Musique

Bella Bellow : La pionnière de la chanson togolaise moderne

par Ekoué SATCHIVI , le 10 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

Belle comme une rose, elle a vécu l’instant d’une matinée. Sa voix de rossignol était appréciée et aimée par le public. Mais la mort, l’insatiable, ne lui a pas permis de mener une carrière à la taille de son immense talent. Bella Bellow était morte très jeune le 10 décembre 1973, victime d’un accident de la circulation. Elle n’avait que 27 ans. Toute une symphonie inachevée.

Lire aussi : Vie et parcours artistique en raccourci de Bella Bellow par Ekoué Satchivi.

 

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Bella Bellow
Georgette Nafiatou Adjoavi Bellow à l’Etat-civil

Georgette Nafiatou Adjoavi Bella Bellow était son identité à l’Etat-civil, celle qu’on peut se targuer de qualifier de la pionnière de la chanson togolaise moderne. Née le 1er janvier 1945 à Tsévié, ville située dans la Région Maritime et à 35 km de Lomé ; elle passe une partie de son enfance à Agoué-Nyivé dans la préfecture du Golfe (Lomé) avant de débuter en 1950 sa scolarité à l’Ecole primaire catholique Notre Dame des Apôtres en face du lieu dit ancien Zongo, devenu aujourd’hui un quartier bancaire à Lomé. Elle en sort plus tard en 1958 avec son diplôme de Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires (CEPE). Inscrite par la suite au Lycée de Sokodé dans la Région centrale du Togo puis au Lycée Bonnecarrère à Lomé, elle y décroche le Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) en 1966 avant de partir pour Abidjan en Côte d’Ivoire pour y suivre une formation en Secrétariat puis de solfège à l’Ecole des Beaux-Arts.

C’est en 1963 par des interprétations lors des festivals et récitals scolaires qu’il faut situer les débuts de cette artiste aux multiples talents. Sa tenue sur scène doublée de sa suave voix, avaient motivé Gérard Akuesson, un grand à l’époque dans les milieux du show-biz, qui s’était occupée d’elle. Il l’emmena à Paris où la jeune chanteuse sans imiter son aînée, la Sud-africaine Myriam Makeba à qui elle vouait une vive admiration, se fraya au prix d’un travail soutenu une voie et parvient à se donner un nom. Elle choisit ainsi de chanter le folklore togolais travaillé sur un rythme moderne. C’est ainsi que par sa classe et son talent, elle finit par dompter son auditoire tant au Togo, en Afrique et un peu partout dans le monde.

Après de nombreux tours de chants notamment dans les jardins de l’hôtel Le Bénin et au Centre culturel français à Lomé, la pionnière de la chanson togolaise est adoptée un peu partout en Afrique. De Cotonou, Dakar, Bamako, en passant par Libreville, Douala, Brazzaville, Kinshasa, elle fit salle comble et des prestations très enlevées. L’auditoire en repart toujours ivre de bonheur. C’est à travers le premier Festival mondial des Arts Nègres de Dakar au Sénégal que Bella Bellow allait, en 1966, obtenir sa première consécration internationale avant d’aller par la suite à l’Olympia à Paris, le podium de rêve de tous les artistes. Par la suite , elle prit part au Festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro au Brésil, se produit au mythique Stade de Maracana devant plus de 100 000 admirateurs abasourdis de bonheur.

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Reçue et adoptée à Athènes en Grèce, à Split en ex-Yougoslavie, à Rennes en France, le nom de Bella Bellow a retenti aux Antilles (Guyane et Guadeloupe) et en Allemagne. C’est à Paris où elle s’établit que sera enregistré son premier disque, Rockya qui compte sur la compilation d’un album intitulé « Trente ans de musique africaine ».

Séparée de Gérard Akueson, son impresario, elle crée son propre groupe musical « Gabada », du nom d’un rythme musical du terroir togolais .On ne peut se lasser en écoutant les chansons de Bella Bellow. On y découvre tout son talent à travers du folklore modernisé avec une voix teintée d’une captivante émotion. Elle seule sait charmer avec Blewu, une prière dans la douleur ; du véritable negro spiritual, Lafoulou, du bossa nova ; Nye Dzi, un chant dans lequel l’artiste rassure son amour : « Je ne te tromperai jamais ! Où tu iras, j’irai. Où tu seras enterré, je mourrai. Même la mort ne saura nous séparer ». On ne peut évoquer le parcours de Bella Bellow sans parler de sa chanson fétiche « Dényigban », une ode à la mère patrie, le Togo.

Sachant bien chanter, elle savait également jouer son rôle de femme au foyer. Bella Bellow s’était mariée en justes noces avec le magistrat togolais Théophile Jamier-Lévy. De cette union, vit le jour Nadia Elsa, son unique fille. Après quelques temps d’absence sur scène, la pionnière de la chanson togolaise moderne se préparait à entreprendre une tournée internationale avec le Camerounais Manu Dibango, le roi de la soul Makossa. Ce projet musical ne sera jamais réalisé.

Revenant le 10 décembre 1973 d’Atakpamé, sa ville natale, et voyageant à bord d’une Ford Capri, son véhicule personnel conduit par son chauffeur, Bella Bellow sera victime d’un absurde accident de la circulation à Lilikopé dans la préfecture du Zio. Dans des circonstances non élucidées, le véhicule s’était retrouvé les quatre pneus en l’air. Projetée hors, la diva de la chanson togolaise cogna la tête contre le bitume. Victime d’une hémorragie cérébrale, elle en meurt, tuée sur le coup. Elle n’avait que 27 ans alors que l’avenir lui ouvrait largement les bras.

Elle sera inhumée le 13 décembre suivant au cimetière catholique de la Plage, à Lomé en présence d’une foule d’admirateurs. Trois décennies après sa mort, le Togo musical est plus que jamais à la recherche d’un artiste digne de son talent. Car plus qu’une artiste de la chanson, Bella Bellow faisait la fierté de son pays. Elle était plutôt un mythe. Une fois décédée, celle qui par son talent, sa tenue sur scène, a su rayonner le nom du Togo à travers le monde, a été très vite oubliée. Construire dans le futur, une salle de spectacles digne de ce nom et la dénommer « Salle Bella Bellow », serait une façon de rendre un hommage à cette voix qui s’était trop vite tue.

 

Ekoué SATCHIVI - Le 10 décembre 2003

 


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