Déclaration à la presse-UFC

A propos de l’élection présidentielle du 1er juin 2003

par UFC , le 17 juin 2003, publié sur ufctogo.com

L’UFC tient à vous féliciter encore une fois, pour le travail exemplaire que vous accomplissez, malgré les contraintes, les difficultés liées à l’environnement politique togolais. Nous exprimons ici toute notre compassion à l’endroit des familles de vos deux collègues du journal « L’événement » arrêtés depuis quelques jours. Nous vous remercions d’avoir répondu à notre invitation.

 

Cette rencontre aurait dû avoir lieu depuis plusieurs jours. Plusieurs personnes nous font le reproche d’avoir gardé le silence après avoir proclamé la victoire de notre candidat Emmanuel Bob Akitani et contesté les résultats aussi bien de la CENI que de la Cour Constitutionnelle. Les raisons de cette attitude sont simples.


D’abord, nous avons tenu à publier les preuves de nos affirmations. Ce n’est que depuis quelques jours seulement que nous avons pu rassembler la majorité des fiches de résultats de nos délégués qui n’ont pas été exclus des bureaux de vote ou chassés avant le dépouillement. Vous n’ignorez pas qu’après le scrutin du 1er juin 2003, une répression s’est abattue sur le pays, qui a contraint plusieurs militants délégués dans les bureaux de vote et donc détenteurs de fiches de résultats à prendre la fuite.


Ensuite nous avons voulu laisser toutes les institutions impliquées dans le processus électoral accomplir leur mission jusqu’au bout, afin qu’elles montrent à la face du monde leur degré de subordination ou d’allégeance au régime. Il a donc fallu laisser la Cour Constitutionnelle proclamer le résultat définitif pour constater qu’elle n’a procédé à aucune vérification des données erronées que lui a adressées la CENI, préoccupée qu’elle était d’octroyer au candidat Gnassingbé Eyadéma des suffrages qu’il n’a jamais obtenus en particulier dans la préfecture de Zio.

Vérification des données de la CENI :

Ainsi, l’examen du tableau X nous permet d’affirmer que les nombreuses erreurs grossières dans données de la CENI, sont le résultat d’un tripatouillage des chiffres qui n’ont plus aucun lien avec la réalité.

Si la Cour Constitutionnelle avait procédé à des vérifications en examinant les fiches de résultats transmis par la CENI, elle aurait constaté que la préfecture d’Amou a été amputée de 20 000 suffrages exprimés. Si elle n’a pas pu déceler ces erreurs, c’est qu’elle n’a pas procédé à ces vérifications. Si elle n’a pas pu procéder à ces vérifications c’est qu’il n’existe pas de fiches de résultat crédibles correspondants aux chiffres publiés.
Il est donc clair que les chiffres publiés par la CENI et confirmés par la Cour Constitutionnelle sont des chiffres fabriqués par ces institutions.
Nous sommes en mesure de confirmer aujourd’hui que le candidat Emmanuel Bob Akitani a bel et bien remporté les élections avec un score de 54,85%, suivi de Gnassingbé Eyadéma 33,90%.

Ce résultat est fondé sur les considérations suivantes :

Il provient d’une part du dépouillement contradictoire effectué dans les bureaux de vote des régions Maritime, des Plateaux, en présence des délégués des candidats de l’opposition, et d’autre part de bureaux de vote dont nous avons réussi à entrer en possession des fiches de résultat, en dépit de l’évidence que dans nombre de ces bureaux de vote, il y a eu : bourrage d’urne et falsification, sans compter le renvoi des délégués de l’opposition où les délégués des candidats de l’opposition ( Cas de Bassar, Tône, Tchamba etc..)
En revanche, dans les préfectures suivantes : Binah, Blitta, Dankpen, Doufelgou, Kéran, Kozah, Sotouboua, les délégués de l’opposition ont été, soit interdits de bureaux de vote, dès le début de l’opération, sous diverses raisons, les unes plus fallacieuses que les autres, soit chassés juste avant le début du dépouillement.

Les résultats publiés pour ces Préfectures, proviennent de dépouillements non contradictoires. Ils sont le produit d’un coup de force. Nous les contestons formellement et les rejetons catégoriquement. Ces résultats constituent une escroquerie et une provocation à l’endroit des valeureuses populations de ces préfectures qui ont exprimé leur soif inextinguible de changement. Si le régime Eyadéma était assuré du raz de marée dont il se prévaut dans ces préfectures, pourquoi n’a-t-il pas laissé les délégués de l’opposition le constater dans les bureaux de vote, lors du dépouillement comme le prescrit la loi ?

Le tableau n° B intègre dans les données du tableau n° A, les résultats plus favorables à Akitani Bob que ceux des fiches à notre disposition, dans quatre préfectures : Agou, Amou, Haho et Wawa, portant le score d’Emmanuel Bob Akitani à 58,90% contre 30,96% pour le candidat Eyadéma.
Bref dans les deux cas, le candidat de l’UFC/PFC est largement en tête. Il est donc l’élu du scrutin du 1er juin 2003.
La proclamation de la victoire de M. Gnassingbé Eyadéma par la Cour Constitutionnelle est un coup de force comme en 1998. C’est une forfaiture que le Peuple ne doit plus laisser passer. Halte au gangstérisme. Le Peuple togolais ne reconnaît pas la prétendue élection de M. Gnassingbé Eyadéma.

Les irrégularités et fraudes relevées

Les autorités togolaises qui ont imposé toutes seules les règles et conditions du scrutin, s’étaient engagées devant la communauté internationale, à organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Sur cette base, nous avons accepté de participer aux élections à leurs conditions pour démontrer à la face du monde que le Peuple togolais, dans son immense majorité, souhaite l’alternance démocratique dans la paix civile.

Malgré l’engagement ci dessus rappelé du pouvoir, nous avons été les témoins stupéfaits des fraudes et irrégularités suivantes organisées à très haute échelle :

-  La rétention massive, arbitraire et inégale de l’ordre de soixante pour cent (60%), des cartes d’électeurs dans les régions maritimes, des Plateaux considérées par le régime comme fief de l’opposition.
-  Le refus de l’accréditation de plusieurs de nos représentants auprès des CELI
(Commissions Electorales Locales Indépendantes), et dans les bureaux de vote ;

-  Le bourrage des urnes dès 4 heures du matin, avant l’heure légale d’ouverture des bureaux de vote, fixée à 6 heures 30.

-  L’usage des cartes d’électeur illégalement et arbitrairement retenues par l’administration, pour un vote rémunéré en faveur de Monsieur Gnassingbé Eyadéma.

-  La destruction et l’incendie de bulletins de vote émis par les forces de sécurité qui ont voté 72 heures avant la date du scrutin.

-  La fermeture de certains bureaux de vote dès midi trente (12 h 30mn) alors que l’heure de la fermeture est fixée par décret est à 17 h 30mn ;

-  Le ramassage par les forces de l’ordre dans certains bureaux de vote, des urnes non encore dépouillées, pour des destinations inconnues, en violation de la loi électorale ;

-  Le renvoi systématique des délégués des candidats de l’opposition de nombreux bureaux de vote, dès le début des opérations électorales, ou au moment du dépouillement, notamment dans les régions Centrale, de la Kara et des Savanes, en violation de la loi ;

-  La dispersion manu militari par les forces de l’ordre, des électeurs restés dans les centres de vote au moment des dépouillements, justement pour suivre le dépouillement comme la loi les y autorise ;

-  La modification des résultats des votes en faveur du candidat du RPT, dans les locaux des CELI ;

-  La distribution massive contre rémunération de bulletins pré-votés en faveur du candidat du RPT,

-  La distribution massive contre rémunération de Cartes d’électeurs, à des mineurs, étrangers et autres personnes non habilitées à voter ;

-  L’intimidation et la répression généralisée à l’endroit des électeurs et des électrices ;

LES VIOLENCES ET LA CHASSE A L’HOMME

L’élection présidentielle du 1er juin 2003, s’est déroulée dans un contexte de violence, mise en œuvre par le régime pour empêcher l’expression de la volonté populaire.

Les violences ont commencé plusieurs mois avant la date du scrutin. Nous n’avons pas manqué d’attirer l’attention de l’opinion sur ces violences.

Violence pendant la campagne :
Dans plusieurs localités, notamment dans les préfectures de Blitta, Wawa, etc.., les responsables ou militants de l’UFC ont été victimes de brimades de tout genre de la part des chefs cantons, de préfets ou des forces de l’ordre, brimades visant à empêcher ou désorganiser la campagne du parti dans ces localités. Le 27 mai, les milices du RPT ont tenté d’empêcher le meeting de l’UFC à Atakpamé et à Anié.
Le mardi 28 mai, à Badou, le meeting de l’UFC a été dispersé par la milice locale du RPT qui a attaqué la foule devant les forces de l’ordre restées passives. Il y a eu des blessés graves.

Violence le jour du scrutin

Le 1er juin 2003, jour du scrutin présidentiel, a connu des actes d’une violence peu commune dans notre pays, un jour d’élection. Décidés à frauder par tous les moyens, les activistes du régime, les préfets, notamment les préfets de Zio, de Blitta, de Doufelgou, etc..., aidées souvent par des agents des forces de l’ordre, n’ont pas hésité à faire preuve d’une extrême brutalité, allant jusqu’à des assassinats.
Ainsi, M. Kossi Egbla, responsable UFC du village de Djagblé, a été abattu à Avéta, préfecture de Zio, par les forces de l’ordre alors qu’il venait de découvrir au domicile du chef du village de Gnamadi, des centaines de bulletins pré-votés en faveur du candidat Gnassingbé Eyadéma.

M. Kokou Akama, élève de 15 ans, est également mort par balle le jour du scrutin, à Tsévié, préfecture de Zio.
M. Komi Eklutsé Kpoédzou, 13 ans, élève en classe de 6ème au CEG de Kpadapé, fils d’un responsable de l’UFC de Kpadakpè a perdu la vie le 1er juin, mortellement atteint par une balle tiré par un agent des forces de l’ordre.
Au total, selon les informations portées à notre connaissance, il y a eu quatre morts le jour du scrutin. Et plusieurs blessés graves.

Violence les jours qui ont suivi le scrutin

Pour « punir » les militants de l’opposition sur toute l’étendue du territoire national d’avoir osé faire campagne contre le parti au pouvoir, le régime a déclenché une chasse à l’homme généralisée.
Les 2 et 3 juin 2003 le siège de l’UFC a été à plusieurs reprises la cible d’agressions des forces de l’ordre qui ont fait un usage abondant de grenades lacrymogènes.
Face à cette situation, plusieurs dizaines de citoyens ont dû prendre la fuite vers les territoires voisins.
Le mardi 3 juin 2003, vers 9 h 30 du matin. MM Patrick Lawson et Jean-Pierre Fabre, respectivement Troisième Vice-président et Secrétaire Général de l’UFC ont été kidnappés par la Police, alors qu’ils venaient de sortir du domicile de M Jean-Pierre FABRE.
Interrogés toute la journée au sujet de barricades dans le quartier de Bè et d’incendies de stations d’essence le 7 mai 2003 à Lomé, ils ont été présentés menottés, au Procureur de la République le même jour vers 22h 30 et au juge d’instruction à 23 h pour être inculpés « de trouble à l’ordre public et de complicité de trouble à l’ordre public ». Ils sont laissés en liberté provisoire. Il leur a été demandé de ne pas quitter le territoire sans prévenir les autorités compétentes

Le mercredi 4 juin 2003, le Président de la Jeunesse des Forces de Changement (JFC), Daniel Koffi Aganon a été interpellé par la Police. Il y est toujours détenu dans de très mauvaises conditions.

Le samedi 14 juin 2003, trois Journalistes ont été interpellés par les forces de sécurité. Il leur est reproché entre autres, de s’apprêter à publier des photos de militants de l’UFC blessés par balles à Agou, le lendemain du scrutin présidentiel.

Le samedi 14 juin, M. Léopold Gnininvi, Secrétaire Général de la CDPA, a été interpellé, au motif qu’il a déclaré lors d’une interview sur une radio, que M. Emmanuel Bob Akitani est le vainqueur réel du scrutin du 1er juin 2003. Il a été entendu toute la journée avant d’être relâché.

Que ce soit à Tado, à Atakpamé, à Bassar, voire à Lomé, cette « chasse à l’homme » se poursuit jusqu’à ce jour. En particulier à Lomé, au quartier Tokoin Gbadago, ce sont les activistes du parti au pouvoir, le RPT, qui ont roué de coups Mme Assaré, une militante de l’UFC âgée de 80 ans. Elle se trouve actuellement sous traitement.

A propos des « observateurs ».

Le gouvernement togolais a invité tout frais payés, une centaines d’individus juste attirés par l’appât du gain ; ils se présentent comme des observateurs.
Aucune organisation crédible d’observation : GERDDES-Afrique, National Democratic Institute (NDI) Observateurs de l’UE, etc..., n’a été acceptée par le gouvernement togolais, malgré les propositions et demandes déposées dans les délais. Nul n’ignore que ceux que le gouvernement a accepté d’accréditer n’étaient que des observateurs de complaisance. Ils avaient pour mission de fermer les yeux sur les fraudes et irrégularités massives de tout le processus jusqu’au scrutin du 1er juin 2003.

Les observateurs de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) après avoir manifesté un semblant d’objectivité se sont finalement montrés tout aussi complaisants que les autres.

En guise de conclusion.

Malgré les fraudes massives signalées plus haut, la détermination et la résistance de nos délégués ont permis à notre parti de disposer de chiffres fondés sur des Fiches de résultat signées par les membres des bureaux de vote.
L’examen de ces chiffres en fonction des fraudes, nous permet d’affirmer que nous avons gagné l’élection présidentielle du 1er juin 2003.

L’Union des Forces de Changement (UFC) a toujours manifesté son attachement à des méthodes de lutte politique et de contestations pacifiques pour faire triompher la cause du changement et de l’alternance politique ;
Dans le souci de préserver la paix civile, nous demandons la confrontation de nos résultats avec ceux proclamés par la Cour Constitutionnelle.

Cette confrontation s’impose. Nous demandons que cette confrontation qui a un caractère purement technique soit placée sous le contrôle et la supervision d’une autorité neutre et indépendante.

Sur la base des conclusions de cette autorité, chaque candidat devra accepter de reconnaître la victoire de celui qui aura recueilli le plus grand nombre de suffrages.

L’UFC en appelle à la communauté internationale, en particulier : ONU, UA, UE, pour qu’elle se préoccupe plus sérieusement de la situation togolaise grave qui dure depuis plus d’une décennie. En particulier l’UFC invite cette communauté internationale à se départir de la position complice et complaisante, voire criminelle des autorités françaises.

L’UFC en appelle par dessus tout au Peuple togolais dans toutes ses composantes pour qu’elle persévère dans sa détermination et qu’elle entreprenne toutes les démarches, toutes les actions susceptibles d’assurer sa libération du joug de la dictature du RPT.

L’UFC quant à elle, prend l’engagement solennel de tout mettre en œuvre pour défendre la victoire de tout le Peuple. Que les autorités de fait de notre pays ne s’attendent pas à la réédition de 1998 !

Fait à Lomé, le 17 juin 2003

Le Directeur de campagne,
Jean-Pierre FABRE

 

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