Enjeu

Au sud, les enjeux de l’éducation pour tous

par Gisèle Bongra , le 1er décembre 2000, publié sur ufctogo.com

Un enfant togolais sur deux redouble sa classe chaque année ; sur 1 000 élèves entrés au cours préparatoire, 250 environ obtiennent le certificat d’études du premier degré ; il faut en moyenne 11 années à un enfant pour parcourir la totalité du cycle primaire - quand il y parvient, car près de la moitié abandonne avant le CE2.

 

Longtemps, le manque de bâtiments, de tables-bancs, de matériel didactique a été incriminé. Pourtant, on a constaté que, là même où les conditions matérielles de réussite étaient réunies, le taux de scolarisation et les résultats scolaires n’étaient pas meilleurs.

Les mauvaises performances du système éducatif togolais sont dues, pour une bonne part, à la très grande inadaptation des contenus enseignés et aux pratiques pédagogiques des enseignants. Sans négliger des causes de caractère socio-économique et socioculturel, pour lesquelles Aide et Action et le Groupement de retraités éducateurs sans frontières (GREF) ont mis en oeuvre le projet Pédagogies actives et Mouven (mouvement des enseignants novateurs). Celui-ci est destiné à créer un noyau d’enseignants volontaires pour mettre en oeuvre des techniques pédagogiques, dites « actives », jusqu’alors ignorées au Togo. Et ce en étroite collaboration avec les autorités locales, particulièrement les inspecteurs, les écoles normales et le ministère de l’éducation nationale.

Les méthodes actives auxquelles sont initiés les enseignants du Mouven s’inspirent très directement de la philosophie et des pratiques pédagogiques élaborées en France au début du siècle par Célestin Freinet. Pour ce célèbre pédagogue, l’essentiel tient au « tâtonnement expérimental » : certes, l’école est faite pour apprendre, mais l’essentiel doit venir de l’apprenant lui-même, et l’apprentissage doit être immergé dans la vie de tous les jours. Dans le contexte éducatif togolais, très conventionnel et rigide, une telle approche constitue une réelle innovation, une rupture. L’enseignant togolais qui participe au Mouven est appelé à innover en toute liberté et à dégager par lui-même une méthode qui convienne à l’enfant, artisan de son propre apprentissage. La pédagogie active se traduit par des études du milieu et des travaux de groupe.

En cinq ans, ce sont quelque 420 instituteurs, sur les 3 064 en poste dans la région de la Kara, qui ont ainsi été formés. Cependant, le nombre d’adhérents au Mouven n’augmente pas, car bien des enseignants, dont le salaire n’est pas versé régulièrement, préfèrent aller cultiver leur champ pour assurer la survie de leur famille plutôt que de participer à ses réunions. Par ailleurs, tous les enseignants togolais sont contraints par des directives nationales, et les enfants formés par la pédagogie active peuvent éprouver des difficultés en passant dans une classe où elle ne se pratique pas. C’est pourquoi on envisage de créer des écoles pilotes regroupant les enseignants novateurs sur la totalité d’un cycle d’enseignement.


Gisèle Bongra
Responsable du parrainage et de la communication pour le programme d’Aide et Action au Togo

 

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