Elections 2003

Bob Akitani, candidat à la présidentielle togolaise : « La candidature unique est un faux problème »

par Fraternité Matin (Côte d'ivoire) , le 17 mai 2003, publié sur ufctogo.com

M. Bob Akitani est le premier vice-président de l’Union des Forces de changement (UFC), le parti de M. Gilchrist Olympio. Lorsque ce parti a compris que la candidature de M. Olympio risquait d’être invalidée, il a « prêté » M. Akitani au PFC, un parti allié et celui-ci a présenté sa candidature. M .Akitani est donc officiellement le candidat du PFC, mais dans les faits, il est celui de l’UFC, en remplacement de M. Gilchrist Olympio. Nous l’avons rencontré à Lomé, au siège de l’UFC.

 

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Emmanuel Akitani Bob

M. Akitani, qu’est-ce qui a motivé votre candidature à l’élection présidentielle du 1er juin prochain ?

Très sommairement, je suis citoyen togolais et j’ai le droit d’être candidat si je le désire, et surtout si le parti auquel j’appartiens le trouve nécessaire. Mon parti, L’UFC, dont je suis le premier vice-président m’a prêté au PFC, le Parti des forces du changement pour l’élection du 1er juin. L’UFC même, rencontrant des difficultés que nous trouvons inutiles, parce que non justifiées, n’a pas trouvé d’inconvénient à ce que le PFC me prenne comme candidat possible.

Qu’est-ce qui explique le rejet de la candidature de M. Olympio ?

Pour moi, comme pour tout citoyen sensé, ça n’a aucun sens, aucune justification. J’ai présenté un dossier, et là-dedans, j’ai eu à fournir ce qu’ils appellent un quitus fiscal. Et aussi une attestation de domiciliation. Ces deux points, concernant M. Gilchrist Olympio, tout le monde sait que les contraintes l’ont amené à ne pas résider au Togo. Résidant à l’extérieur, il ne pouvait pas fournir une attestation de domiciliation comme un Togolais résidant au Togo. Mais il a des attaches au Togo. Sa maison familiale est là. Il a fourni une attestation de domiciliation où il réside en Europe. Ça n’a pas donné satisfaction à la Commission électorale chargée de recueillir les dossiers des candidats. Pour ce qui concerne le quitus fiscal, il est de notoriété publique que M. Olympio n’a pas de revenu du point de vue fiscal au Togo. Et la lettre du directeur des impôts dit : « Je ne peux pas lui délivrer de quitus fiscal parce qu’il n’a pas de revenu fiscal au Togo. » A notre sens, cette phrase seule signifie quitus, parce qu’elle dit que M. Olympio ne doit rien au Togo. Mais cela a été compris autrement. Ce sont ces deux raisons qui ont été avancées. Mais il est clair pour tout le monde que ce sont des considérations politiques simples qui sont cachées derrière ces deux prétextes là.

Quelles sont ces considérations politiques ?

Voilà un citoyen qui était sur le point de gagner les élections présidentielles de juin 1998. Et ceux qui ont suivi le déroulement de ces élections savent que le dépouillement a été interrompu à un moment donné par le pouvoir. Et la délégation de l’Union européenne qui était là avec des observateurs a eu à dire que ces élections étaient sorties de leur cadre légal et que ce qui a été proclamé n’était pas conforme au désir des électeurs. Donc, il y a cette crainte à cause de ce hold-up qui a eu lieu le 24 juin 1998. Il s’agit d’un véritable hold-up parce que la CENI qui devait donner les résultats a été écartée et le ministre de l’Intérieur a déclaré que c’est M. Eyadéma qui a gagné avec 52 et quelque pour cent, alors que le dépouillement n’était pas terminé. Cela a été la source d’une crise grave. Les partis de l’opposition et la mouvance présidentielle, avec l’appui de la communauté internationale, ont signé ce qu’on a appelé l’Accord-cadre de Lomé à la fin de juillet 1999. Cet Accord-cadre devait régler la question. Au lieu de la reprise des élections présidentielles que nous exigions, cet accord a suggéré des élections législatives anticipées et la création d’une CENI chargée d’organiser les élections. Comme vous le savez, le code électoral a été unilatéralement modifié, et la constitution adoptée par référendum et promulguée par le président de la République a été complètement modifiée de façon arbitraire, unilatérale et en catimini. Tout cela a vidé de son contenu le processus qui devait aboutir à des élections consensuelles. Et M.Olympio, comme candidat à une nouvelle élection, l’exemple de 98 étant là, il fallait tout faire pour l’écarter du jeu. C’est ça la raison politique, la raison fondamentale.

Est-ce qu’en allant à ces élections, vous êtes sûr qu’elles seront justes et transparentes ?

A l’heure où nous sommes, les conditions ne sont pas remplies, alors là, pas du tout, pour des élections libres et transparentes. Nous savons, depuis d’ailleurs que ce processus a commencé par la révision des listes électorales, que cette révision a été bâclée, sciemment mal organisée et nous voyons que les conditions des élections du 1er juin ne sont pas du tout favorables à une élection juste et transparente. Mais nous y allons, tout en nous battant jusqu’à la dernière minute pour que ces conditions soient à peu près crédibles. Avec la caution de la Communauté internationale qui suit de très près l’organisation de cette élection.

Et si au dernier moment, vous n’obtenez pas ces conditions à peu près crédibles ?

Nous ne pouvons rien dire aujourd’hui. Nous nous battons. Et nous allons nous battre jusqu’au dernier moment. Et là, à supposer que les conditions que nous désirons pour que ce soit des élections transparentes, des élections jugées transparentes, non pas par nous seulement, mais aussi par des observateurs indépendants, si elles ne sont pas remplies, à la veille des élections, nous verrons, en accord avec les autres partis de l’opposition, ce que nous pourrons faire. Mais aujourd’hui, nous insistons sur la nécessité de nous battre pour obtenir des élections transparentes.

L’élection est à un seul tour. Comment se fait-il que l’opposition n’ait pas réussi à dégager un candidat unique ?

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© ufctogo.com M. Akitani en chemise Ablodé

Je ne peux pas répondre à la place des autres partis. Pour ce qui nous concerne, nous avons tout fait. Nous étions dans la coalition des partis politiques d’opposition et les critères qui devaient servir à dégager ce candidat unique de l’opposition, on les connaissait. Mais on a tourné autour, pendant des mois et des mois. L’UFC disait, depuis le mois de septembre, que ce que nous avions à faire, c’était de nous battre pour revenir à des conditions crédibles, qui sont des conditions qui se trouvent dans l’Accord-cadre de Lomé. A la veille des élections législatives d’octobre, nous disions qu’il fallait nous battre pour revenir à des conditions consensuelles. Malheureusement, les autres partis de l’opposition disaient qu’il fallait absolument résoudre la question du candidat unique d’abord. Nous disions que c’était un faux problème. Nous sommes en face d’un adversaire politique qui sait où il va, et si nous ne nous cantonnons pas à l’exigence des conditions consensuelles pour les élections, et si nous nous embourbons dans la recherche d’un candidat unique, ce sera une fausse stratégie pour nous.

Et effectivement, nous avons perdu des mois sans progresser. Et nous savions par expérience que le choix du candidat unique n’avait pas une compréhension sérieuse dans les mentalités de tout le monde. Parce que quand il y a une seule place et cinq postulants, il ne faut pas être sorcier pour savoir qu’il y a quatre qui nécessairement ne pourraient pas être là. Mais une simple analyse devait permettre à chacun d’avoir une idée de celui qui pouvait être le candidat unique. L’UFC a dû se retirer de cette coalition parce qu’elle perdait son temps. Parce que les manifestations de la population qui devaient permettre d’aller de l’avant étaient bloquées. L’UFC étant sortie, nous avons constaté que les autres n’ont pu résoudre la question parce qu’ils étaient embourbés. Ils ont dit eux-mêmes que le critère clair, qui les a poussés à confier la présidence permanente de la coalition à M. Gilchrist Olympio, au mois de février dernier, c’était sur la base des résultats des élections de 1998. On a vu la cote de popularité de chacun. En suivant cela, les choses étaient claires. Malheureuse-ment, le mandat qui a été confié à M. Olympio, pas à sa demande, a été cisaillé par d’autres membres de la coalition à telle enseigne qu’il a été dégoûté et il a décidé que l’UFC suive sa propre route. Mais l’UFC sortie de la coalition, les autres n’ont pu s’entendre sur un candidat unique non plus. C’est très triste pour le Togo, car même pour un enfant de CP2, il est clair que quand il y a une place pour cinq candidats, il faut que quatre s’effacent.

On a l’impression que ce sont les dissensions de l’opposition, depuis la conférence nationale, qui permettent à M. Eyadéma de se maintenir au pouvoir. Et c’est ce que vous êtes encore en train de nous montrer en allant en rang dispersé ?

Cela peut apparaître comme tel. Mais en 1998, il y avait plusieurs candidats, et cela n’a pas empêché le peuple de faire un choix utile. Nous sommes persuadés qu’en 2003, s’il y a des élections transparentes, qu’il y ait dix candidats, celui de l’UFC sortira vainqueur. Parce que le peuple sait qu’à travers lui, il trouvera des solutions à ses problèmes. Le cas de1998 l’a prouvé. Il y avait trois ou quatre candidats de l’opposition et les chiffres plaçaient le candidat de l’UFC très loin en tête, même si le dépouillement a été arrêté.

En fait, la question du candidat unique n’est pas le vrai problème. La mobilisation du peuple sur le départ du dictateur suffit. Il y a la question du scrutin uninominal. Un scrutin à deux tours aurait simplifié le problème, mais même avec ce scrutin-là, nous sommes persuadés qu’une campagne bien faite, dans les conditions acceptables, nous ferait gagner. Parce que si tout a été ficelé pour tricher, un candidat unique en face d’Eyadéma ne pourrait rien faire.

Vous apparaissez comme un candidat de substitution. Arriverez-vous à mobiliser l’électorat de M. Olympio ?

Nous le pensons. Mais je vous dis qu’à l’heure actuelle, nous bataillons pour que la candidature de M.Olympio passe. Et si c’est le cas, ma candidature de substitution, comme vous le dites, tombe.

Venance Konan (propos Recueillis à Lomé)

 

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