Crimes contre l’humanité

25 janvier 1993, le massacre de Freau Jardin : la mise en œuvre de la stratégie de la terreur

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 25 janvier 2004, publié sur ufctogo.com
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La tuerie du 25 janvier 1993, au lieu dit Fréau jardin, au vu et au su de tout le monde, en particulier de ministres français et allemand présents dans la capitale togolaise ce jour-là, consacre la logique du sentiment d’impunité qui animait Gnassingbé Eyadéma depuis qu’il est au pouvoir et en particulier dans ces années de démocratisation et de contestation populaire. Il lui faut conserver le pouvoir à tout prix, par le plomb et le sang.

 

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On ne le dira pas assez ; du moins, on a le sentiment amer que la barbarie et la criminalité de ce régime sont banalisées. Pourtant, les faits sont là : Chirac ne les ignore point, du moins feint-il de les ignorer et de donner du "cher ami", à ce tyran, analphabète et sanguinaire.

Mitterand non plus, ne les ignorait. Idem pour son rejeton qui a vendu son âme au diable... Il est vrai que Papa-m’a-dit a de qui tenir question moralité. Oui, l’opinion publique française est avertie du « jeu sanglant des dictateurs ». C’est ainsi effet, que l’Express ( 4 février 1993 ) décrivait les stratégies de restauration autoritaire et sanglante du pouvoir par les dictateurs Mobutu, Eyadéma et Ratsiraka : « C’est délibérément que le Zaïrois Mobutu et le Togolais Eyadéma ont suscité les troubles les « contraignant » à rétablir l’ordre.

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Des provocations au nez et à la barbe des Européens. Comme si les tyrans étaient certains de leur impunité. Les dictateurs se font impitoyables lorsqu’ils sentent leur pouvoir menacé. Deux d’entre eux, le général Eyadéma (Togo) et le maréchal Mobutu (Zaïre), viennent une nouvelle fois de se distinguer. Assurés, semble-t-il, d’une impunité justifiant tous les cynismes. Qu’auraient-ils à redouter des anciennes puissances coloniales, dont "aide et la coopération leur restent pourtant indispensables ? Quand, par exemple, les émissaires de partis politiques français en pleine fièvre électorale se livrent auprès des présidents africains à d’inavouables démonstrations de soutien, qui ne sont évidemment pas gratuites. Eyadéma, entouré de sa garde prétorienne de 12 000 hommes, originaires du Nord, comme lui, et entraînés par les militaires français, a contre lui de faire tirer, sans hésiter, sur la foule et d’assassiner ses opposants. »

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Propos, une fois de plus, prémonitoires. La violence, la terreur et l’intimidation sont quotidiennes ; le collectif des forces démocratiques décident de lancer une grève générale illimitée après la séquestration et le passage au tabac des membres du Haut-Conseil de la République par des militaires. Par une interprétation malicieuse de la Constitution, Eyadéma et Joseph Kokou Koffigoh tentent de mettre fin à la transition. Le Premier ministre opère un revirement définitif et se jette dans les bras du dictateur qui le maintient en place par décret le 18 janvier 1993. Une crise majeure est ouverte et une médiation franco-allemande se met en place. C’est dans ce cadre que se situe le voyage des ministres allemand et français au Togo en ce début d’année. Marcel Debarge, ministre français de la coopération et la secrétaire d’Etat allemand aux affaires étrangères se rendent en effet dans notre pays. Ils rencontrèrent tous les protagonistes de la crise. En cette occasion, toute l’opposition démocratique organisa une manifestation pacifique le 25 janvier 1993 pour témoigner de la détermination du peuple et de son profond désir de changement. Tous les participants étaient vêtus de blanc, la tête ceinte d’un ruban de la même couleur et munis d’une bougie, flamme de l’espoir. Plus de 500000 personnes répondirent présents. C’était toute la population de Lomé, femmes, hommes, enfants, viellards.

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Cette manifestation devait partir de la Place Fréau Jardin et aboutir au Palais des Congrès de Lomé. A peine débutée, elle fut étouffée dans le sang. Avec les coups de feu des éléments de l’armée. On dénombra de nombreuses victimes, des blessés, des disparus et aussi d’importants dégâts matériels.

Difficile de donner un chiffre exact sur le nombre de tués.

Appliquant méthodiquement sa stratégie de la terreur, et sur de son impunité, Eyadéma fit déferler dans Lomé, le 30 janvier 1993, des militaires de la garde présidentielle, avec chars et jeeps. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. Les habitants de Lomé et de ses alentours furent contraints à l’exil dans les pays voisins. Au total, plus de 600 000 Togolais étaient partis au Ghana, au Bénin et pour d’autres en Allemagne et aux Etats-Unis.

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Aucune enquête ne fut ouverte. A ce jour, ces crimes du 25 janvier restent impunis. Un devoir de vérité s’impose pour les familles qui pleurent toujours leurs morts. L’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo a livré sa version des faits, car il était ministre de l’intérieur à l’époque de ces faits tragiques. Nous vous la proposons à nouveau[*].

Mais toute la lumière reste à faire.

Nous saluons encore la mémoire de tous ceux qui sont morts pour que vive le TOGO libre.

La rédaction ufctogo.com


[*] Interview à L’Autre Afrique (n°24 du 17 au 30 juillet 2002)

La version des faits du 25 janvier 1993 par Agbéyomé Kodjo (ministre de l’intérieur à l’époque des faits) sur l’assassinat des manifestants, abattus en 1993 devant les ministres français et allemand.

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Agbéyomé Kodjo,
ministre de l’intérieur
à l’époque des massacres
de Fréau Jardin

Agbéyomé Kodjo : Il y a un temps pour se taire et un autre pour parler. L’épisode des évènements de la place Fréau Jardin dans la vie de la nation a toujours été pour moi une source de préoccupation majeure.

Tout en m’inclinant devant la mémoire de nos compatriotes de la liberté, sauvagement emportés par la folie des hommes, je tiens à éclairer les consciences sur ma part de vérité dans ce drame qui a endeuillé le peuple togolais.
En effet, l’opposition avait introduit une demande à Manifester à l’occasion du passage de deux ministres allemand et français de la coopération. La manifestation était prévue devant le Palais des Congrès, qui faisait office de siège du Parlement de la transition HCR. Pour des raisons relevant de la sécurité de nos hôtes, il a été demandé à l’opposition de transférer la manifestation à la Place Fréau Jardin.

Je voudrais ici signaler, que ce 25 Janvier 1993, au moment où je quittais ma maison pour me rendre au Ministère de l’Intérieur, j’ai reçu la visite d’un informateur, qui est aujourd’hui ministre, qui me dit que ça va chauffer pour l’opposition pendant la manifestation qu’elle projette d’organiser.
J’ai aussitôt devant mon épouse appelé le Professeur Gnininvi, Président en exercice du COD2, pour lui faire part de mes inquiétudes et lui dire que la manifestation risquait de dégénérer.

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Il me répondit que c’est toujours la même chanson ; quand l’opposition veut manifester, le pouvoir trouve toujours des alibis pour mettre des entraves à son projet. Je lui ai dit que je ne souhaitais pas voir du sang couler et qu’il fallait annuler ce rassemblement et au besoin se rendre à l’Aéroport au moment du départ des ministres étrangers.
Il m’a confirmé son intention de maintenir la manifestation à la Place Fréau Jardin. Je lui ai dit qu’il portera la responsabilité de ce qui adviendra car je l’aurai prévenu.
Enfin, ce que nous craignions arriva.

D’abord je n’ai pas donné des ordres à qui que ce soit, pour réprimer une manifestation pacifique. Le Directeur de la Sûreté de l’époque est vivant et encore en activité, il peut être interrogé. Le Commissaire Central de la Ville de Lomé est aussi vivant ; on peut le contacter. Déjà au moment des faits, il a été établi que les armes utilisées pour cette forfaiture n’appartenaient pas à la police.

En fait, il s’agissait à l’époque, de ce qu’on appelait la Brigade Rouge, qui existait au sein de la Police Nationale, qui selon le Commissaire Central de la Ville de Lomé avait pris les véhicules de la police pour commettre ce forfait. De qui ont-ils reçu des ordres ? Qui a pu les armer ? Autant de questions qui conduisent à la responsabilité de la hiérarchie militaire d’alors...

Déjà à l’époque, nous avions demandé une ouverture d’enquête pour situer les responsabilités et sanctionner le comportement des auteurs de ce crime qui sont connus. Certains sont morts mais d’autres sont encore vivants, mais ils ne sont pas faciles à toucher pour plusieurs raisons que l’Histoire révèlera à la postérité.
J’avais pris à l’époque, pour informer l’opinion du drame, une position politique pour dire que c’est un policier du véhicule de prévention qui a reçu de la foule une balle mortelle.

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Eléments de la police et des FAT qui ont tiré sur les manifestants

En fait, l’enquête interne à la police a établi que c’est suite à une manœuvre à l’intérieur du véhicule de police que le coup mortel est parti pour atteindre le chauffeur ou son coéquipier. Vous ne pouvez pas imaginer les conséquences de ces évènements dans ma vie familiale. Mon père a été frappé et molesté, ma sœur a reçu un faisceau de poignard sur sa fesse et nos maisons au village ont été saccagées, détruites et pillées.

Le poids de la condamnation morale et de l’abusive exploitation politique de certains activistes de mon propre camp m’a causé beaucoup de peine et de souffrance. C’est un certain Alaza qui a été le chef de file de ceux qui ont exécuté cette basse besogne.
Entre la propagande politique et la manipulation, l’Histoire est rebelle. Voilà ma part de vérité dans ce drame. Une fois encore, je présente aux parents des victimes mes condoléances sincères car la réconciliation avec le peuple ne peut se faire que par un acte de vérité, de contrition et de repentance.


 

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