Football

CAN et MONDIAL 2006 : La Fifa élimine le Cameroun

par Le Messager (Cameroun) , le 19 avril 2004, publié sur ufctogo.com

C’est un véritable coup de massue qui vient de s’abattre sur le football Camerounais. La Fédération internationale de football (Fifa) a décidé vendredi 16 avril à Zurich, de retirer 6 points à l’équipe nationale du Cameroun lors des qualifications du Mondial 2006 qui débutant au mois de juin prochain.

 

La commission de discipline de la Fifa qui a rendu ce verdict sous la présidence du Suisse Marcel Mathier, a également décidé d’infliger une lourde amende de 200 000 francs suisses, soit environ 90 millions de francs cfa, à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot).

A l’origine de cette décision, l’UniQit de Puma, le maillot controversé revêtu par les Lions indomptables lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations en Tunisie ; une sorte de combinaison dans laquelle short et maillot ne font qu’un. On se souvient qu’à la Can 2004, ce maillot avait provoqué l‘ire du président de la Fifa, Joseph Blatter qui le trouve contraire aux lois du jeu. La multinationale foot vient donc de donner une suite à la colère de son patron. Elle reproche au Cameroun d’avoir contrevenu à la Loi des 4 Lois du jeu, en revêtant cet équipement, mais aussi d’avoir manqué à un engagement pris envers la FIFA, en arborant à nouveau ce maillot en quarts de finale contre le Nigeria, malgré une promesse faite (...) d’un retour à la conformité (...) pour la deuxième phase du tournoi.

Mission impossible

La sanction à cette désobéissance de la Fécafoot met les Lions dans une situation inconfortable pour les éliminatoires du Mondial et de la Can 2006. Le Cameroun va partager le groupe avec l’Egypte, la Côte d’Ivoire, La Libye, le Soudan et le Bénin. Les trois premiers du groupe seront qualifiés pour la Can 2006 en Egypte et seul le premier ira à la prochaine Coupe du monde en Allemagne. Les quadruples champions d’Afrique qui débutent ces salifications le 4 juin à Yaoundé contre le Bénin, partent donc déjà avec un déficit de 6 points.

Toutefois, mathématiquement, les Lions ne sont pas encore éliminés. Ils ont démontré par le passé qu’ils pouvaient survoler leur poule lors des éliminatoires de la Coupe du monde. Pour Corée/Japon 2002, ils ont fini avec 6 points d’avance sur le deuxième (Angola) et 8 sur le troisième (Zambie). Ils l’avaient aussi fait pour France 98, en terminant à 6 points de l’Angola et 12 du Zimbabwé. Seulement, le contexte et les adversaires ne sont plus les mêmes. En 1998 et 2002, l’équipe nationale renaissante et conquérante devait affronter tantôt l’Angola, le Zimbabwe et le Togo ; tantôt l’Angola, la Zambie, le Togo et la Libye. Pour espérer se qualifier cette fois-ci, la sélection déclinante que l’on a vue à la Can 2004, ne devra perdre aucun des 15 points qu’elle disputera à domicile. Elle devra en plus aller ramener 3 points du chaudron du Caire le 3 septembre 2004 ; un exploit que personne (Sénégal, Maroc, Algérie, Tunisie, etc) n’a réussi lors des deux précédentes qualifications du Mondial. Elle sera surtout tenue d’aller s’imposer le 2 septembre 2005 à Abidjan, face à la Côte d’Ivoire conquérante de Drogba, Kalou, Akalé, Kolo Touré ,Yapi Yapo et autres.

Décision unique et inique

Autant dire qu’il s’agit là d’une mission véritablement impossible pour les Lions indomptables. La décision de la Fifa équivaut dès lors à une élimination d’office du Cameroun. En ce sens, la sanction infligée apparaît à la fois unique et inique. Aussi loin que l’on remonte dans le temps, on n’a pas souvenance, en effet, qu’une sanction sportive aussi lourde ait jamais été prononcée contre une Sélection nationale. On peut, et on doit reprocher à la Fécafoot d’avoir exposé le Cameroun à une telle sanction, en s’agrippant, à une tenue qui n’apporte strictement rien de positif à l’image sportive du pays, sinon quelques prébendes aux tigres qui savent se nourrir de l’argent des Lions.

La décision de la Fifa n’en est pas moins discutable. Ni dans sa lettre, ni dans son esprit, la Loi 4 des Lois du jeu sur laquelle la fédération internationale se fonde, ne fait de l’UniQit une tenue non réglementaire. Certes, cette loi équivoque, dispose qu’un équipement réglementaire doit comporter un maillot, des culottes, des chaussettes, des protège-tibias, des chaussures, mais elle ne dit pas que ces éléments doivent nécessairement être cousus séparément. Le fait de rassembler le maillot et la culotte en une seule pièce constitue-t-il alors forcément une contravention à la Loi 4, surtout, si on tient compte de l’obligation faite aux joueurs de rentrer le maillot dans la culotte ? Si oui, que se passera-t-il demain quand Puma ou Nike par exemple, concevra des protège - tibias incorporés aux chaussettes, ou des chaussettes combinées aux chaussures ? Cela sera-t-il contraire aux règles du jeu ? Il y a là visiblement un vide juridique qu’il appartient à l’International F.A. Board et non à la Fifa de combler.

Guerre des équipementiers

De même, la Loi 4 n’est pas la base de la sanction de la Fifa. Elle n’a prévu ni retrait de points, ni lourde amende à appliquer aux infractions à ses dispositions. Plus encore, si on reconnaît que la Fifa est l’instance suprême du football, on l’imagine mal an train d’aller faire la police dans toutes les compétitions qu’elle n’organise pas directement. Et, c’est à la Caf organisateur de la Coupe d’Afrique des nations, et non à la Fifa, qu’il appartenait d’autoriser ou non le nouveau maillot des Lions. Or, la Confédération africaine de football n’a pas trouvé l’UniQit contraire aux lois du jeu et semble bien l’avoir autorisé.

Ainsi donc, an court-circuitant la Caf dans la gestion de ce dossier, la fédération internationale cache à peine son acharnement à s’élever contre les initiatives hardies prises par Puma avec les Lions indomptables. Il est difficile dès lors de ne pas penser que la Fifa donne à sa façon un coup de main à son partenaire privilégié Adidas pour faire face à la progression agressive de Puma.

Le 4ème équipementier sportif du monde, Puma a tout de même enregistré en 2003 une progression de 40% de son chiffre d’affaires contre - 4% à Adidas et seulement 8,8% à Nike. Puma n’entend évidement pas s’arrêter là et a choisi faire du Cameroun sa mascotte pour s’imposer dans le marché très concurrentiel du football. Ceci explique-t-il cela ?

Un sacrifice pour Blatter

En tout cas, comment le Cameroun va-t-il se sortir de cette très mauvaise affaire ? La Fécafoot a décidé de faire appel. Et, le ministre de la Jeunesse des sports a désigné une commission d’appel pour apprêter la défense du Cameroun. En fait d’appel, les autorités sportives Camerounaises se préparent tout simplement à aller faire amende honorable à Zurich. Mais suffira-t-il de simples mots pour apaiser la fédération internationale ? Forte de son expérience tumultueuse avec le Cameroun, un engagement sans geste fort, pourrait difficilement trouver grâce à ses yeux.

La Fifa, à l’image des dieux anciens, a besoin du sang humain pour calmer sa colère. En 1999, le gouvernement camerounais avait dû humilier le ministre Joseph Owona, pour ramener la fédération internationale à de meilleurs sentiments. Aujourd’hui, Zurich demande qu’on lui offre une autre tête. Le moment que la Fifa choisi pour prendre cette sanction n’est d’ailleurs pas innocent. A une semaine du renouvellement du bureau exécutif de la Fécafoot, la fédération internationale a sans doute voulu envoyer un message clair aux membres de la fédération camerounaise de football et aux pouvoirs publics camerounais. L’ont-ils seulement bien compris ?

Melvin AKAM

 

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