France-Afrique

20ème sommet franco-africain

par La Croix (France) , le 28 novembre 1998, publié sur ufctogo.com

Une brochette de « dictateurs » africains invités pour un sommet à Paris L’affaire Pinochet a des résonances sur le 20e sommet d’Afrique et de France. Nombreux sont les chefs d’Etat présents auxquels le titre de « dictateur » peut s’appliquer.

 

La « photo de famille » habituelle aux sommets d’Afrique et de France devrait, cette année, être quelque peu surprenante, à l’heure où le monde entier ne cesse de commenter la décision de la Chambre des lords de refuser l’immunité au général Augusto Pinochet, l’ex-dictateur chilien. Car l’Afrique arrive en tête sur la liste des ex-tyrans paisiblement retraités, avec au moins quatre noms : l’Ethiopien Mengistu Haïlé Mariam, « le Négus rouge », responsable de la mort d’au moins 200 000 personnes, s’est retiré au Zimbabwe ; l’Ougandais Idi Amin Dada, connu pour son régime de terreur, est réfugié en Arabie saoudite ; son successeur, Milton Oboté, est, lui, en exil à Lusaka ; quant à l’ancien président sud-africain Pieter Botha, grand maître de la politique d’apartheid, responsable de milliers de disparitions, d’enlèvements, d’assassinats, il vit librement dans son pays.

Chassés du pouvoir avant d’être réélus

Comment nommer bon nombre de chefs d’Etat africains qui participent au 20e sommet ? Sur la photo de famille, on devrait retrouver le Béninois Mathieu Kerekou et le Malgache Didier Ratsiraka qui, après avoir pris le pouvoir par la force et géré leur pays d’une main de fer, ont été chassés de la présidence par les urnes avant d’être réélus, quelques années plus tard, tout à fait démocratiquement. L’affaire Pinochet a provoqué un trouble immense au Bénin et à Madagascar.

Sur la même photo, on verra aussi Laurent-Désiré Kabila, président autoproclamé de la République démocratique du Congo (RDC), reçu cette semaine avec tous les honneurs au Vatican, à Bruxelles et à Paris. Les plaintes déposées contre le président Kabila par un couple mixte belgo-rwandais et par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), principal parti d’opposition congolais, ainsi que par la Fédération internationale des droits de l’homme, pour « crimes contre l’humanité » pour les deux premiers et « recours généralisé et sytématique à la torture » pour la seconde, ne vont pas déboucher. La Belgique a annoncé que Kabila bénéficiait de l’immunité étant un chef d’Etat en exercice. Il sera reçu à Paris comme « un chef d’Etat en exercice », a renchéri le chef de la diplomatie française, Hubert Védrine...

Que dire encore de la présence au Carrousel du Louvre d’hommes à poigne à l’incroyable longévité, les « grands dictateurs » selon la formule africaine, le Djiboutien Hassan Gouled ou encore le Kenyan Daniel Arap Moï ? Ou de celle de l’ex-rebelle Charles Taylor, élu « démocratiquement » il y a dix-huit mois, mais responsable d’une guerre civile qui fit 100 000 morts au Liberia ?

A qui pensaient Lionel Jospin _ en disant « c’est une joie, c’est une mauvaise nouvelle pour les dictateurs » _ et Jacques Chirac _ en s’exclamant « il n’est pas acceptable que des crimes puissent rester impunis » _ après le verdict des lords britanniques ? A Pinochet seulement ? Ou aussi à quelques-uns des « dictateurs africains » présents à Paris ? Etait-ce une mise en garde déguisée ? Mais alors, comment comprendre que le premier reçu à l’Elysée ait été le président Eyadéma du Togo qui, en vingt-deux ans de pouvoir, n’a cessé d’avoir du sang sur les mains et dont la récente réélection est due à de multiples fraudes.

Julia FICATIER - La Croix

 

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