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Belles promesses ...

par Le Monde (France) , le 6 décembre 2005, publié sur ufctogo.com

 

Le président Jacques Chirac vient de participer au dernier sommet Afrique-France de son quinquennat en terre africaine. Il a été, comme de coutume, très applaudi dans la capitale malienne, s’est présenté, comme à son habitude, en "avocat inlassable" du continent noir et a, comme d’habitude, multiplié les belles et bonnes promesses.


Le chef de l’Etat français a ainsi annoncé l’instauration de visas de longue durée à entrées multiples en France pour les professeurs, les cadres et les artistes. Il a fait des propositions pour lutter contre la fuite des "cerveaux" africains et pour le codéveloppement. Il a invité les pays riches à "doubler" leur aide publique au développement afin de sortir des millions d’Africains de la pauvreté et, ainsi, éviter l’exil périlleux d’immigrants vers le Nord.

Voilà dix ans que M. Chirac multiplie les promesses en Afrique. Selon une tradition bien établie parmi les dirigeants politiques français, il a un sincère penchant pour le continent. Il ajoute à ses sentiments généreux sa foi dans une relation franco-africaine qui reste particulière mais qui doit être renouvelée, refusant sur le plan politique de soutenir les "démocraties de façade" (discours de Brazzaville en 1996) et nouant, sur le plan économique, "un nouveau partenariat" équilibré. Jacques Chirac affiche souvent son engagement par des déclarations aux accents nettement altermondialistes. Il l’a refait à Bamako, dimanche 4 décembre, en demandant à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) d’être "moins libérale".

La réalité de la politique africaine chiraquienne ne correspond malheureusement pas à ces belles intentions. Le chef de l’Etat ne s’est jamais détaché des faux démocrates qu’il dénonce. Il a encore salué la "brillante réélection d’Omar Bongo" à la tête du Gabon, en dépit des conditions peu démocratiques de ce scrutin. Il soutient le nouveau président du Togo, le fils d’Eyadéma Gnassingbé, qui était un "ami personnel de longue date".

Même désillusion concernant l’économie. M. Chirac a longtemps réduit les crédits de développement avant de découvrir, il y a trois ans, que l’aide du Nord était indispensable pour soutenir le décollage des pays les plus pauvres. Sa récente mobilisation envers l’aide au développement comme envers l’aide sanitaire pour lutter contre le sida ou la malaria n’efface pas non plus qu’il demeure le dernier rempart de défense de la politique agricole commune (PAC) qui ferme les marchés européens aux produits du Sud.

Jacques Chirac n’est jamais avare d’efforts, sans doute authentiques, envers l’Afrique. Il n’a jamais économisé ni ses mots, ni son temps, ni sa force. Mais il n’a jamais assuré les moyens d’une mise en œuvre concrète, durable et moderne de son "devoir de solidarité" envers ce continent.

Le monde - Article paru dans l’édition du 06.12.05

 

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