Présidentielles

Ah, ces “ troisièmes ” mandats !

par Le messager (Cameroun) , le 27 juin 2005, publié sur ufctogo.com

Au Togo, le général premier putschiste et présidencide du continent, Etienne Gnassingbé Eyadema, qui est au pouvoir depuis on ne sait plus combien de temps après avoir assassiné Sylvanus Olympio, le premier président de son pays, promet à son homologue français et à la commission de l’Union européenne, de ne plus briguer la présidence à la fin de son dernier mandat en cours. Il se dédira ensuite et modifiera la constitution pour se porter candidat une énième fois. Il se présente à l’“ élection ”. Il “ gagne ”, naturellement. Coups de gueule au Togo et menaces outre-Atlantique. Rien n’y fait. Dieu lui-même et la mort s’en mêlent.

 

Les constitutionnalistes organiques d’Afrique sont à la peine ces derniers temps. Chacun doit trouver, dans son pays, les raisons et les formules qui tiennent apparemment la route, pour justifier la possibilité de maintien au poste du président de la République au-delà de ce que devrait être son dernier mandat constitutionnel.
Au commencement de la “ « “démocratie” » ” post-coloniale moulée dans les partis uniques, on était “ élu ” pour un mandat de 4, 5 ou 6 ans. Renouvelable. Point final. Et, au terme de chaque période, le “ peuple ” suppliait le “ grand Camarade ” de bien vouloir accepter le sacrifice patriotique de se représenter à la prochaine “ élection ”, en vue d’un autre mandat de salut public.
Sauf rares exceptions, le grand et dévoué Camarade se pliait docilement à la volonté populaire ainsi exprimée par les caciques du régime. Il ... acceptait de bon cœur de rempiler. Et l’avenir de chacun s’en trouvait assuré, garanti. Et le scrutin n’était plus qu’une simple formalité légale, un culte d’actions de grâce célébré sur toute l’étendue du territoire national, en un jour constitutionnellement convenu.

Quand la mort, quelque évènement surprenant ou un retrait volontaire, venait à interrompre inopinément le cours normal du mandat, pas de panique ! La Constitution régalienne avait tout prévu pour la succession, au nom du successeur près. On se rappelle la démission “ précoce ” du Tanzanien Julius Nyerere, du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, du Camerounais Ahmadou Ahidjo. Les coups d’Etat, c’était une autre histoire, un accident de la circulation, jadis aussi fréquent que les accidents routiers...

Au commencement, c’était donc comme ça. Puis vinrent la “ pérestroïka ”, la “ glasnot ”, 1989 et la chute du Mur de Berlin, le “ Vent d’Est ”, le discours de la Baule, les conditionnalités des bailleurs de fonds occidentaux, les “ années de braise ”, et tutti quanti. Puis vinrent “ l’ouverture démocratique ”, le multipartisme marron, les lois sur les libertés poudre aux yeux...
Ici et là, on badigeonna la constitution, essentiellement pour limiter le nombre des mandats présidentiels. Ca fait plus “ démocratique ”, semble-t-il : personne, sauf les rois, n’a le droit d’occuper éternellement le pouvoir qui, comme on le sait, use. Il faut passer la main. Alternance, alternance, alternance. C’est le leitmotiv en vogue. L’alternance n’a que très rarement eu lieu depuis lors, mais il fallait en adopter le principe en fixant une limite constitutionnelle au nombre des mandats, et pas forcément à l’étendue des pouvoirs du président. Il s’agit d’éviter le retour à la dictature, ou du moins la sclérose.
Une quinzaine d’années plus tard, c’est le reflux. On revient aux années soixante. Surtout chez les francophones du pré-carré françafricain.

- Au Togo, le général premier putschiste et présidencide du continent, Etienne Gnassingbé Eyadema, qui est au pouvoir depuis on ne sait plus combien de temps après avoir assassiné Sylvanus Olympio, le premier président de son pays, promet à son homologue français et à la commission de l’Union européenne, de ne plus briguer la présidence à la fin de son dernier mandat en cours. Il se dédira ensuite et modifiera la constitution pour se porter candidat une énième fois. Il se présente à l’“ élection ”. Il “ gagne ”, naturellement. Coups de gueule au Togo et menaces outre-Atlantique. Rien n’y fait. Dieu lui-même et la mort s’en mêlent. Rien n’y fait, puisque, avec l’aide des militaires, la complicité de la France et du syndicat des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest et du Centre, le fils Faure Gnassingbé assure la prolongation et la non-limitation du mandat et du règne continu de la dynastie familiale...

- Au Gabon, pas rigolo pour un sou contrairement à ce que prétendent certains, le père Albert Bernard Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis près de quarante ans, gomme lui aussi la limitation absurde, qui relève d’une autre culture, d’une culture d’importation. Il va se présenter à nouveau, pour “ gagner ”, naturellement, ce fameux “ troisième ” mandat. Là aussi, avec un fiston dans le pipe-line, le scénario togolais n’est pas loin...

- Au Tchad, le chef de guerre qui a pris le pouvoir à N’Djamena et s’y est incrusté depuis plus de dix ans, vient de “ gagner ” son référendum constitutionnel, qui lui ouvre la voie à son “ troisième ” mandat, qui ne sera pas le dernier, évidemment. Ne craignez nullement pour son état de santé. On est toujours assez bien portant (on ne peut même pas être malade.), on est toujours assez fort, quand on est président, pour continuer à l’être. Heureusement pour nous !

- Blaise Compaoré du Burkina Faso, qui avait “ rectifié ” son presque frère et plus que ami Thomas Sankara en octobre 1987, qui a pris sa place et qui s’y maintient depuis dix-huit ans aujourd’hui, avait modifié la constitution pour limiter les mandats présidentiels à deux. Mais, avec l’épidémie actuelle de “ troisième mandat ”, il a trouvé le courage et les “ arguments ” pour signifier qu’il n’est point personnellement concerné par cette disposition. Heureusement pour lui et pour la Nation “ des Hommes intègres ” ! Que deviendraient-ils si Blaise ne pouvait plus offrir son immense et inégalable talent à leur service ?
D’ores et déjà, son parti propose sa candidature pour son... premier mandat. N’en riez surtout pas : il n’est pas rigolo, lui non plus ! Il est dans le vent...

- Le Cameroun, c’est le Cameroun ; mais il n’en demeure pas moins, lui aussi, dans le vent... Du changement (constitutionnel). En 1996, on a limité à deux le nombre de mandats présidentiels possibles, et porté de cinq à sept ans leur durée. Paul Biya qui, à cette date-là, accomplit ses quatorze premières années à Etoudi, inaugurera son nouveau “ premier ” mandat en 1997. Son second septennat “ gagné ” en octobre 2004 est théoriquement le dernier et se termine théoriquement en 2011. Dans bientôt, très bientôt donc...
Et déjà, des voix montent, des motions et autres appels se concoctent, pour fustiger la limitation des mandats, et réclamer la modification de cette unique disposition anti-démocratique de la constitution de 1996 qui emmerde les parents, amis et sangsues de “ l’Homme du 6 novembre ”, dont le régime leur assure nourriture, influence et impunité.
Malheureusement, l’unanimité ne s’est pas encore établie sur cette vision. Il y a les prétendus légalistes qui demandent de ne pas toucher à cette constitution, mais de la respecter et de l’appliquer enfin intégralement. Il y a les “ vandales ”, les esprits chagrins et autres dénigreurs systématiques, qui en ont carrément marre d’un président absent, budgétivore, inefficace et pourvoyeur de corruption, de répression, de fraude et de misère.

Une idée originale de compromis citoyen : au lieu de supprimer la limitation des septennats, on pourrait ramener de nouveau le mandat à cinq ans, renouvelable une fois. Cela aurait le double mérite de plaire aux contestataires qui trouvent trop longs les sept ans, et de donner à Biya la latitude de solliciter, en toute légalité et “ démocratie ”, son premier quinquennat en 2011, et le second et dernier en 2016.
On verrait ensuite si, en 2021, on pourrait revenir à deux septennats. Pour qu’il recommence, en évitant chaque fois ce “ troisième mandat ” si controversé...
Génial, non ?

Par Daniel Rim - Le Messager (Cameroun)

 

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