Oléyia

Absence excessive à la maison : les épouses des conducteurs de taxis motos en colère

par Ekoué SATCHIVI , le 25 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

La conduite de moto-taxi (oléyia), le ramassage des ordures ménagères de porte à porte à partir des charrettes artisanales sont entre autres les petits boulots que bon nombre de jeunes loméens sont contraints d’ effectuer pour joindre les deux bouts.

 

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© USAID-Bénin

« Je suis très abattu après une éprouvante journée de travail ,mais une fois rentré chez moi, il me sera difficile de satisfaire madame si elle en manifestait le désir ». C’est en ces termes que n’a cessé de se maugréer au petit matin du 1er janvier 2004, un conducteur de taxi moto à la station de Bè-Gakpoto à Lomé. La dernière fois, a-t-il ajouté, j’ai subi la colère de ma compagne qui m’a annoncé ne plus tolérer mon absence excessive à la maison.

La conduite de moto-taxi (oléyia), le ramassage des ordures ménagères de porte à porte à partir des charrettes artisanales sont entre autres les petits boulots que bon nombre de jeunes loméens sont contraints d’ effectuer pour joindre les deux bouts. La trentaine révolue, Mathieu Nyatopé est un ancien étudiant en Lettres sorti de l’Université de Lomé en 1999. Orphelin de père depuis sa tendre enfance, il ne veut plus à son âge être une charge de plus pour sa vieille mère. Pour lutter contre le manque d’emploi, il accepta d’exercer faute de mieux, le métier de conducteur de moto-taxi à l’exemple d’autres jeunes de sa génération.

« Je suis le père d’un garçonnet de quatre ans et je me dois d’honorer mes responsabilités de père de famille » a-t-il ajouté lorsqu’il accepta de nous déposer à la paroisse Saint Augustin d’Amoutivé. Tout le long du trajet, Mathieu Nyatopé n’a cessé de raconter sa vie, qui ne diffère pas de celle de ceux qui malgré eux ont accepté s’engager dans le métier de taxi moto pour s’éviter l’ennui , le vice et le besoin.

Rien n’est facile dans la vie, mais le métier de conducteur de moto-taxi est éprouvant. Au premier chant du coq, ces jeunes sont les premiers à se lever pour y faire face et ne retourner chez eux au-delà de minuit. C’est leur façon à eux de contourner le chômage lorsque d’autres jeunes de leur âge, moins courageux sont des champions patentés de la consommation de mékoutsokloé ( l’alcool local tiré du vin de palme).

Pour notre interlocuteur, lorsqu’il rentre le soir, la plus importante de ses préoccupations est de prendre sa douche et d’aller au lit. Très fatigué, il réagit bien rarement aux provocations de sa compagne. Un comportement qui met mal à l’aise cette dernière qui ne tarit pas en jurons à son égard pour le rappeler à l’ordre. Pour dame Nyatopé, son mari sous le prétexte de ce travail, passe plutôt son temps à flirter en ville.

Le cas de Mathieu Nyatopé est celui d’autres jeunes de sa génération. Après un bon cursus scolaire, il est leur très difficile de trouver du travail. Il en est de même pour ceux qui croyant contourner le mal, se sont orientés vers l’apprentissage d’un métier manuel. Une formation terminée, ils se retrouvent sur le carreau. Faute de débouché, on devient conducteur de moto-taxi, un travail à la mode à Lomé. Pas de sot métier , car il nourrit son homme, mais il constitue un véritable enfer pour ceux qui l’exercent. Bon nombre de conducteurs doivent accepter les caprices des propriétaires de motos qui n’attendent le soir que pour empocher la recette journalière. D’autres sont des conducteurs occasionnels ; ceux qui prennent le relais des véritables propriétaires contre versement de commissions. Mais rentrés chez eux , le soir, ils doivent savoir composer avec les exigences de sa compagne, non seulement il est inacceptable de revenir les poches vides, mais il faut savoir être efficace au lit.
Des bras valides entre le marteau et l’enclume

En mal de boulots, les jeunes sont prêts à tout effectuer. Des gens formés, on en compte beaucoup. Ceux que l’on voit à longueur de journée à l’ombre des arbres prenant part à ces jeux de loisirs (cartes, lu do, dames), ces collecteurs de loto sport (london pool !), ces vendeurs de journaux à la criée ou de divers articles à la sauvette, ne sont pas pourtant des fainéants. Et si chacun se mettait à raconter sa vie ? Pour triompher lui de sa bien-aimée, Koffi Adékplovi, cet autre conducteur qui accepta de nous faire la monnaie, dit tirer son épingle du jeu par l’emploi de plantes médicinales (agbédédé, vie ) sur recommandation d’un ami. Un soir à son retour de travail, il s’était retrouvé dans une mauvaise ambiance ; à cause de l’accueil sans chaleur que lui réserva son épouse . Sous de fausses raisons, Sronin leur fillette d’à peine cinq ans a été fessée par sa mère sous prétexte que l’innocente était allée jouer avec les enfants des voisins. Au début, Koffi Adékplovi a failli tomber dans le jeu de son épouse. Mais grâce au concours d’un cohabitant, il a su être prévenant en mettant le paquet le dimanche pour être libre le lendemain, jour de repos de son épouse de tresseuse.
Par ce filon, la bonne entente est revenue dans le foyer. Madame est traitée avec tous les soins possibles. Un deuxième enfant a par la suite vu le jour et a pour prénom Gamélé(Espoir).. Depuis lors, l’aînée ne subit plus de bastonnades. La vie a retrouvé son cours normal au sein de ce jeune qui a frôlé l’éclatement.. Entre l’éprouvant métier de conducteur de moto-taxi et les exigence de son épouse, Koffi Adékplovi a depuis lors retrouvé le sourire pour avoir écouté et mis en application les conseils d’un voisin.
Ekoué Satchivi

 

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