Présidentielle

A la veille de l’élection présidentielle au Togo, l’opposition redoutait un mauvais coup de l’armée

par Le Monde (France) , le 24 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Le Togo devait élire, dans une atmosphère lourde de menaces, dimanche 24 avril, son nouveau président de la République, après trente-huit ans de règne du général Eyadéma Gnassingbé. Si l’on s’en tient à l’impression visuelle dégagée par les rues de la capitale, la victoire de son fils, Faure Gnassingbé, ne fait aucun doute. Pas un carrefour, pas un emplacement stratégique où le portrait de "Faure" frappé de son emblème, l’épi de maïs, ne s’affiche sur d’immenses panneaux, sans que jamais le nom de son père apparaisse. "Votons Faure pour un Togo uni et fort" ; "Un nouveau départ, une nouvelle vision" ; "Plus on y pense, plus c’est Faure", déclinent les emplacements publicitaires, qui tentent de convaincre l’électeur du caractère rassembleur de la candidature de M. Gnassingbé.


C’est peu dire que les affiches de son principal rival, Emmanuel Bob Akitani, premier vice-président de l’Union des forces du changement (UFC) font pâle figure. Beaucoup plus petites, d’un modèle unique ­ "Ni revanche, ni chasse aux sorcières" ­, de conception artisanale, elles surgissent sur quelques palissades et panneaux éparpillés, souvent déchirées.

De fait, à la différence de ses adversaires, Faure Gnassingbé bat la campagne avec, à son service, l’infrastructure de l’administration et la fortune accumulée par son père, dont il était l’un des gestionnaires. Il se déplace en hélicoptère et ses entrées en scène électorales se font au son d’une musique à sa gloire.

"A quel résultat s’attendre lorsqu’on laisse l’auteur d’un coup d’Etat organiser des élections ?", tonne Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’UFC. Il estime que la France "en jouant la continuité avec Faure Gnassingbé -préfère- défendre ses intérêts plutôt que les droits de l’homme."

L’opposition, qui a déployé l’essentiel de son énergie à contester la date d’une élection à laquelle elle avait néanmoins décidé de participer, est convaincue que, à l’instar des scrutins du passé, le vote de dimanche sera entaché de fraudes. Selon les dirigeants de la coalition, seul un report du scrutin aurait pu permettre d’en assurer le contrôle et la transparence. Ils mettent en cause l’inflation suspecte du nombre d’électeurs ­ 3,5 millions dans un pays qui en compte 5 ­ et la difficulté concrète de retirer une carte d’électeur dans les circonscriptions acquises à l’opposition. "L’insistance de l’opposition à contester l’organisation de l’élection masque le vide de ses propositions", rétorque le ministre de la communication, Pitang Tchalla.

"L’opposition sait que les dés sont pipés, analyse, de son côté, un observateur étranger : elle annonce donc à l’avance sa victoire en se déclarant victime de la fraude. Les deux camps risquent de se déclarer vainqueurs." La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), seule organisation à avoir dépêché des observateurs, a d’ailleurs mis en garde contre le risque d’une double autoproclamation. Quant à l’Union européenne et aux Etats-Unis, ils ont exprimé, vendredi, leur "préoccupation".

"HISTOIRE DYNASTIQUE"

L’élection de dimanche risque donc de ne pas rompre avec l’histoire tumultueuse d’un pays où, jamais, en quarante-cinq ans d’indépendance, le jeu électoral n’a été accepté ; où jamais, depuis le meurtre de Sylvanus Olympio, premier président du pays, en 1963, et son remplacement par Eyadéma Gnassingbé, l’un des auteurs du complot meurtrier, en 1967, les acteurs du jeu politique n’ont réussi à dialoguer, notamment pour solder les comptes de ce "meurtre du père" originel.

Là réside probablement, au moins symboliquement, la clé du scrutin. Quatre décennies ont passé, mais les Togolais de 2005 devaient choisir entre Faure Gnassingbé, 39 ans, l’un des fils du dictateur, et Emmanuel Bob Akitani, 74 ans, dont chacun sait qu’il sert de doublure à Gilchrist Olympio, le fils du président assassiné en 1963. "Cette histoire dynastique continue de peser sur nous", analyse un journaliste, pour ajouter aussitôt : "C’est le moment d’en sortir."

En sortir ? Le ministre de l’intérieur, François Boko, a sans doute souhaité y parvenir en réclamant l’interruption d’un processus électoral "suicidaire". Le départ de ce colonel "républicain", responsable des opérations électorales, n’est pas de bon augure pour leur transparence. La cinglante réplique apportée, vendredi, à son geste de protestation, sous la forme d’une fin de non-recevoir et de son limogeage, permet d’envisager la suite des événements : l’armée pourrait entrer en lice et, éventuellement, manifester ses divisions.

L’attitude des deux camps qui s’affrontent pour la présidence semble d’ailleurs, de ce point de vue, dramatiquement convergente. Tandis que Gilchrist Olympio, joint par téléphone, affirmait, vendredi, que "la rue décidera du résultat" et qu’un mauvais score de l’opposition induirait "un risque de dérapage sérieux", le président de la République par intérim prévenait que "les forces de l’ordre et de sécurité -avaient- pris les mesures nécessaires pour que l’élection présidentielle se déroule dans le calme et la sérénité".

Philippe Bernard

 

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