Politique économique

Aide budgétaire, le piège

par Louise Koutema , le 8 octobre 2008, publié sur ufctogo.com

Le 18, 19 septembre dernier s’est tenu à Bruxelles la conférence des partenaires au développement du Togo. Les partenaires se sont engagés à accompagner le gouvernement togolais dans ses efforts de développement et des réformes.

 

Selon le représentant du secrétaire d’état français chargé de la coopération et de la francophonie, la France un des principaux partenaires à cette conférence,a décidé en 2008 d’allouer une aide budgétaire de 5 millions d’euros pour financer des mesures d’urgence, notamment la relance de la production vivrière. Elle envisage, en somme, sur la période de 2008-2012, faire un effort de quelques 215 millions d’euros au profit du développement du Togo.

Pour Le commissaire européen Louis Michel, au titre du 10ième FED, le Togo bénéficiera d’une allocation de base de 95,5 M€, auxquels s’ajoute une tranche incitative pour le programme de gouvernance de 25% pour un total de 123 M€ pour la période 2008-2013.
Il ajoute, « ceci m’amène aussi à plaider pour qu’on limite autant que possible les contraintes associées à la gestion de notre aide. Dans la mesure du possible, je souhaite que l’on mette en œuvre un appui budgétaire général ou sectoriel.
J’encourage vivement d’autres partenaires à se joindre à la Commission dans l’utilisation de cet instrument puissant en vue d’en optimiser l’efficacité. Ce n’est qu’à travers l’aide budgétaire que notre relation peut faire un saut qualitatif important. Il s’agira aussi d’un important signal de confiance dans la capacité du Togo à mettre lui-même en œuvre sa politique, avec ses propres procédures et ses priorités. »

Ces propos sensés nous rassurer et nous amener à penser à la fin ou du moins à l’allègement de la souffrance de nos populations, ont plutôt suscité interrogations et inquiétude en nous.

Comment comprendre cette plaidoirie pour une aide essentiellement budgétaire et pour une limite des contraintes associées aux aides ? Veut-on, nous faire croire que les dirigeants actuels qui nous ont prouvé en avril 2005 en marchant sur les cadavres des togolais, au cours du dialogue inte-togolais, au cours de la composition du bureau de notre fameuse assemblée nationale et à de nombreuses occasions, que leur seul objectif est la conservation du pouvoir par tous les moyens possible, sont devenus subitement de bons comptables ?

Les partenaires au développement sont-ils conscients comme les togolais, que ce pouvoir clanique est corrompu de la présidence en passant par les ministères, les directeurs de sociétés d’état, les régions, les municipalités jusqu’aux pauvres plantons de toutes les structures étatiques ?
Savent- ils que nos municipalités sont dirigés par des délégations spéciales, en d’autre termes des fonctionnaires corrompus qui n’ont pas de compte à rendre à la population ?

Nous le savons tous, la corruption est une conséquence inévitable de la volonté manifeste de conserver le pouvoir. Et pour y arriver, il faut corrompre, placer la famille, les amis, les proches, à des postes lucratifs et décisionnels. L’administration se retrouve alors pléthorique, partisane et surtout incompétente.
Il faut également investir massivement dans la sécurité d’une seule personne ou d’une poignée de personnes. C’est le cas malheureusement au Togo.
L’administration Togolaise est corrompue à tous les niveaux. Elle manque cruellement de ressources humaines qualifiées pour mener à bien les projets dans l’intérêt des populations. De l’aveu même du l’ancien ministre de l’emploi au cours d’une interpellation à l’assemblée nationale, les ministères manquent de cadres pour ficeler les dossiers et qu’ils sont obligé de faire venir des étrangers. Selon le ministre, les togolais qualifiés qui vivent au Togo ne veulent pas travailler dans l’administration et les autres sont partis vendre leur savoir faire à l’étranger. A qui la faute ?

Vu l’état actuel de l’administration togolaise, c’est avec une peur au ventre que certains partenaires s’engagent. D’autres pensent que ces aides risquent de tomber dans la poche des dirigeants, voire la caisse du parti au pouvoir pour financer les élections prochaines. De leurs dires, les élections présidentielles de 2010 sentent mauvaises et le Togo risque de connaître une situation pire qu’en avril 2005, que le Kenyan et le Zimbabwe.

Peut-on, alors, objectivement prêcher pour aider ce Togo malade de ses dirigeants, une aide essentiellement budgétaire et de surcroît sans une garantie de traçabilité comme le pense le commissaire européen ?

Nous pensons humblement que l’aide des partenaires doit être graduelle, moins budgétaire et contrôlée dans un premier temps, afin d’amener les autorités à des réformes politiques et économiques adéquates.
Les partenaires doivent savoir que le problème togolais avant d’être économique et social, est politique.
Ils se doivent alors, rapidement, d’accompagner le Togo dans les réformes constitutionnelles et institutionnels afin d’intégrer de la meilleure manière possible les réformes économiques dans un climat social apaisé.
Les réformes politiques doivent nous amener à l’organisation rapide des élections locales dans le cadre de la décentralisation, afin de permettre aux partenaires d’augmenter les aides dans une seconde phase. Des aides concentrées sur les élus locaux qui contrairement aux délégations spéciales sont tenu de rendre compte à leur population.
Ces élections locales prépareront le lit des présidentielles de 2010.

Enfin, la volonté manifeste du pouvoir actuel pour obtenir des aides, doit être aussi manifeste pour les réformes politiques et économiques. Ce qui n’est manifestement pas le cas.

Et si quelqu’un vous dit qu’au Togo, les opposants circulent, s’expriment librement, et que la paix sociale est retrouvée, dites lui qu’AKA (Atsutsé Kokou Agbobli) a été assassiné.

Louise Koutema

 

© Copyright Louise Koutema

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