Reggae

Bob Marley "Africa Unite"

par RFO , le 7 mai 2004, publié sur ufctogo.com

D’abord, un sourire éclatant, des dreads locks épaisses et infinies qui couvrent son dos. Ensuite, une attitude tranquille et déterminée. L’image de Bob Marley qui reste dans nos mémoires, est celle d’un homme à la fois libre et rebelle, fidèle à la communauté Rasta et passionné pour tous les hommes. Disparu il y a 23 ans, Bob Marley a légué au monde son message de Paix et de résistance. Retour sur une carrière fulgurante qui a marqué l’Histoire de la musique.

 

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C’est dans le village jamaïcain de Saint-Anne, dans la petite paroisse de Nine Miles que Robert Nesta Marley voit le jour le 6 février 1945. Petit métisse, fils d’un officier blanc de la marine anglaise -Norval Sinclair Marley- et d’une paysanne jamaïcaine noire -Cedella Malcolm-, il grandit en ignorant tout du monde blanc de son père avec lequel il ne vit pas. Adolescent, il découvre Kingston, la capitale où il s’installe avec sa mère. Là, il traîne dans le quartier pauvre de Trenchtown. Un univers nouveau s’ouvre à lui. Les jeunes de sa génération écoutent avec ferveur le rock’n’roll des noirs américains, Fats Domino ou Ray Charles. Les vedettes locales font rêver les adolescents. Parmi elles, le groupe Skatalites , qui réunit des musiciens issus du jazz, inventent le Ska, un style nouveau, mélange de jazz, de scat, de musique africaine et de rythmes caribéens. Grâce à sa cadence rapide, le Ska, permet à ces gamins des rues d’inventer leur propre danse et de se créer des repères culturels uniques. Bob, lui, se passionne aussi pour cette musique mais cherche surtout à survivre grâce aux petits boulots. Il entreprend une formation de soudeur mais une autre destinée l’attend...

Le son du gettho

Autour des magasins de disque de Trenchtown, il se lie d’amitié avec Bunny Livingston et Peter Mackintosh. En 1961, les trois garçons décident de faire un disque et décrochent un contrat pour enregistrer leurs premiers 45-tours, Judge not en 1961 puis One more cup of coffee l’année suivante. L’industrie du disque est alors florissante sur l’île car tous les adolescents veulent imiter leurs stars favorites. C’est d’ailleurs le jeune Jimmy Cliff , connu grâce à un tube chanté à seulement 14 ans, qui le présente au producteur local, Leslie Kong. Ce personnage incontournable est le propriétaire du studio Tuff Kong, basé à Kingston. Un lieu de référence. Tous les matins, des dizaines de gosses font la queue devant la porte de ce studio pour y chantonner une composition dont l’enregistrement, souvent limité à une prise, est immédiatement pressé sur vinyle. Le samedi, lors des grandes soirées musicales en plein air, les Sound System, le morceau est soumis au verdict du public qui, par acclamation, en fait soit un succès, soit un « bide ». Pour Bob Marley et ses amis, la gloire n’est pas au rendez-vous.

Pourtant, à seize ans, Bob tient déjà une sacrée réputation au sein du ghetto de Trenchtown. Il est connu pour être, comme beaucoup d’autres, un « Rude Boy », un dur. Les « rude boy » ont mauvaise réputation. Ils se baladent avec des bracelets de force, des pantalons pat’ d’eph., arborent une dégaine nonchalante et adoptent les noms des fameux gangsters italiens comme -Al Capone, Dillinger- ou des cow-boys issus des productions Hollywoodiennes -Clint Eastwood-. Insolents, parfois violents, ces petits durs s’adaptent par leur propres moyens à un environnement social hostile par son extrême pauvreté. Pourtant, Bob « Tuff Gong » -le dur-, persiste dans la musique. Il apprend le chant, le piano, la flûte, les percussions et la guitare sous la houlette d’une autre star de la production, Joe Higgs. Il progresse et, avec Peter, Bunny et d’autres copains, forme le groupe « The Teenagers » qui devient vite « The Wailling Wailers » en 1964. Deux titres font leur succès, I’m still waiting, une ballade au son très américain et, le très Ska, Simmer down. Ces chansons aboutissent à un album enregistré dans le grand « Studio One » , le studio d’enregistrement d’un autre producteur emblématique, Clement Coxone Dodd.

Pendant les répétitions, Bob écrit la plupart des morceaux et s’impose petit à petit comme le leader du groupe. Certains de ses amis lui reprochent même d’être trop dirigiste, trop exigent et trop perfectionniste. Grâce à un style vestimentaire calqué sur les chanteurs noirs de Rythm’n’blues Chicago et de Memphis -chaussures noires cirées, costume étriqué, chemise blanche et cheveux courts-, les Wailers deviennent très populaires dans l’île. Succès après succès, ils s’adaptent aux modes locales, le rythme de leurs morceaux se ralentit, les chœurs se font plus harmonieux et la mélodie devient très Soul . Les Wailers font maintenant du Rock Steady -rock lent- ; et, le succès ne faiblit pas.

Rastaman

A vingt et un an, Bob se marie avec Rita Anderson qui devient choriste du groupe en 1966. Deux ans plus tard, naît leur premier fils David, plus connu sous le nom de Ziggy. C’est à cette période que le jeune père de famille rencontre Mortimo Planno, une grande figure des communautés Rasta de la capitale. Les Rastas, pas plus que les « Rude boys », n’ont bonne réputation au sein de la population. Considérés comme des parasites, des fumeurs de drogue et des marginaux, ils prônent en fait un retour spirituel ou physique, théorisé par Marcus Garvey , vers la terre mère africaine et vouent un culte à l’Empereur d’Ethiopie Hailié Selassié. Il prônent aussi la rupture avec un monde occidental qu’ils surnomment « Babylone ». Pour ce faire, ils adoptent librement une hygiène de vie simple, végétarienne et sportive, bien qu’ils fument abondamment la Ganja, une herbe apaisante qu’ils considèrent sacrée. Les rasta sont plus connus pour arborer leur Dread locks, ces longues nattes naturelles qui font directement références à l’ancien testament.

Bob Marley s’ouvre alors à cette spiritualité dont les premiers adeptes étaient apparus dans la Jamaïque des années trente. Il cherche aussi la sérénité dans les parties de football dont il est passionné. Plus tard, il jouera même avec l’équipe championne de France à Nantes, ou avec son ami Alan Skill Cole, membre de la sélection nationale brésilienne. A chaque déplacement pour les concerts, il se plaira à tâter le ballon rond en compagnie des équipes locales, ou avec les journalistes venus l’interviewer.

Au fil des années, les cheveux poussent sur son crâne comme sur celui de Peter Tosh et de Bunny Livingston. Les Wailers chanteront désormais le Rastafarisme . Ils enregistrent leur premier album en 1971 grâce à l’argent du producteur blanc et responsable de Island Record, Chris Blackwell. « Catch of Fire » est peut-être un des premiers albums de musique « Reggae ». Aux textes à la fois sociaux et mystiques, s’ajoute une musique où la basse est très présente, avec un rythme lent et lourd, accompagné de voix mélodieuses. Alors le reggae devient rasta. Quant au Ska et au Rock steady , ils disparaissent au profit de ce style qui se répand immédiatement hors des frontières de la Jamaïque.

Ambassadeur du Reggae

Les Wailers s’exportent et font la tournée des clubs anglais. Forts de leur succès, ils enchaînent un second album « Burnin », en 1973, qui compte la réussite que l’on connaît, « Get Up Stand Up » et « I Shot The Sheriff ». Ce dernier titre est repris en 1975 par Eric Clapton dont la version obtient un succès planétaire. Bob y exprime la révolte, l’exigence de soi face à l’injustice, à l’oppression et à l’autorité. Il s’adresse à tous les exploités de ce monde sans concession.

Le reggae devient alors international et le groupe fait une tournée d’envergure en Europe durant l’été 1975. Mais, sous l’impulsion de Chris Blackwell , qui cherche à mettre Bob en avant au détriment de Peter Tosh et Bunny Livingston, le groupe devient « Bob Marley and the Waillers ». Considérant qu’ils n’ont plus leur place, tant du point de vue artistique que professionnel, les deux amis d’enfance de Bob quittent la formation et poursuivent en solo avec un certain talent.

Fascinés par son succès, les media font de Bob Marley l’ambassadeur du reggae dans le monde. Son message de paix, en faveur de l’entente universelle des Hommes et des peuples marque les esprits. Plus que jamais engagé dans la foi rasta, il se positionne aussi contre la pauvreté dans son pays, fustige la corruption et parle même de révolution, qu’elle soit spirituelle ou sociale. Ses chansons dérangent. On tente de l’assassiner en tirant sur lui, sa femme et ses amis dans sa maison un soir de décembre 1976. Certains accusent la CIA d’avoir commanditée ce crime. D’autres, l’imputent au parti de la droite jamaïcaine, le JLP, qui aurait eu peur que Bob ne soutienne le candidat de gauche. Les rumeurs les plus folles courent sur cet événement. L’affaire est classée sans suite. Bob Marley a frôlé la mort, il s’exile un temps en Angleterre.

Vers l’Afrique

Résidant dans la capitale britannique, il s’aperçoit que des pans entiers de Londres, comme le quartier Antillo-jamaïcain de Brixton, sont adeptes du reggae. Il découvre aussi la musique punk, ce rock furieux qui déchaîne les enfants turbulents des bas fonds d’Angleterre. Certaines compositions de groupes locaux comme « The Clash » fusionnent même ces deux musiques, tandis que Bob écrit une chanson à l’hommage des Punks en qui il reconnaît une énergie rebelle proche de sa propre spiritualité. Après la sortie d’un « Live » à Londres en 1975, de Rastaman Vibration » en 1976, d’ « Exodus » en 77, l’album « Kaya », l’année suivante permet à Bob Marley de s’épanouir à travers des morceaux langoureux et amoureux ou, à l’inverse, très revendicatifs, sociaux et antiracistes.

En 1978, il se sait atteint d’un cancer depuis un an. Voilà pourquoi la tournée Exodus avait été annulée quelques mois auparavant. En avril, il joue dans son pays au One Love Peace Concert durant lequel il parvient à réunir sur scène Michael Manley, le premier ministre du parti de droite et Edward Seaga, leader travailliste de l’opposition de gauche. Cette poignée de main symbolique, des trois personnages phares de Jamaïque, devait marquer l’Histoire. Durant l’année 79, ce rasta fidèle réalise son vieux rêve. Il parcours l’Afrique et découvre l’Ethiopie, la terre mère qui abrite le sauveur des noirs pour les rastas puis, le Zimbabwe et le Kenya. Il s’investit même dans le combat pour l’indépendance de l’Angola et du Zimbabwe, les deux seules colonies africaines encore sous le joug de la puissance portugaise. La même année, il reçoit la médaille du Tiers-Monde des Nations-Unis. Son combat s’inscrit résolument dans la modernité.

Au début de l’année quatre-vingt, la santé de Bob se dégrade brutalement. Il fait quelques séjours à l’hôpital et se voit contraint d’annuler certaines représentations. Ne parvenant pas à se rétablir, il s’en remet à sa foi pour endurer les souffrances que le mal lui inflige. Se sachant condamné, Bob Marley choisit de se faire baptiser à l’Eglise Orthodoxe d’Ethiopie de Miami, le 04 novembre 1980. Trois mois plus tard, le 10 mai 1981, à 36 ans, il décède dans un hôpital de la même ville, entouré des siens et de Jah, son dieu.

Dernières vibrations

Par sa seule présence, lors de ses funérailles le 21 mai en Jamaïque, la foule immense réunie dans un deuil commun, témoigne son affection pour Bob Marley. Chacun le considère comme un homme de valeur, dont le message, même chanté, vaut tous les discours théoriques.

Certains y voient un prophète, d’autres un prince de la Paix Universelle ou simplement un homme libre. Il repose désormais dans un mausolée dressé dans la paroisse de Nine Miles, au sein du petit village verdoyant de Saint-anne, celui de son enfance. A ses côtés, sa guitare acoustique « Adamas Ovation », une feuille de Ganja et une bible l’accompagnent. Un centre « Bob Marley » construit à Montego Bay rappelle sa mémoire et son oeuvre. Sa femme -Rita- et ses quatre enfants -Cedella, Ziggy, Stevie et Stephanie- perpétuent sa mémoire en continuant de chanter l’espoir, le refus de l’oppression et surtout l’Amour.

Au delà de la force de son discours, Bob Marley reste célèbre pour sa musique, le Reggae. Un style qu’il a presque inventé et qui, loin de la simple mode, uni les Hommes autour de la seule « vibration ». Son Amour pour tous les Hommes, quelque soit leur origine sociale ou culturelle, la manière dont il l’exprime avec une profonde sincérité est un gage d’espoir pour l’Humanité puisqu’il trouve un écho dans le cœur de millions d’individus sur la Terre.

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Pour en savoir plus sur Bob Marley, cliquez ici

DISCOGRAPHIE

Les Wailers de 1962 à 1968 :

Simmer down at Studio One
The Wailing Wailers at Studio One
One love at studio One

Bob Marley :

Confrontation (1983)
Uprising (1980)
Survival (1979)
Kaya (1978)
Babylon By Bus (1978)
Exodus (1977)
Rastaman Vibration (1976)
Live ! (Enregistré à Londres en 1975)
Natty Dread (1974)
Burnin’ (1973)
Catch a Fire (1972)
Timothy Mirthil, Paris, le 07 mai 2004

 

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