Hommage

Akouté Paulin : Grand syndicaliste et pionnier de l’indépendance togolaise

, le 13 octobre 2003, publié sur ufctogo.com

Dans un précédent article, nous avions évoqué le parcours d’un illustre togolais, Martin Komla Aku, Fils du Révérend Pasteur Andréas Aku, l’un des tout premiers pasteurs togolais de la Mission Evangélique à être formés en Allemagne. Ce médecin de formation fut le premier député togolais à siéger à l’Assemblée nationale française.
Pour avoir joué ce rôle ô combien capital dans la représentation de notre pays en France dans la période 1946-1951 , il a sa place dans le gotha des personnalités de premier plan de notre pays, celles qui ont œuvré avec foi et bravoure pour son entrée dans la communauté internationale. Mais pour des intentions futiles, elles ont été laissées aux oubliettes par ceux qui prétendent être des artisans d’un certain renouveau .

 

Des personnalités de l’envergure de Martin K. Aku, le Togo en compte tant, malgré sa petite taille, mais elles sont malheureusement inconnues de la jeunesse. C’est alors l’opportunité de vous parler d’un autre compatriote, Paulin Sêvi Akouété. Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage ou n’ont jamais entendu parler de lui, il fut le principal leader des syndicats qui à l’époque avaient soutenu le combat pour l’indépendance .

Reconnaissable par les tatouages Péda, son ethnie d’origine, Paulin Sêvi Akouété a officiellement vu le jour en mars 1902 à Grand-Popo (Pla ) ; ancien et légendaire port de la côte ouest-africaine ; qui se retrouve aujourd’hui en territoire béninois suite à la balkanisation du continent africain du fait colonial. A la fin de sa formation scolaire acquise dans sa ville natale, ce jumeau qui avait perdu son second aussitôt leur naissance ; avait manifesté l’ardent désir de devenir prêtre de l’Eglise catholique. C’est ainsi qu’il entrera alors au Séminaire Saint-Gall de Ouidah avant d’abandonner par manque de vocation. Il deviendra alors instituteur de l’enseignement primaire et c’est dans la ville d’Anécho qu’il débuta sa carrière avant de la poursuivre à l’Ecole de la Route d’Anécho, une institution scolaire située dans le quartier Assiganto qui a formé bon nombre de cadres togolais aujourd’hui à la retraite. Pour raison de santé, cet homme craint par l’administration coloniale française pour ses prises de position sera détaché au Service de l’Enseignement où il servira en qualité de Secrétaire d’académie de 1934-1947. C’est ainsi qu’il sera élu à la tête du mouvement syndical naissant du Togo jusqu’à la fatidique date du dimanche 13 janvier 1963 à laquelle Sylavnus Olympio alors Président de la République togolaise sera froidement assassiné par un groupe de soldats démobilisés de l’armée française et téléguidés.

Ancien membre de l’Assemblée Représentative du Togo (ART), Paulin Sêvi Akouété en sa qualité à l’époque de principal leader des syndicats avait été d’un soutien de taille dans la lutte pour l’indépendance du Togo. Ce fut sous sa direction que les syndicats s’étaient mêlés au combat pour l’affranchissement de l’intrépide peuple togolais du joug colonial. Cette collaboration entre politiques et syndicats a été franche dans l’aboutissement de la noble lutte. Les syndicats qui par essence ont pour rôle la revendication d’intérêts professionnels changèrent de fusil d’épaule en apportant leur précieux concours au dynamisme des partis nationalistes. Sur la quarantaine de syndicats de salariés recensés à l’époque au Togo, plus de la moitié se constituèrent en une Centrale baptisée Union des Syndicats Confédérés du Togo (USCT), détachée de la Confédération Générale des Travailleurs (CGT) métropolitaine. Après la mémorable victoire des partis nationalistes à la suite des élections du 27 avril 1958 organisées et supervisées par les Nations-Unies, le principal leader des syndicats se retrouvera dans le cabinet mis sur pied par Sylvanus Olympio en qualité de ministre du Travail, de la Fonction publique et des Affaires sociales. A la fin de la 1ère République togolaise, ce grand syndicaliste souvent cité de son vivant par le défunt président guinéen Ahmed Sékou Touré ; pour avoir aussi oeuvré dans le cadre de l’Union Générale des Travailleurs de l’Afrique Noire (UGTAN), se réfugia pendant plus de trois décennies à Grand-Popo, sa ville natale, en s’éloignant de toute activité politique et syndicale. Atteint par l’âge, il est décédé le 12 octobre 1997 dans sa 96eme année. Inhumé au quartier Hunsoucoé-Plage, ses obsèques furent simples mais très riches en enseignement. Ceux qui ont le privilège d’avoir connu l’homme et apprécié sa hauteur d’esprit, avaient manqué de mots pour lui rendre hommage. Tellement, il fait partie de la génération d’aînés togolais qui à de divers degrés se sont donné corps et âme pour la cause de leur patrie. S’enrichir et frauduleusement en percevant de mirobolantes commissions à la suite des appels d’offres ou après l’écoulement de nos principaux minerais et produits de rente n’était pas dans les ambitions de ceux-là qui ont mis leurs efforts en commun pour débarrasser le peuple de l’étreinte coloniale .Ceux qui les ont suivis après, ont fait extraire (les phosphates de Kpomé, Hahotoé, Akoumapé...) qui ont été exportés par cargos entiers de même que nos principaux produits de rente (café, cacao, coton) sans se soucier d’un meilleur devenir de leurs administrés. Laissés à eux-mêmes, les jeunes togolais surtout sont également privés de leur histoire, la vraie. Ces dirigeants qui à longueur d’années persistent dans leur entêtement à s’imposer au peuple ont procédé à une réécriture de notre histoire alors qu’un esprit averti a si bien enseigné qu’on ne refait pas l’histoire ...

La connaissance de notre passé est plus que nécessaire. Et lorsque viendra le temps, une torche vive sera promenée ici et là pour sonder la profondeur abyssale de l’histoire togolaise.Y seront recensées toutes les figures emblématiques de la République. Ce travail effectué, gloire et honneur seront dignement rendus à tous ceux-là qui ont été à dessein méprisés. Leurs noms seront sur proposition bien étudiée affectés à des avenues, rues et principales artères à travers le pays, à des carrefours et places ; pourquoi pas à des écoles et institutions .Cette démarche sera de portée nationale, car ils sont peu les togolais de la jeune génération à connaître ou à avoir entendu parler des personnalités telles que Jonathan Savi de Tové, Namoro Karamoko, Gerson Kpotsra, Pédro Siru Olympio, Robert Koblavi Fiadjoe, Chef Pebi IV, Fio Agbano II, Hospice Dominique Coco, Rudolph Trenou, Paulin Freitas, Ignacio Anani Santos, Martin Aku, Hubert Kponton, Salomon Atayi, Boêvi Joseph Placca, Ben Apaloo, Messan Aithson, Pasteurs Robert Baëta, Andréas Aku, Samuel Quist, Christian W. Quacoe, Bayi Kada, Ernestine Adzrévor, Herman Attignon, Laurent Djagba, André Akakpo, Tsogbé Joseph, Ywassa Léonard, Emmanuel Gagli, Samuel Aquereburu, Boniface T. Dovi...

Rémy Fred AKOUETE
Sources :
- La Palpitante Quête de l’Ablodé de T.A. Godwin Tété
- Les journaux Crocodile août 1995,
- Le Reporter des Temps Nouveaux octobre 1998,
- Nyawo n°51 du 18.12.1997

 

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