Crise politique togolaise

Alpha Oumar Konare et la situation politique au Togo

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 31 mai 2005, publié sur ufctogo.com

Le 5 février 2005, après que Faure Gnassingbé eut perpétré son coup d’Etat, Alpha Oumar Konaré fut le premier à manifester sa désapprobation. On peut même dire que la parole de Konaré obligea, à contrecœur, les chefs d’Etat africains à se positionner. Sans Konaré, Faure gnassingbé se serait installé sans coup férir dans le fauteuil présidentiel.

 

Certes aujourd’hui, il est au pouvoir, mais à quel prix ? Lui et ses comparses ont versé beaucoup de sang. Faure Gnassingbé a marché sur des cadavres...Il n’est pas président des Togolais. Il est le roi des « bêtes sauvages », digne fils de son père Koyaga, comme le nommait Ahmadou Kourouma !

Faure Gnassingbé n’a aucune légitimité. Il ne tient son pouvoir que par la force des armes, et la terreur.
La parole du Président Konaré est pertinente et actuelle. Du reste, il avait toute autorité et légitimité pour désigner un médiateur et un envoyé spécial au Togo.( Voir Communiqué du Conseil de Paix et de sécurité de l’Union Africaine ainsi que les textes fondateurs de l’UA- Statuts de la Commission et Acte constitutif de l’UA)


Invité Afrique

Alpha Oumar Konaré
Président de la Commission de l’Union africaine

L’Union africaine (UA) a levé hier les sanctions imposées le 25 février au Togo à la suite de l’accession controversée au pouvoir de Faure Gnassingbé, expliquant que la situation n’était plus « anticonstitutionnelle » après l’élection à la présidence de M. Gnassingbé. Les explications de Alpha Oumar Konaré.

« Si le Togo ne se décide pas pour un vrai compromis démocratique, alors il faudra s’attendre à des épreuves plus douloureuses... »
Alpha Oumar Konaré
Président de la Commission de l’Union africaine

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier [31/05/2005] 06 min 51 sec

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Transcription de l’interview

C. Boisbouvier : Alpha Oumar Konare, bonjour, pourquoi avez-vous levé les sanctions contre le Togo ?

A.O. Konare : nous avons simplement pris acte des suites de l’élection présidentielle du mois d’avril. La CEDEAO a levé ses sanctions et Faure est revenu sur son coup de force ; à partir de ce moment là, le Conseil de Paix et de Sécurité ne pouvait plus maintenir ces dispositions, même si comme vous l’avez certainement constaté, c’est seulement maintenant que nous le faisions, parce que nous nous sommes donnés le temps de voir le déroulement des élections, et surtout les diverses négociations.

Alors, maintenant, il revient à l’élu d’asseoir sa légitimité. Ce n’est pas à nous, aux yeux de son peuple...Nous devons savoir que dans nos pays, les problèmes nés des élections sont très très déstabilisateurs, quand l’élu est considéré comme mal élu ou quand la légalité n’a pas de légitimité ou a perdu sa légitimité.

C. Boisbouvier : Et justement, est-ce que l’élu est mal élu ?

A.O. Konaré : Je pense que le temps, les enquêtes à venir vont démontrer cela et nous en saurons certainement plus sur les conditions d’organisation de ces élections.

C. Boisbouvier : Comment avez-vous réagi le 24 avril, en voyant ce militaire togolais s’enfuir avec une urne sous le bras ?

A.O. Konare : (Rires). Et bien, vous savez, c’est à l’image de tout ce qui s’est passé avant. Ces nuits folles, ces journées folles qui ont failli faire perdre le Togo, c’est à l’image de cela, je n’ai pas de qualificatifs, c’est démentiel tout simplement

C. Boisbouvier : Justement, quelle est la crédibilité de ces élections après de telles images ?

A.O. Konaré : Comme je l’ai dit, le temps et les enquêtes nous éclaireront sur les conditions d’organisation de ces élections. Les divers camps au Togo ont besoin aujourd’hui d’un compromis ; j’insiste dessus. Mais je dis bien, pas n’importe quel compromis. Si le Togo, les Togolais ne se décident pas à un vrai compromis démocratique fondé sur un système de partage et d’équilibre, il faut alors s’attendre à de plus grandes épreuves plus douloureuses et, il ne faut pas oublier dans une région ouest-africaine qui est très très fragile...

C. Boisbouvier : Quand vous dites, Alpha Oumar Konaré, qu’avec le temps on saura si cette élection a été juste ou non, est-ce que vous êtes prêts à demander à ce que l’on recompte les bulletins de vote comme le demande l’opposition ?

A.O. Konaré : Je pense qu’il revient aux deux parties acceptant de s’asseoir autour d’une table ronde de se poser toutes ces questions de voir tout ce qui peut aider à bien asseoir le compromis démocratique

C. Boisbouvier : Le 25 février, vous avez obtenu que Faure Gnassingbé renonce à son coup d’Etat, mais en échange, est-ce vous n’avez pas fermé les yeux sur la suite.

A.O. Konaré : Non, pas du tout ! La CEDEAO a pris en charge la conduite du dossier, mais nous avons toujours suivi de très près ; nous n’avons pas envoyé, c’est vrai de mission d’observation, parce que nous avons des règles. Si nous n’avons pas assez de temps pour accomplir une observation dans les meilleures conditions, nous n’allons pas, parce que pour nous, l’observation ce n’est pas de la balade, ce n’est pas pour servir d’alibi, pas du tout ! Je ne vous cache pas que nous aurions certainement souhaité, qu’avant l’organisation des élections soit organisée une table ronde avec toute la classe politique, majorité, opposition, pour discuter de tout, de la durée de la transition, des conditions d’organisation des élections, alors évidemment on n’a pas été écouté, et même par la classe politique togolaise, parce que l’opposition comprise a accepté d’aller aux élections avec les règles en place. Pour nous c’était une erreur !

C. Boisbouvier : Vous dites que votre proposition de table ronde avant l’élection n’a pas été entendue, pourquoi les chefs d’Etat voisins de le CEDEAO ne vous ont pas écoutés, ils sont allés si vite à cette élection.

A.O. Konaré : Peut-être avaient-ils le souci de contenir un incendie qu’ils voyaient apparaître. Ce n’était pas totalement notre appréciation. Mais comme je vous l’ai dit, ce n’est pas eux seulement, parce que la classe politique togolaise, y compris l’opposition est allée dans le même sens, à partir de ce moment, il ne faut pas être plus royaliste que le roi !

C. Boisbouvier : Abdoulaye WADE dit qu’on a voté trop vite au Togo, et que la Communauté internationale est tombée dans un piège. Qu’en pensez-vous ?

A.O. Konaré : Et bien ! C’est ce que j’ai dit tout à l’heure !

C. Boisbouvier : Est-ce que derrière la CEDEAO, la France n’a pas également joué un rôle négatif dans cette précipitation ?

A.O. Konaré : Je n’ai pas d’indication dans cette direction, mais, il y a le cas de M. DEBBASCH ! Il faut qu’on en finisse avec les debbascheries ! On ne peut pas continuer par garder Debbasch, comme on a gardé Bob Denard pendant des années. Des mercenaires de cette nature-là, il faut qu’on en finisse

C. Boisbouvier : Après l’élection, il y a eu plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de morts comme le dit la FIDH. Demandez-vous une commission d’enquêtes internationale au Togo ?

A.O. Konaré : Faure a mis en place une commission nationale, c’est une bonne chose. Mais je pense que pour la crédibilité de l’enquête, il serait bon que cette commission soit une commission internationale. Il ne faut pas que nous continuions à balayer la chambre et à mettre la poussière sous le lit. Le Togo a besoin de vérité pour consolider le processus démocratique.

C. Boisbouvier : 30.000 Togolais ont déjà fui leur pays et d’autres continuent d’arriver dans les pays voisins, comment réagissez-vous ?

A.O. Konaré : Oui, c’est une situation inadmissible déplorable ; il faut donc rassurer les gens, créer un climat de confiance, et s’il y a des règlements de compte, arrêter cela, s’il y a des attaques, les arrêter. Je pense que la mission va aider à cela, avec les autorités de la CEDEAO et les autorités togolaises.

C. Boisbouvier : Alors, vous parlez de compromis, de dialogue, de fait on va vers un gouvernement d’union nationale, mais quelle sera la légitimité de ce gouvernement si le principal parti d’opposition, l’UFC n’en fait pas partie.

A.O. Konaré : C’est clair pour moi qu’il faut un gouvernement de partage et un gouvernement équilibré. Mais un gouvernement pour quoi d’abord ? Parce que si on met en place un gouvernement et qu’on ne connaît pas les objectifs de ce gouvernement, je crois qu’on n’aboutira pas, et je pense qu’aujourd’hui, il y a un besoin de faire des réformes politiques : la révision de la Constitution, d’un certain nombre de textes, la réforme de la loi électorale. Je pense aujourd’hui qu’il y a des cas, je pense à la famille Olympio, je pense même au Président Eyadéma, je pense aussi au Premier ministre Agbéyomé et au ministre Boko. Je pense que tout ceci doit être vu par un gouvernement qui doit se mettre au travail avec des gens de qualité. Alors, si les objectifs de ce gouvernement ne sont pas précisés, on va dans la confusion. C’est des crises permanentes qu’on va avoir.

Maintenant, si on devait faire un gouvernement qui exclut une partie de l’opposition dite radicale, que ce soit l’UFC ou un autre, mais on n’aura rien réglé !

Je pense aujourd’hui, honnêtement, qu’il faut vraiment aller vers des négociations sérieuses. Ne pas jouer sur la division ou le débauchage. Parce que ce que vous débauchez, vous les détruisez, et çà ne règle pas le problème !

Vous savez que, peut-être, une des raisons pour lesquelles, les problèmes togolais n’ont pas trouvé de solution, je le dis et je l’assume, c’est à cause de cette division de l’opposition. Donc, si on divise cette opposition en faisant venir des gens, on crée une logique de partage de gâteau, d’aller à la soupe, et cela n’a jamais rien réglé !

C. Boisbouvier : Alpha Oumar Konaré, je vous remercie !

 

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