Présidentielle

Au Togo, un scrutin au risque de l’implosion

par Libération (France) , le 23 avril 2005, publié sur ufctogo.com

Le régime a noyauté la campagne pour faire élire dimanche le fils Eyadéma, discrètement soutenu par Paris.

 

Au Togo, les jeux sont faits, et rien ne va plus. Dimanche soir, au terme d’un scrutin auquel doivent participer 2,2 millions d’électeurs, cet ancien protectorat français, devenu indépendant en 1960, pourrait bien se retrouver avec deux présidents autoproclamés. Car ni la coalition de l’opposition ni le camp présidentiel ne semblent disposés à reconnaître leur éventuelle défaite. Le pays s’enfoncera alors dans une crise dont les 3 000 Français présents au Togo risquent de faire les frais, l’opposition accusant Paris de soutenir en sous-main le régime.

Confusion. Vendredi, la campagne électorale s’est achevée dans la confusion. En pleine nuit, le ministre de l’Intérieur, François Boko, a demandé la suspension du processus électoral qui, selon lui, mène tout droit à l’implosion du pays. Il a été limogé par le président par intérim, Abass Bonfoh, qui, soutenu par Paris et les Etats africains de la région, s’est empressé de confirmer la tenue du scrutin. La coalition des six partis de l’opposition dite « radicale », représentée par Emmanuel Bob Akitani, 74 ans, assure que la défaite de son candidat résulterait de fraudes massives. Elle envisage de proclamer la victoire dès dimanche soir, et se dit prête à arracher le pouvoir dans la rue.

En face, le régime a verrouillé le scrutin pour garantir l’élection de Faure Gnassingbé, 39 ans. Après avoir propulsé, via un coup d’Etat militaire, le fils du général Eyadéma ­ décédé le 5 février après trente-huit années de règne ­, les autorités ont dû organiser un vote face à la réprobation internationale. Discrètement conseillé par des communicants français, le régime a accaparé les panneaux publicitaires de Lomé pour vanter les mérites du « changement dans la stabilité », tout en interdisant aux médias privés de couvrir la campagne.

Un document circulant dans les chancelleries occidentales indique, par ailleurs, que « la proportion des électeurs ayant obtenu leurs cartes d’électeurs a été très élevée dans les fiefs du pouvoir (dans le nord du Togo, ndlr), alors qu’elle a été très faible dans les localités votant en faveur de l’opposition (au centre du pays et à Lomé, ndlr) ». « Même avec 10 000 observateurs chargés de surveiller le scrutin, Faure Gnassingbé serait assuré de l’emporter », déplore un responsable étranger à Lomé.

Ce dimanche, ils ne seront que 150 observateurs, issus exclusivement des rangs de la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). La France et l’UE ont renoncé à en envoyer pour ne pas avoir à prendre partie. Mais malgré son profil bas, l’ancienne puissance coloniale est accusée par l’opposition d’avoir muselé la Cedeao. Après avoir dénoncé le coup de force du 5 février, cette organisation régionale est restée étrangement silencieuse durant la préparation contestée du scrutin. Il reste que, de Paris à Bamako en passant par Dakar, tout se passe comme si chacun s’était résigné à l’élection du fils Eyadéma soutenu par une armée noyautée par l’ethnie du clan du défunt président (les Kabiyés).

Chape. « C’est un calcul à courte vue, rétorque un proche du dossier, car la chape de plomb qui pesait sur le pays s’est disloquée avec la mort du Vieux. » Les partisans de la coalition se jurent prêts à en découdre pour, dit l’un d’entre eux, éviter « d’en reprendre pour quarante ans ». Assurant avoir été agressés par les partisans du régime lors des rassemblements de ces derniers jours, nombre d’entre eux circulaient vendredi dans les rues de Lomé armés de bâtons et de machettes. Du jamais vu au Togo.

Par Thomas HOFNUNG

 

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