Togo

Au Togo, « les militaires n’arrêtent personne, ils tirent »

par Libération (France) , le 29 avril 2005, publié sur ufctogo.com

La ville natale du principal opposant togolais subit les représailles du pouvoir.

 

Aneho (frontière Togo-Bénin) envoyé spécial

Le décor serait presque féerique : des palmiers qui s’agitent sous une brise légère et une plage de sable fin léchée par les vagues de l’océan Atlantique. Mais, sur une langue de terre, c’est un défilé ininterrompu d’enfants et de femmes portant sur leur tête quelques maigres effets personnels. « Le strict nécessaire », dit Regina, qui trimballe dans une bassine quelques pagnes et de la vaisselle. Des familles tentent de contourner les barrages policiers pour se réfugier au Bénin. Depuis mardi, plus de 3 000 Togolais ont passé la frontière, a-t-on appris hier à Lomé de source diplomatique occidentale.

Emeutes. Dernière localité du Togo avant la frontière, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Lomé, Aneho s’est embrasé mardi, dès la proclamation de la victoire à la présidentielle de Faure Gnassingbé, le candidat du régime. La ville natale du principal candidat de l’opposition, Emmanuel Bob Akitani, s’est hérissée de barricades. Les émeutes ont duré deux jours. Des jeunes ont pris d’assaut et brûlé le commissariat, avant de s’enfuir avec des armes, selon un témoin rencontré sur place. « La ville était hors de contrôle, explique Daniel, un ancien instituteur. Mais des renforts militaires ont été acheminés par hélicoptères. »

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Photo copyright AFP - Issouf Sanogo

Hier, un calme de façade était revenu. Quadrillé par les gendarmes et les parachutistes, Aneho ressemble à une ville fantôme. Des minibus pleins à craquer, traversent la localité sans s’arrêter. Des femmes chargées de paquets interpellent les rares voitures qui passent pour tenter de rallier la frontière. Les magasins sont fermés, les regards lourds. En représailles, les forces de sécurité ont arrêté le chef traditionnel de la localité, par ailleurs membre de l’opposition.

Dans le centre-ville, quelques personnes se sont regroupées devant l’hôpital. A l’intérieur, le personnel refuse de parler aux journalistes. Pas question de communiquer le moindre chiffre sur les personnes admises depuis le début des troubles. Interrogé près de la carcasse calcinée du commissariat, Henri assure, pour sa part, avoir vu « six cadavres » et de nombreux blessés. De son côté, la Croix-Rouge fait état de 9 morts. Selon lui, comme à Lomé, les forces de sécurité auraient commencé à « nettoyer » les quartiers rebelles. « Les militaires défoncent les portes et tabassent les gens. Ils n’arrêtent personne, ils tirent », dit-il, avant d’enfourcher sa moto, direction le Bénin. Prévenu de l’arrivée des journalistes étrangers, le directeur de l’hôpital s’empresse d’avertir les gendarmes, qui leur intiment l’ordre de quitter la ville, malgré les accréditations du ministère de la Communication. Des gendarmes menacent les accompagnateurs togolais : « Vous les nationaux, on va vous tuer ! »

Barrage. La route côtière qui relie Aneho à Lomé est jalonnée par les résidus des barricades. Hier matin, un nouveau barrage tenu par des jeunes armés de machettes, de lance-pierres et de bâtons était en place au lieu-dit d’Agbodrafo, à 35 kilomètres de la capitale. « Les soldats entrent dans nos maisons la nuit et nous battent, témoigne Albert, 23 ans. Nous n’avons reçu aucune instruction de nos dirigeants, mais nous allons nous défendre jusqu’à la victoire de notre candidat, Bob Akitani. » Deux heures plus tard, le barrage avait disparu, tandis qu’un parachutiste au béret rouge levait le pouce, sourire aux lèvres.

Par Thomas HOFNUNG

 

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