Presse africaine

Aux urnes, Togolais !

par Le Journal du Jeudi (Burkina) , le 14 mai 2003, publié sur ufctogo.com

"Si les élections devaient vraiment changer les choses, il y a longtemps qu’elles auraient été interdites", proclame un proverbe africain. Est-il besoin de jeter des millions de francs dans un simulacre d’élection taillée dans un costume de "Timonier" ? Au Togo, la parole donnée du Général n’était qu’un jeu de parole...

 

On ne parle plus que de ça ! Le célébrissime Général-timonier-père de la nation togolaise tient à son fauteuil ! Il remet en cause sa parole d’honneur pour imposer à son peuple, la main solidement vissée sur la visière de son képi, le destin qu’il croit détenir de Dieu le père. Dans son hagiographie intitulée "Le Togo en général : la longue marche de Gnassingbé Eyadéma", Claude Feuillet exalte carrément "la personnalité extraordinaire de Étienne Eyadéma, le caractère messianique de son avènement au pouvoir, ses facultés supra-humaines, son charisme et la bénédiction qu’il a reçue de Dieu, du peuple pour conduire le Togo". Alors, la démocratie, l’alternance, bof ! Étienne, euh... Gnassingbé Eyadéma n’en a cure. Il n’a vraiment pas besoin de ça pour diriger le Togo. Pensez, sa souveraineté, il la tient de l’Etre suprême. En face de cette réalité divine, que valent les récriminations des millions de Togolais meurtris dans leur chair et dans leur âme, qui nourrissaient depuis de longues années le secret espoir d’une délivrance prochaine, l’espoir de voir l’homme qui règne sans partage sur le Togo depuis plus de 36 ans emprunter enfin la porte de sortie qu’ils lui maintenaient ouverte ?

Cette éclaircie, ils la voyaient d’ailleurs pour cette année 2003 lorsque, sous la pression populaire, le "Guide éclairé" - qui n’éclaire plus que ses thuriféraires - avait annoncé, en juillet 1999, les couleurs de sa retraite politique : " Je quitterai le pouvoir en 2003, quand mon mandat sera arrivé à son terme, je ne ferai pas un seul jour de plus. Je ne toucherai pas à la Constitution. Je ne suis pas un politicien, je suis un militaire, fidèle à l’honneur et la parole donnée... " Témoin et même acteur de cette sage décision, le président français, Jacques Chirac, avait alors commenté : "Je connais le président depuis longtemps, il respectera son engagement..."

L’heure de vérité venue, le Général n’a rien trouvé de mieux à faire que de piétiner sa parole. Une volte-face savamment et minutieusement préparée dans la pure tradition propagandiste dans laquelle le pouvoir togolais est passé maître. Un déni qui jette le discrédit sur l’habit et les galons du Général, soucieux avant tout de pérenniser son règne, ad vitae æternam s’il le faut, sur ce pays de 56 785 km2, coincé entre le Bénin à l’est, le Ghana à l’ouest et le Burkina Faso au nord. A la vérité, cette volte-face ne surprend guère. Depuis que la Constitution a été charcutée et que le code électoral a été taillé sur mesure pour permettre à l’ex-"Timonier national" de se caler à nouveau dans les starting-blocks, on savait que les jeux étaient faits. Le ton en a d’ailleurs été donné dès le 15 février 2003, lorsque des manifestants de la Kozah, région du chef d’Etat togolais, avaient supplié l’homme providentiel "de ne pas abandonner le peuple togolais face aux appétits égoïstes déjà affichés par les ennemis et les apatrides sans attache avec le Togo, qui n’ont aucun bien, aucun de leurs enfants au Togo et donc insensibles aux souffrances du peuple togolais".

Dans un show parfaitement joué sur la note de la continuité, les journaux proches du pouvoir ne sont pas restés en marge. Le 7 février, l’hebdomadaire Le Clairon a simplement claironné très fort : "Modification du code ou pas, l’opposition ne viendra pas au pouvoir, du moins pas avant les 40 ans de régime Eyadéma. Alors, pourquoi s’égosiller ?". On ne pouvait pas être plus clair. C’était donc ça, l’objectif de la parole donnée, devenue sacrifice taillé sur mesure ! Et tant pis si Amnesty International n’est pas content. Tant pis si l’opposition, dans son ensemble, minée par de stériles querelles de leadership, ne parvient pas à trouver la bonne combinaison pour faire échec à la "démocrature" du Général.

L’histoire, mieux que les hommes, saura juger chacun à la lumière de ses actes d’aujourd’hui. Et l’on craint déjà que dans cette atmosphère d’exclusion, de conservatisme et de non-transparence d’un scrutin privé d’observateurs, le Togo inaugure un nouveau cycle de violences inouïes dans cette Afrique de l’Ouest où les feux de la guerre en Côte d’Ivoire sont loin d’être éteints...

Le Journal du Jeudi (Ouagadougou)

 

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