Rwanda

Armée française au Rwanda : information judiciaire pour complicité de génocide

par RFI (France) , le 24 décembre 2005, publié sur ufctogo.com

Le procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information judiciaire (instruction préalable) pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité ». Cette décision fait suite à la plainte contre X déposée par six Rwandais qui ont été entendus à Kigali le mois dernier par un juge d’instruction française. Ils accusent des soldats français d’avoir prêté main forte aux génocidaires lors de l’opération Turquoise en 1994.

 

Une étape judiciaire supplémentaire est franchie dans l’instruction des accusations qui visent l’armée française pour son action au Rwanda au moment du génocide en 1994 . En fin de journée vendredi, à la veille du week-end de Noël, le procureur du tribunal aux armées de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire visant des soldats français (qui ne sont pas identifiés pour le moment).

Cette décision intervient près d’un mois après le déplacement au Rwanda de la juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris. La magistrate, Brigitte Raynaud, s’est rendue sur place pour entendre les six Rwandais qui ont porté plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou de crime contre l’humanité ». Une plainte qui vise, sans les désigner nommément, certains des 2 500 soldats engagés dans l’opération Turquoise lancée par la France en 1994 pour établir une « zone humanitaire sûre » au Rwanda au moment où se déroulait le génocide qui a fait 800 000 morts, selon l’ONU, au sein de la minorité tutsie et qui a fait nombre de victimes également parmi les hutus opposés au pouvoir en place à l’époque.

Deux plaintes sur six jugées « recevables »

L’information judiciaire ouverte vendredi ne concerne que deux des six plaintes déposées. Le procureur estimant, au vu des témoignages recueillis par la magistrate, que quatre des plaintes ne sont pas recevables. Ces personnes « ne peuvent se prévaloir de faits, à les supposer avérés, susceptibles de constituer le crime de complicité de génocide », indique une source judiciaire contactée par l’AFP.

Les témoignages jugés recevables sont ceux d’Auréa Mukakalisa, âgé de 14 ans au moment des faits, et d’Innocent Gisanura, qui avait 27 ans en 1994. La première a assuré à la juge d’instruction au mois de novembre que « des miliciens hutus entraient dans le camp [de Murambi] et désignaient des tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp ». Elle poursuit : « J’ai vu les miliciens tuer les tutsis qui étaient sortis du camp. Je dis et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension. » Pour sa part, Innocent Gisanura témoigne notamment de la situation à Bisesero : « Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire. (...) Il s’agissait de Français de toute façon, ils parlaient français, ils étaient blancs, avec le drapeau français sur la manche ».

« Un pas important »

Cette restriction de l’information judiciaire à deux des six plaintes déposées est jugée comme « une demi-mesure » par l’un des avocats des plaignants, Me William Bourdon. L’avocat estime néanmois que « c’est un pas important » et que « l’élargissement des investigations aux faits dénoncés par les quatre autres plaignants est inexorable ».

L’analyse de l’avocat n’est pas celle de la ministre de la Défense. Michèle Alliot-Marie déclarait le 9 décembre dernier « qu’il est inadmissible que les militaires français puissent être accusés de cette façon et de choses qui la plupart du temps sont farfelues ». La ministre rappelait en outre que « la communauté internationale n’a pas voulu intervenir dans cette affaire [en 1994] » et que « la France a été la seule à avoir le courage d’envoyer des militaires pour essayer d’arrêter le génocide, d’en limiter au maximum les effets ».

L’information judiciaire, qui constitue une instruction préalable, devrait permettre au juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris de poursuivre ses investigations concernant deux des plaintes déposées.

par Philippe Couve

 

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