Elections

Bonfoh limoge le ministre de l’intérieur François Boko et confirme la tenue, dimanche, de l’élection présidentielle

par Le Monde (France) , le 23 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

La tension qui accompagne la campagne électorale pour le scrutin présidentiel, prévu dimanche au Togo, a grimpé d’un cran, vendredi 22 avril, avec l’éclatement d’une crise gouvernementale. Abass Bonfoh, le président de la République par intérim, a rejeté l’appel à un report lancé par François Boko, le ministre de l’intérieur. "Les forces de l’ordre ont pris les mesures nécessaires pour que l’élection présidentielle se déroule dans le calme et la sérénité", a déclaré M. Bonfoh, dans un communiqué annonçant aussi le limogeage du ministre.


Quelques heures auparavant, en pleine nuit, c’est par un geste à la forme étrange et au ton d’allure gaullienne que François Boko avait demandé solennellement que soit mis fin à "un processus électoral suicidaire". Lui-même jeune colonel, haut responsable de l’organisation du scrutin, le ministre de l’intérieur en a appelé au président de la République par intérim afin qu’il nomme premier ministre "un leader de l’opposition" et le charge de former "un gouvernement de transition représentatif de la classe politique" dans une perspective de "réconciliation nationale".

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François Boko, ministre de l’intérieur limogé

"Je ne veux pas porter la lourde responsabilité de conduire ce pays à l’abîme", avait déclaré M. Boko, visiblement très ému, lors d’une conférence de presse impromptue, tenue à 2 heures dans son ministère. Prévenus par téléphone, les journalistes étrangers présents à Lomé avaient été rejoints par des diplomates en poste dans la capitale togolaise. Outre la presse, le ministre a ainsi pris à témoin de son acte les ambassadeurs de France et d’Allemagne, le délégué de la Commission européenne et les représentants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Affirmant qu’il avait "peur pour ce pays", François Boko, un quadragénaire réputé proche de Faure Gnassingbé, le fils du général Eyadéma mort le 5 février et candidat à la présidence, avait brossé le portrait assez réaliste d’un Togo au bord de la guerre civile pour justifier son cri. S’exprimant en qualité de "ministre de la sécurité probablement bien renseigné", il a fustigé "la résurgence du phénomène de milice armée de fusils de chasse faisant des descentes dans les quartiers ou accompagnant des cortèges, et tirant sur des militants adverses" ainsi qu’"un regain de discours tribal, régionaliste et xénophobe". En outre, pour le ministre de l’intérieur, "le climat politique délétère et les menaces qui pèsent sur les dirigeants" annoncent "des perspectives post-électorales sombres", car aucun des deux principaux camps en lice n’est prêt à accepter la victoire de l’autre.

Mettant aux prises quatre candidats, l’élection prévue dimanche oppose principalement Emmanuel Bob Akitani, le premier vice-président de l’Union des forces de changement, à Faure Gnassingbé qui, au lendemain de la mort de son père, avait été porté à la présidence de la République sous la pression de l’armée, mais qui avait dû renoncer à cette fonction, le 25 février, après les protestations de la communauté internationale. De fortes présomptions de fraude entachent par ailleurs le scrutin, tant selon l’opposition que des observateurs étrangers.

La question du rôle de l’armée, dont sont issus trois ministres, dont celui de l’intérieur, préoccupe évidemment ce dernier. Une large partie de son appel, publié sur papier à en-tête du ministère de l’intérieur et intitulé "Est-il trop tard pour donner espoir à ce pays ?", s’adresse directement aux militaires qu’il exhorte à ne pas retourner "les armes qu’-ils- détiennent au nom de la République (...) contre la population qu’-ils ont- la mission de protéger".

L’opposition, qui réclame avec virulence le report de la date du scrutin pour permettre une organisation transparente, devait logiquement peser dans le sens de François Boko. Pour Léopold Gnininvi, le chef de la Confédération démocratique des peuples africains, cité comme possible premier ministre d’opposition, il s’agit d’"une décision de sursaut patriotique" car "nous allions droit dans le mur". "J’espère que le gouvernement va se rendre à la raison et que l’armée aura le bon réflexe d’appuyer ce geste", a-t-il ajouté.

De son côté, Faure Gnassingbé se refusait à faire le moindre commentaire, insistant sur sa qualité de "simple candidat". Jeudi après-midi, en campagne dans le village natal de sa mère, à une centaine de kilomètres au nord de Lomé, le "simple candidat", évitant toute allusion à son père, a invité ses supporters réunis sur un stade à "aller voter massivement dimanche" pour la première élection de l’après-Eyadéma.

Philippe Bernard

 

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