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À l’aube de l’indépendance, l’ex-métropole dictait sa loi

par L'Humanité (France) , le 21 février 2007, publié sur ufctogo.com

Côte d’Ivoire . Dès 1961, l’accord secret passé entre Paris et Abidjan institutionnalisait un rapport de domination. Militaire et économique.

 

S’exprimant à la veille du récent sommet de Cannes, une série de personnalités responsables d’associations et ONG de Côte d’Ivoire, du Cameroun, Tchad, Togo, Congo-Brazzaville, Mali et Niger rendaient publique une proposition aux candidats à l’élection présidentielle française visant à refonder la relation France-Afrique sur une base de transparence et de respect des souverainetés nationales [1]. Au premier rang des exigences exprimées en ce sens, la publication des accords militaires et de coopération qui lient la France et certains pays. De fait, près d’un demi-siècle après leur ratification, leur contenu demeure tenu sous le coude.

Un exemple tiré de l’accord de défense entre la France d’un côté, la Côte d’Ivoire, le Dahomey (aujourd’hui Bénin) et le Niger de l’autre, signé le 24 avril 1961. L’article 2 concède que ces pays ont « la responsabilité de leur défense intérieure et extérieure », mais qu’ils peuvent aussi « demander à la République française une aide dans des conditions définies par des accords spéciaux ». Or, la teneur de ces derniers était et reste secrète, ignorée non seulement des peuples concernés, mais aussi de la représentation nationale française. Dès lors, comment parler de leur légitimité ?

La même disposition existe pour le Gabon, qui servit naguère de prétexte pour justifier une intervention des militaires français contre des manifestations à Libreville et Port-Gentil d’opposants à Omar Bongo, alors ami personnel d’un certain Jacques Foccart, le Monsieur Afrique du général de Gaulle. Depuis, il y a eu, en novembre 2004, la répression sanglante (au moins 64 morts) des « patriotes » ivoiriens défilant à Abidjan pour dénoncer les agissements de la force Licorne, preuve que la mise en oeuvre des dits « accords spéciaux » dépend exclusivement des desiderata de Paris et non des autorités nationales censées être partenaires. Surtout lorsque celles-ci ont cessé de manifester la complaisance et la docilité auxquelles Félix Houphouët-Boigny, puis Henri Konan Bédié avaient accoutumé l’Élysée.

Annexe nº 1. Un conseil régional de Défense est instauré, comprenant les chefs d’État de la Côte d’Ivoire et des deux autres pays africains concernés ou leurs représentants et le premier ministre de la République française ou son représentant. Il est précisé que son secrétariat permanent « comprendra un officier de chacun des États contractants et sera organisé par les soins du général français visé à l’article premier ci-dessus » (lequel prévoit sa participation à l’ensemble des séances du conseil régional de défense). Autant dire que l’ex-métropole a veillé à se garder voix prépondérante au sein de ladite « entente ».

La lecture des annexes (qui, jusque-là étaient elles aussi demeurées secrètes) à ce document réserve encore des surprises, autres que militaires. Ainsi de la disposition relative aux « matières premières et produits stratégiques ». Les pays signataires « informent la République française de la politique qu’elles sont appelées à suivre », notamment en ce qui concerne « l’exportation », qui doit être réservée « par priorité à la République française ». Pour celui qui ne comprendrait pas ce que parler veut dire, il est aussitôt ajouté que les mêmes « s’approvisionnent par priorité auprès d’elle ».

La boucle est alors bouclée : l’indépendance accordée au début des années soixante doit se subordonner aux intérêts de l’ex-métropole coloniale. Les « soleils des indépendances » chers au romancier ivoirien Ahmadou Kourouma avaient été brouillés avant même de se substituer à la nuit coloniale.

L’article 1 de cette annexe donne une liste des « produits stratégiques », des hydrocarbures (liquides ou gazeux) à l’uranium (premier visé, le Niger)... Et ajoute cette précision, ouvrant toutes les portes : « Cette liste pourra être modifiée, compte tenu des circonstances »...

(20-25 janvier 2007) ayant obtenu la signature de 127 organisations et réseaux de vingt pays différents, et lancé le 12 février en ouverture du Sommet citoyen France-Afrique, Paris.

Jean Chatain

 

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Notes

[1] Texte inspiré de l’appel finalisé lors du Forum social mondial de Nairobi

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