, un forfait qu’il nie avoir commis. Un autre, du nom de Serge affirme qu’après une discussion entre amis qui s’est soldée par une bagarre, il a été emmené au camp où il a passé des heures au goudron parce que ceux avec qui il s’est bagarré sont partis l’accuser d’être de mèche avec l’opposition pour semer du désordre à Kara.

Plusieurs témoins affirment qu’il règne à Kara un état de terreur et qu’il est difficile de circuler la nuit dans la ville. »
Témoignage de M. TELOU Hermès

Je suis né le 28 Août 1961 à Bohou dans la préfecture de la Kozah. Je fus un agent des douanes mais pour certaines contraintes, j’ai dû abandonner.

Le dimanche 16 juin au matin, ma femme qui vend du Tchoukoutou ( boisson fermentée de mil -ndrl ) au marché de Yadè, a trouvé sous son hangar, aux environs de 8h30, un tract au moment où elle venait balayer. Ayant vu sur le tract le nom de Dahuku PERE, elle me l’a apporté immédiatement. Le tract disait à peu près ceci : actualité politique Yadè N°1 « le RPT en difficulté » et en bas, il est écrit ceci : « Militantes populations de la circonscription électorale du vaillant député Dahuku PERE, mobilisons-nous comme un seul homme pour barrer la route aux cycles infernaux des tueries, des barbaries, des tortures dont nous sommes victimes. Vaillante population de Bohou, mobilisons-nous comme un seul homme pour barrer la route aux manipulations des chefs cantons et soutenons fermement M. Dahuku PERE, futur président de la République du Togo. Retrouvez gratuitement tous les dimanches sur la place du village ce tract ». Et quelque part en bas, il est écrit à la main sur le tract, signé le Bélier Noir.

Lorsque ma femme m’a apporté cela, j’ai appelé des amis et nous l’avons commenté. Moi je disais que ceux qui ont écrit cela se sont précipités trop vite et que si je les connaissais, je le leur dirai. Après, j’ai gardé le tract dans ma chambre. Lundi 17 il n’y a eu rien.

Le mardi 18 juin, mon frère Adékédéou qui vient d’être arrêté est arrivé dans son champ (je signale que nous avons des champs frontaliers). En me voyant dans le mien, il est venu me saluer et je lui ai demandé s’il a vu les tracts qui circulaient dans la village. Il a dit non et je le lui ai fait lire. Il a eu les mêmes commentaires que moi. Adékédéou est professeur d’Anglais au CEG de Soumdina bas dans la Kozah, et après quelques causeries, il est retourné dans son champ.

Le mercredi 19 juin , Adékédéou étant professeur, il est parti faire la surveillance au CEG de Kara Tomdè. A 10 heures, des éléments de la gendarmerie sont venus le prendre, lui disant qu’il est demandé par le lieutenant-colonel Ernest Gnassingbé. On l’a emmené au camp et là Ernest lui a demandé si c’est lui qui écrit les tracts (je rappelle que je dis pour l’instant ce qu’on m’a rapporté sur mes deux frères. Eux-mêmes seront là et ils peuvent vous dire ce qu’ils ont subi). Alors Adékédéou a répondu qu’il n’a rien écrit mais il a seulement vu le tract chez un ami. On l’a donc laissé assis sur un banc toute la journée dans le camp. Je rappelle que jusque là, je ne savais pas qu’il avait été pris.

Jeudi 20 juin, Ladjo Darius est arrivé chez moi et me demande si je suis au courant de ce qui se passe. J’ai dit non et il me rapporte que Adékédéou est arrêté et gardé au camp. Je lui ai demandé ce qu’il a fait et il dit qu’il semble que c’est à propos d’un tract et je lui pose la question de savoir s’il a vu, lui, le tract. Il a dit non, alors j’ai sorti le tract que je lui ai montré. Après l’avoir lu, il m’a suggéré de brûler le tract et ensemble nous l’avons fait. Dans la soirée du jeudi 20, aux alentours de 18h j’ai rendu visite à un ami qui est adjudant-chef de la gendarmerie à la retraite M. Kogoe. A ma vue, il a senti que j’ai un problème et me demande ce qui se passe. Je lui rapporte la nouvelle de l’arrestation de Adékédéou. Il a sorti du vin que difficilement, j’ai bu et je l’ai quitté vers 19h15.

Habituellement, j’emprunte un sentier qui mène dans ma belle famille avant de rentrer. Une fois chez moi, j’eus le pressentiment qu’il se passera quelque chose cette nuit, alors j’ai pris la décision de ne pas dormir dans ma chambre. J’ai voulu prendre ma douche, mais étant donné qu’il n y a qu’un unique sentier qui mène chez moi, j’ai voulu vérifier les environs. Au moment où je suis sorti sur le sentier, j’ai vu des phares de voitures qui venaient de prendre le corner qui mène chez moi. Alors je me suis embusqué sous un rocher et au même moment les phares des voitures ont été coupées. J’ai senti le danger et j’ai vite appelé ma femme à qui j’ai dit que si quelqu’un demande d’après moi, elle n’a qu’à dire que j’ai voyagé sur Lomé. Après cela, les voitures se sont arrêtées et j’ai vu une vingtaine de soldats dans ma cour, alors j’ai fui pour appeler mon grand frère pour lui dire que je suis en danger. Après j’ai pris la brousse mais je me suis souvenu que je dois avertir ma femme de mon départ. C’est ainsi que j’ai trouvé par hasard un de mes petits frères qui s’appelle Yves, je lui ai demandé de m’appeler ma femme pour qu’elle vienne avec le peu d’argent que nous avons dans notre chambre. Nous n’avons que 3000 FCFA duquel j’ai soutiré 500 F en lui disant que si tout se passe bien, j’arriverai à Lomé.

Arrivé au niveau de Lama, j’ai vu un vieux qui m’a montré un sentier qui passe par la montagne pour arriver au niveau de Soumdina. De là, on m’a encore montré un sentier qui aboutit à Srika. Je précise que j’avais quitté mon rocher à 0 heure et à mon arrivé à Srika, il était 5h30 ; finalement, j’ai réussi à joindre Sèmère à 7h, toujours à pied. C’est dans ce village que j’ai eu la chance de rencontrer un Aladji à qui j’ai franchement expliqué tout mon problème. Il a pris pitié de moi et m’a demandé d’enlever ma culotte et il m’a remis un boubou plus 20 000 F pour que je puisse gagner le nord du Bénin. D’étape en étape, je suis parvenu à Cotonou pour enfin me retrouver à Lomé. C’est ici que j’ai appris que mes deux frères arrêtés ont été libérés sous caution afin de me ramener. Je n’ai rien avoir avec les tracts, je suis marié et père de trois enfants. Si on s’en prend à moi aujourd’hui dans cette affaire, c’est qu’il y a des antécédents.

En effet, le vendredi 28 décembre 2001, ma première femme qui est de Pya et qui m’a fait un garçon m’a appelé pour me dire qu’il y a décès dans leur famille. Selon la tradition, je dois participer à l’enterrement. Or c’était un coup monté. Ignorant cela, je pris la route de Pya (de Lomé où je me trouvais entre temps) pour y parvenir à 17h30. Mon ex-femme, Mlle Sizing Manguélewè, travaille à la Société des Postes du Togo (SPT) Centrale de Lomé. Arrivé dans ma belle-famille, tout le monde s’étonne de ma visite et me demande pourquoi je suis là en fin de soirée. J’ai répondu que c’est à cause du décès. On me répond qu’il n’y a pas de décès. Comme je n’ai trouvé que des femmes, j’ai voulu attendre le retour des hommes des champs. Au retour des hommes, ils me disent qu’il n’y a aucun décès. Alors, comme il faisait déjà nuit, ils m’ont accompagné jusqu’au niveau de Taouda, au carrefour CEET Pya.

On ne trouvait pas de véhicule, ainsi j’ai décidé de marcher jusqu’à la route goudronnée. A 150m du goudron là où les soldats restent, j’ai croisé un jeune homme que j’ai salué. Il ne m’a pas répondu et il m’a serré le cou. J’ai attrapé sa main par derrière au moment où il à crié pour alerter ses compagnons cachés dans l’ombre. Ils étaient environ une trentaine et ils ont commencé par me tabasser à coup de couteaux et de gourdins. Ils avaient même voulu me couper le sexe ( ndlr : il se déshabille et montre les traces de tortures). Je me suis écroulé au sol faisant le mort, ce qu’ils ont cru. A leur départ, je me suis rendu au foyer de Pya où je connaissais le gérant qui a fait appel à d’autres personnes qui m’ont soigné et sauvé.

Vers 22h, j’ai fait appeler mon frère qui a conversé avec ceux qui étaient avec moi. Mais vu mon état, il lui a été signifié que je ne pourrais pas vivre. Très prudent, j’ai quitté le foyer pour aller au centre de santé de Yadè Bohu à 0h30 où j’ai reçu d’autres soins. Après, je suis rentré à la maison le 29 décembre au petit matin. J’ai été attaqué parce que lors des révisions des listes électorales, j’ai mobilisé des jeunes pour le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) auquel j’appartiens parce que je me dis qu’on ne pourra jamais faire d’élections sans l’opposition. Alors en sensibilisant les jeunes pour le CAR, je les ai placés dans des bureau de vote à Pya pour qu’ils bénéficient aussi de l’argent qui sera payé, les 7500 FCFA. Depuis ce temps, tous ces jeunes se retrouvaient à mes côtés. C’est à partir de là qu’on a mal senti ma présence dans mon village. C’est mon appartenance au CAR qui est à l’origine de mes problèmes.

Témoignage de ADEKEDEOU Pierre

Je suis professeur au CEG de Soumdina bas. Lors du BEPC, on appartenait au centre d’écrit de Kara Tomdè. C’est là où nous étions le mardi 18 juin ; et comme le soir on ne devait pas revenir, j’étais rentré chez moi à Bohou. Le mercredi, je suis retourné au même centre lorsque mon directeur m’a signifié qu’à mon départ la veille, le commandant de la Brigade Territoriale de Kara était venu me chercher. Il m’avait demandé si j’ai une idée sur la raison de la présence du CB. Je lui ai dit que je n’en sais rien mais que nous avons déjà travaillé avec le commandant dans les Commissions Electorales indépendantes locales (CELI) dont j’étais le vice-président étant du CAR.

15 mn avant que les épreuves écrites aient commencé, le CB est revenu à bord d’une voiture bleue de la gendarmerie. Il a demandé à me rencontrer, et en présence du chef du centre il a souhaité qu’on aille à son bureau pour vérification. Le chef-centre a demandé que le CB attende, le temps qu’il informe ses supérieurs hiérarchiques. Il a dit de les informer pendant qu’on serait déjà parti. Arrivé au carrefour de Tomdè, on devrait normalement prendre la route de la gendarmerie mais il a plutôt pris celle du camp Landja. C’est à ce moment qu’il me disait que ce n’est pas lui qui me cherche en fait, mais que c’était le Colonel Gnassingbé. Nous sommes donc arrivés au camp où le Colonel Gnassingbé nous a reçu un peu plus tard car il avait eu beaucoup de visiteurs. Lorsque la salle d’audience fut vide, il a appelé le CB qui m’a introduit.

Dans le bureau il m’a demandé ce que je savais des tracts qui circulaient à Yadè-Bohou. J’ai dit que je ne savais pas grande chose sauf que le dimanche 16 juin au soir, j’étais allé au marché avec ma femme où on me faisait comprendre qu’il y avait des tracts qui avaient circulé le matin. Je n’ai pas eu la chance de prendre connaissance de ces tracts, mais arrivé chez moi, j’ai demandé à mes petits frères s’ils avaient une idée des tracts. Ils m’ont dit qu’ils ne savent rien. Pour moi c’était une histoire terminée. Mais le Colonel m’a dit de lui dire la vérité si je ne veux pas que les choses prennent une autre ampleur. J’ai dit que je ne sais rien et que je n’étais impliqué ni de près ni de loin à la rédaction, à la conception et à la publication de ces tracts, donc je ne savais rien de ces tracts. Le Colonel Gnassingbé a dit non, que c’est faux, qu’il savait beaucoup de choses sur moi, que c’est moi qui commande et ordonne tout à Bohou et que si je parle, tous les jeunes se taisent et marchent, que nous organisons des réunions nuitamment, qu’il est au courant, qu’il me suit mais jamais il ne m’a appelé parce qu’à l’époque mes activités ne portaient pas atteinte à la sécurité dont il est le garant, qu’il parle en tant que responsable de la sécurité et non en tant qu’homme politique, qu’il s’en fout éperdument du manteau politique que je porte.

Le Commandant de Brigade m’a alors demandé de dire tout ce que je sais pour qu’ils arrangent la situation. J’ai dit que je ne savais rien, alors il a appelé un de ses gardes pour lui ordonner que je sois gardé en attendant qu’il donne des instructions.

Le CB étant parti, le Colonel Gnassingbé était revenu vers 19 heures pour m’interroger de nouveau. Je lui ai répété que je ne sais rien et il m’a dit que le lendemain, il allait m’amener à dire la vérité. J’ai passé une nuit très difficile car j’ai subi trop de tortures psychologiques pensant au sort qui me sera réservé.

Le lendemain, il est revenu vers 7h 30 accompagné du CB qui me demandait si la nuit m’avait porté conseil. Je lui ai dit que franchement je n’en suis pour rien. Alors Ernest a dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu, qu’il sait assez de choses sur moi et me demande si nous n’avons pas une photocopieuse chez nous, sur laquelle nous photocopions des documents que nous ventilons au marché de Yadè tous les dimanches ? J’ai dit qu’effectivement il y aune photocopieuse chez nous, mais qu’elle appartient à notre candidat du CAR qui l’a mis à la disposition de son cousin pour des fins commerciales et que je ne la gère pas. Il demande alors que j’aille chercher le gérant à bord d’une jeep à Yadè. Nous l’avons ramené quelques minutes plus tard.

Le colonel Gnassingbé l’a écouté et s’est rendu compte que Ladjo Darius le gérant de la photocopieuse ne reconnaissait pas avoir photocopier des tracts. Ceci l’énerva car Ladjo lui a signifié que son appareil était en panne et qu’il suffisait de faire une photocopie chez lui pour le comparer au tract pour se rendre compte de l’évidence. Entre temps, il me demanda chez qui j’ai vu le tract et je lui ai répondu que le mardi 18 juin j’ai vu le tract chez M. Télou dont la maison est contiguë à mon champ, et c’est chez lui que j’ai vu le tract qui disait ceci : « le RPT en difficulté. Jeunes de Yadè Bohou mobilisons-nous pour lutter contre ­la manipulation, soutenons M. Dahuku Péré, futur président de la République. M. Péré est soutenu par tous les partis de l’opposition ». Il est ensuite écrit que le tract devait paraître tous les dimanches et signé le Bélier noir.

Auparavant, le colonel m’avait demandé quelles étaient mes activités à Yadè-Bohou. Je lui ai dit que je suis le vice président de la CELI et militant du CAR. Mais depuis la dissolution de la CENI, la CELI aussi est bloquée et que nous n’avons plus d’activité, qu’aucune réunion n’est organisée chez moi, que mon chef canton qui habite à côté de ma maison peut témoigner.

Subitement, il nous a demandé d’enlever tout ce que nous avons dans nos poches, qu’on allait nous amener au "goudron". A ce moment, le CB m’a redemandé si je ne savais vraiment rien de ce qu’on me reprochait. Le Colonel dit « d’ailleurs allez chercher M. TELOU ».

Nous étions retournés chez M. TELOU sauf LADJO Darius qui était resté au camp. Nous avons vu la femme de TELOU qui a dit que son mari a voyagé. Alors le CB m’a demandé si je n’ai pas affirmé avoir vu TELOU le mardi. Alors il a voulu saluer son ami M. KOGOE qui était son CB lorsqu’il n’était que gendarme. C’est là qu’il qu’il a demandé d’après TELOU et M. KOGOE lui disait que TELOU vient de le quitter à l’instant. Nous sommes retournés chez TELOU et à notre surprise sa femme aussi a disparu. Alors les soldats ont défoncé sa porte pour fouiller chez lui sans rien trouver.

A notre retour au camp Landja, je ne reconnaissais plus LADJO. Il était couvert de la tête au pied par de la boue. Derrière la douche des militaires, il y a un caniveau qui est bloqué et où stagnait l’eau de douche qui dégageait une odeur nauséabonde. Ernest me demande si je vois comment est devenu mon ami et demande TELOU. Comme on ne l’a pas vu, il a dit qu’il doit forcément lui parler.

Le vendredi 21 juin vers 8 heures, le CB est revenu avec le colonel et il nous a été demandé de suivre le CB à la gendarmerie où nous avons passé la nuit. Dans la cellule, c’était difficile car tout semblait être couvert de miel et puait. Le lendemain 22 juin vers 13 heures on était retourné au camp et le colonel était arrivé accompagné de M. PATASSE, l’ex-directeur de l’OTP, et ensemble il nous disait de dire la vérité, qu’on s’est trop amusé avec eux et les gendarmes. Alors, nous avions dit que nous restons sur position, et il a dit que s’il en est ainsi, qu’on nous amène au goudron.

On est allé au « goudron » où il y a de l’eau de douche bloquée dans les caniveaux. Il s’agissait de rentrer dans cette eau de la tête au pied avec des militaires tout autour tenant des gourdins. Une fois imbibée, nous sommes sortis pour rouler sur nous-mêmes ( faire des tonneaux ) sur une distance d’à peu près 100 m à une vitesse mesurée au chrono.
Après cette étape, on nous fait transporter des bûches de 3 m. dont le poids nous écrasait. Elles étaient de forme irrégulière et nous les avons transportés sur nos épaules en courant, toujours chronométrés.
Après cela, nous nous sommes couchés l’un sur l’autre à l’envers et on fait le tonneau. Ce qui fut difficile et à chaque fois qu’on voulait lâcher prise, le bâton nous redressait. J’avais le vertige. Je ne savais pas que le Colonel et Patassé regardaient par une petite fenêtre et c’est quand j’ai entendu « arrêtez » que j’ai su qu’ils nous regardaient. Ils ont demandé de nous relâcher. Et lorsque je suis en train de perdre l’équilibre, ils m’ont intimé l’ordre de me relever rapidement.
Alors le Colonel s’est approché de moi pour me demander ce que je cherche, ce que M. PERE a fait pour nous et que nous croyons qu’il peut faire pour nous ? Et AGBOYIBO, qu’est-ce qu’il a fait chez lui et que nous pensons qu’il peut faire chez nous ? Quel poste nous pensons occuper lorsque PERE ou AGBOYIBO prendront le pouvoir ? Et M. PATASSE de me dire : « est-ce que ton père avait travaillé ? Toi, tu es professeur. De quoi tu te plains et qu’est-ce que tu veux ? Si ton petit frère et quelqu’un se battent, si tu ne peux pas le défendre, autant ne pas se mêler ». Et il nous demande si nous avons compris.

Le Colonel GNASSINGBE dit qu’il va nous laisser mais à condition que nous ramenions TELOU. C’est pour dire qu’à l’heure actuelle, nous ne sommes pas libres, nous sommes à la recherche de TELOU. Il a même dit qu’au cas où nous n’arrivons pas à le maîtriser, de faire appel au CB. Après cela, on a demandé que nous prenions une douche pour être propre. Après cela, on était retourné à la gendarmerie pour faire une déclaration. On nous a relâché pour rechercher TELOU.

Les différentes formes de torture Camp Landja de Kara.

- Le goudron : il consiste à se baigner dans un caniveau contenant l’eau de douche stagnée derrière les douches des militaires et à se rouler ensuite par terre pour se couvrir de boue (cela s’appelle faire du tonneau). Ensuite, porter des bûches lourdes sur la tête ou sur les épaules pour parcourir une distance de 100m. environ sans tomber ni crier.

- La piscine : elle consiste à demander au prévenu de se baigner dans une marre contenant de l’eau et des excréments humains

- La salle d’attente : c’est une salle spacieuse dans laquelle plusieurs militaires fouettent à la fois jusqu’au sang.

- Le boulevard du 13 janvier : c’est la plus dure et la plus pénible des sévices corporels. C’est un couloir rempli de cailloux concassés pointus sur presque 100 m et le prévenu est obligé de marcher dessus à genou jusqu’à ce que ses genoux soient couverts de sang, ensuite on met dans les plaies du mercurochrome (piment rouge écrasé).


La rédaction ufctogo.com

 

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