Droits de l’homme

Accusé Eyadéma, levez-vous !

par Afrique-Asie , le 2 avril 2001, publié sur ufctogo.com

La commission d’enquête internationale chargée par l’OUA et l’Onu de faire la lumière sur les allégations de massacres au Togo en 1998, avant et après l’élection présidentielle, et rapportées par Amnesty International, a rendu son rapport. Il conclut à l’existence de "violations systématiques des droits de l’homme" au Togo.

 

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Le tamdem Eyadema-Chirac

En mai 1999, Amnesty International avait publié un rapport au vitriol, Règne de la terreur au Togo sous le régime du président Gnassingbé Eyadéma, qui faisait état de violations massives et systématiques des droits de l’homme au Togo. La plus célèbre organisation de défense des droits de l’homme avait alors accusé : "En juin 1998, pendant la campagne pour l’élection présidentielle et après la proclamation des résultats, des centaines de personnes, dont des militaires, ont été exécutées de manière extrajudiciaire". Leurs corps, qui auraient été largués en pleine mer depuis des avions, ont ensuite échoué sur les plages au Togo et au Bénin voisin.

Les oreilles du président français Jacques Chirac ont dû siffler, le 21 février dernier, lors de la publication du rapport de la commission d’enquête chargée par l’Onu et l’OUA de faire la lumière sur ces allégations d’Amnesty, réfutées par le pouvoir togolais.
En effet, lors d’une visite au Togo en juillet 1999, donc deux mois après la publication du document incendiaire d’Amnesty, Jacques Chirac avait pris fait et cause pour son ami, le général Gnassingbé Eyadéma. "Il s’agit là, dans une certaine mesure, d’une opération de manipulation, car il n’y aucun témoignage, et on peut se demander d’où proviennent les informations d’Amnesty et qui en est à l’origine", avait-il imprudemment déclaré, reprenant quasiment mot pour mot les arguments de Lomé.
Le gouvernement togolais, plein de rage, avait chargé un collectif d’avocats, emmené par le flamboyant Jacques Vergès, de poursuivre Amnesty International pour diffamation, et avait réclamé, parallèlement, qu’une commission internationale indépendante se saisisse du dossier et conduise une contre-enquête.
Or, mauvaise surprise pour Gnassingbé Eyadéma : le rapport de ladite commission de trois membres, créée en juin 2000 par l’Onu et l’OUA, arrive aujourd’hui comme un coup de grâce asséné au peu de crédibilité dont jouissait encore ce régime sur le plan international. Il a en effet bel et bien conclu à l’existence de "violations systématiques des droits de l’homme" et demande aux autorités togolaises d’en poursuivre les auteurs.

Dans ce document de trente-sept pages, rédigé après une mission de cinq semaines sur le terrain et à partir de "plus de cent témoignages" - dont ceux de pêcheurs béninois ayant indiqué quelques tombes de cadavres rejetés par la mer - , les trois enquêteurs estiment avoir "la conviction que les allégations concernant les exécutions extrajudiciaires perpétrées au Togo devraient être prises en considération". Ils affirment en outre que "plusieurs éléments semblent indiquer qu’elles seraient le fait de personnes liées à des forces de sécurité, à la gendarmerie et à des milices armées, apparemment soutenues et encouragées par le Premier ministre, Agbeyomey Kodjo, [qui] en plus d’exécutions extrajudiciaires, se seraient rendues coupables de tortures de détenus, de viols et d’enlèvements de femmes".

Soulignant que les exécutions "ont visé spécialement les militants des partis politiques de l’opposition", les rapporteurs de l’Onu et de l’OUA - un Tchadien, un Mauritanien et un Brésilien - regrettent de ne pas avoir eu le temps ni les moyens de confirmer le nombre exact des corps, ni le fait qu’ils aient été largués en pleine mer par des avions. Ils recommandent par conséquent aux deux organisations de nommer de nouvelles équipes d’experts pour poursuivre l’enquête.

Par ailleurs, ils font état d’un "dialogue laborieux entre le gouvernement togolais et la commission" spécialement pour obtenir, auparavant, le retrait de la fameuse plainte pour diffamation qu’il a déposée contre Pierre Sané, président d’Amnesty International, ainsi que des garanties écrites pour la protection des témoins. Détail dévastateur, le rapport d’enquête révèle que Lomé "a usé de manœuvres d’intimidation et de corruption" à l’encontre des témoins [1] .

A Amnesty International, on affiche sa satisfaction : "Il n’y a pas de remise en cause de notre travail. Pour nous, c’est un très bon rapport, qui va même plus loin que ce que nous demandions en appelant à la nomination d’un rapporteur spécial de l’Onu pour les droits de l’homme au Togo."

Gilchrist Olympio, pour sa part, donne dans l’ironie grinçante : "Au Togo, nous vivons dans un monde un peu surréaliste et fantaisiste. C’est un peu Alice au pays des merveilles à l’envers", a-t-il déclaré sur une station de radio internationale, non sans rappeler que "M. Eyadéma" l’avait déjà accusé d’avoir corrompu le chef de la mission d’observation de l’Union européenne lors de l’élection présidentielle de 1998.

Côté gouvernement togolais, le Premier ministre Agbeyomey Kodjo, nommément mis en cause par l’avocat tchadien Mahamat Abakhar Hassan, président de la commission internationale d’enquête, n’a pas de mots assez durs pour qualifier le travail des enquêteurs : "C’est un rapport décousu et marqué par de graves irrégularités, comme en témoignent d’ailleurs les appréciations du secrétaire général de l’OUA et de celui de l’Onu". Il s’en prend ensuite avec une rare violence à Mahamat Abakhar Hassan, "dont les commentaires démontrent le parti pris flagrant et révèlent au grand jour sa collusion avec Pierre Sané [et Amnesty International] dans leur rôle d’instrumentalisation des organismes de défense et de protection des droits de l’homme à des fins politiques". Ce qui ne l’a pas empêché d’estimer dans la foulée que la commission internationale honnie a "rendu hommage au Togo, qui est un pays de droit, pour les efforts qu’il déploie en matière de droits de l’homme". Comprenne qui pourra.

En tout cas, avec ce rapport, le Togo se trouve encore un peu plus isolé sur la scène internationale et des signes de panique se multiplient de la part d’un pouvoir désormais mis à nu.

Par Bernard Coovi - Afrique-Asie

 

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Notes

[1] Un point d’autant plus embarrassant pour le pouvoir qu’il n’avait pas hésité à fournir à la commission d’enquête des faux documents accusant l’opposant Gilchrist Olympio d’avoir versé 500 000 dollars à Pierre Sané, président d’Amnesty (voir notre n° 137, de février 2001) en échange du fameux rapport de 1999.

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