Crimes contre l’humanité

Amnesty International dénonce de graves atteintes aux droits de l’homme

par Le Monde (France) , le 20 juillet 2005, publié sur ufctogo.com

Les arrestations et enlèvements des partisans de l’opposition, qui ont débuté dès le scrutin, se sont multipliés dans les jours qui ont suivi la proclamation des résultats. Jeunes opposants tués par des militaires ou des miliciens, manifestants roués de coups, victimes de violences sexuelles : le rapport d’Amnesty International dénonce l’action d’un "appareil de répression au service exclusif du pouvoir" .

 

Que s’est-il précisément passé au Togo avant et après l’élection présidentielle du 24 avril ? Amnesty International y répond avec la publication, mercredi 20 juillet, d’un rapport sur les graves atteintes aux droits de l’homme qui ont entouré le scrutin remporté par Faure Gnassingbé, le fils du dictateur Gnassingbé Eyadéma mort, en février, après trente-huit ans de règne. Recueillis, en mai et juin, lors d’une mission d’enquête au Bénin, dans les camps de réfugiés où les Togolais victimes de la répression continuent d’affluer, les témoignages accablants d’Amnesty confirment et précisent les précédents récits publiés depuis les événements.

Les arrestations et enlèvements des partisans de l’opposition, qui ont débuté dès le scrutin, se sont multipliés dans les jours qui ont suivi la proclamation des résultats. Jeunes opposants tués par des militaires ou des miliciens, manifestants roués de coups, victimes de violences sexuelles : le rapport d’Amnesty International dénonce l’action d’un "appareil de répression au service exclusif du pouvoir" .

Alors qu’un bilan de 811 morts avait été dressé par la Ligue togolaise des droits de l’homme (proche de l’opposition), contrastant avec les cinquante-huit décès recensés surtout parmi les partisans du régime par un mouvement des droits de l’homme proche du pouvoir, Amnesty dit avoir établi une liste de 150 noms de victimes. Ce recensement effectué uniquement à travers les déclarations recueillies parmi les réfugiés du Bénin, n’est pas exhaustif. Amnesty estime que "le bilan total est bien plus élevé" si l’on tient compte des corps non identifiés et des cadavres enterrés avant d’avoir été enregistrés. L’organisation tient sa liste "à la disposition de toute commission d’enquête internationale indépendante et impartiale" : instance dont elle souhaite la constitution.

Le rapport met en cause les forces armées togolaises mais pointe aussi l’aide que leur fournit la France. Rappelant que "vingt militaires sont détachés au titre de la coopération militaire avec le Togo" , l’organisation non gouvernementale affirme, après l’analyse de balles en caoutchouc et d’une grenade lacrymogène utilisées à Lomé lors de la répression, que "ces matériels sont de fabrication française" .

METTRE UN TERME À L’IMPUNITÉ

Amnesty estime donc que "la France doit s’assurer que les matériels (...) qu’elle fournit et les formations qu’elle dispense ne sont pas utilisés pour commettre des violations des droits fondamentaux". Plus généralement, l’organisation écrit : "Il est temps que la France (...) exige que la promotion et la protection des droits humains deviennent une priorité dans -ses- relations avec le Togo."

Dans l’immédiat, le rapport appelle le Togo à "libérer tous les prisonniers d’opinion" et les personnes détenues sans inculpation ; à ouvrir des enquêtes sur les viols et les allégations de torture. Elle préconise de doter les forces de sécurité d’instructions claires, indiquant que des sanctions systématiques seront infligées en cas de violation des droits de l’homme. Elle se déclare hostile à l’adoption de lois d’amnistie "qui ont pour effet d’empêcher la manifestation de la vérité et d’éviter aux coupables de rendre compte de leurs actes" .

"S’il n’est pas mis un terme à l’impunité et au non-respect de l’état de droit, conclut Amnesty International , la population togolaise risque d’être totalement abandonnée, durant des années, au bon vouloir d’un régime qui a fait la preuve de sa détermination à employer tous les moyens pour se maintenir au pouvoir." Estimant que "le recours systématique à l’intimidation et à la violence (...) a survécu au général Eyadéma", les auteurs du document disent craindre que l’histoire ne se répète.

Philippe Bernard

 

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