Le vote des bêtes sauvages

Ahmadou Kourouma, un maître de la littérature africaine

par AFP , le 11 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

L’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, 76 ans, décédé jeudi à Lyon, s’était imposé comme un maître de la littérature du continent noir, traçant dans son oeuvre une histoire sans complaisance de l’Afrique à travers ses pires errements.

 

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Il est décédé dans le service de neurocardiologie d’un hôpital lyonnais où il avait été admis pour l’opération d’une tumeur bénigne il y a trois semaines, selon sa veuve. Il vivait dans le VIIIe arrondissement de la ville depuis les événements en Côte d’Ivoire fin 2002.

"Depuis la publication de son premier livre +Le Soleil des indépendances+ en 1970 jusqu’à +Allah n’est pas obligé+ (Prix Renaudot 2000), il a marqué la maison et tous ses lecteurs par la richesse de sa personnalité, son courage et son exceptionnel talent", ont affirmé les éditions du Seuil qui le publiaient.

Musulman et ancien "tirailleur sénégalais", il était aussi l’auteur de "Monnè, outrages et défis" et "En attendant le vote des bêtes sauvages". Venu tardivement à la littérature, ce mathématicien de formation au physique imposant a publié à 44 ans en France son premier roman, "Les soleils des indépendances".

Né en 1927 près de Boundiali (nord de la Côte d’Ivoire), Ahmadou Kourouma fait ses études à Bamako, au Mali, et sert dans l’armée française, de 1950 à 1954, pendant la guerre d’Indochine, avant d’étudier à Paris et Lyon. Il retourne dans son pays après l’indépendance, en 1960, avec une épouse française et de solides convictions communistes.

Mis à l’index par le régime du président Félix Houphouët-Boigny, il passe dans les années 60 cinq ans en exil en Algérie, regagnant la Côte d’Ivoire en 1969 pour travailler sur une pièce de théâtre "Le diseur de vérité" présentée en 1974.

"enfant-soldat"

Houphouët-Boigny, qui préfére le tenir à distance, le nomme alors directeur de l’Institut international des assurances de Yaoundé, au Cameroun, où il demeure dix ans, avant d’occuper un poste équivalent au Togo pour une autre décennie. Une nouvelle critique des politiques post-coloniales en Afrique, "Monné, outrages et défis", connaît un succès d’estime mais pas en librairie.

Il reçoit en 2000 le prix Renaudot pour son livre "Allah n’est pas obligé", racontant l’épopée hallucinée d’un "enfant-soldat", Birahima, en Afrique occidentale. Les démons du Liberia et de la Sierra Leone, avec leurs massacres et leurs enfants-soldats, hantent le roman comme ils menaçaient alors la Côte d’Ivoire.

L’originalité du livre tient dans son style : Birahima, qui vit une situation horrible, ne maîtrise pas les mots des adultes. Pour raconter "sa vie de merde", il a sans cesse recours à quatre dictionnaires : le Larousse, le Robert, l’inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire et le Harrap’s. "Ils me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer", dit l’enfant, désireux d’être lu par "toutes sortes de gens".

Ainsi, Kourouma, nourri des traditions de la culture malinké dont il est issu, introduit dans ce récit, truffé aussi de jurons africains, distance et humour.

Son ouvrage précédent, "En attendant le vote des bêtes sauvages" (prix du livre Inter 1999), est une féroce satire des chefs de juntes militaires africaines, largement inspirée du parcours du chef de l’Etat togolais, le général Gnassingbe Eyadema.

Le titre de cet ouvrage consacré à la critique du processus de démocratisation en Afrique, est inspiré d’une remarque que lui fit un cuisinier alors qu’il résidait au Togo : "Si les hommes refusaient de voter pour Eyadema, les bêtes sortiraient de la brousse pour voter pour lui".

PARIS, 11 déc (AFP) - 11/12/2003 18h47

 

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