Droits de l’homme

15 août 2008- 15 août 2009 : Atsutsè Agbobli

par Liberté Hebdo (Togo) , le 15 août 2009, publié sur ufctogo.com

 

15 août 2008- 15 août 2009 : Atsutsè Agbobli, un an déjà, un an de black-out total du pouvoir. Le 15 août est rentré dans le registre des dates macabres de l’Histoire du Togo. Et pour cause. C’est à cette date que disparaissait en 2008 le compatriote Joachin Atsutsè Kokouvi Agbobli. Voici donc un an que le politologue, journaliste et leader politique a rendu l’âme, plongeant sa famille génétique dans l’affliction totale. Au-delà de sa famille génétique, ce deuil était aussi celui de tout un peuple épris d’alternance, quand on connaît les convictions profondes et l’engagement politique de l’homme. Un an de deuil, disons-nous, mais aussi de silence de la part des gouvernants sur les circonstances exactes de son décès.

Le corps sans vie d’Atsutsè Kokouvi Agbobli a été retrouvé au matin du 15 août 2008 sur la plage de Lomé, comme celui d’un vulgaire personnage. La nouvelle de sa mort a été annoncée. Avant même qu’une enquête ne soit diligentée, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile Atcha Titikpina a lui, trouvé les causes de sa mort. Dans un communiqué servi sur le champ, il laissa entendre une mort par noyade. Ce qui n’a pas convaincu grand monde. Devant la polémique, le Procureur de la République Robert Bakaï se saisit du dossier et ordonna une autopsie.

Un légiste de circonstance fut nommé, en la personne du Professeur Napo-Koura Gado. Après ses recherches, il bat en brèche la thèse de noyade et conclut plutôt à une mort par intoxication médicamenteuse. Ces conclusions n’ont pas non plus mis fin à la polémique, au contraire elles l’ont ravivée eu égard aux circonstances floues de la mort d’Atsutsè Agbobli. Sous la pression de la famille génétique, de la presse et de l’opinion, une contre autopsie a été enclenchée.

La Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) est entrée à son tour en jeu et a requis l’expertise des Nations Unies. Un spécialiste légiste en la personne de Dr Nizam Peerwani a été mis à la disposition du Togo. Après quelques mois, il a rendu son verdict. Procédant par élimination de thèse, Dr, Peerwani a tout de suite rejeté celle de mort par noyade, puis celle de mort violente. Si le légiste onusien n’a pas été affirmatif sur une thèse précise, il n’a tout de même pas manqué d’évoquer l’énigme des chaussures trouvées aux pieds de la victime complètement dénudée.

Les résultats de la contre autopsie de Dr Peerwani ont le mérite de battre en brèche les deux versions servies par le pouvoir togolais. La peur ayant changé de camp, les gouvernants ont décidé de contrattaquer la contre autopsie de Dr Peerwani. C’est ainsi que le Procureur de la République Robert Bakaï a annoncé que des prélèvements ont été envoyés dans des laboratoires d’universités en France. Cette annonce a été faite avec trompette et tintamarre. Mais depuis, plus rien. C’est le silence radio.

Depuis la fin 2008 où cette annonce a été faite, pas une seule fois le Procureur n’est sorti de sa réserve pour donner les suites de sa démarche. Est-ce les examens qui durent tant ? Le mystère demeure donc entier. Les circonstances du décès du politologue demeurent toujours floues. Et pourtant au plus haut sommet de l’Etat, on avait promis tout entreprendre pour élucider cette affaire. La famille génétique du regretté a à maintes reprises requis la mise en place d’une commission d’enquête, mais sa demande est restée lettre morte jusqu’à présent. Tout ce black-out de la part des autorités persuade plus d’un, que le pouvoir a quelque chose à se reprocher et fait donc tout pour faire passer ce dossier par perte et profit. De là à penser qu’Atsutsè Agbobli a été victime d’un crime politique, il n’y a qu’un pas. Surtout quand on sait que la victime de son vivant n’a jamais été tendre envers le régime Faure Gnassingbé quand il lui arrive de se prononcer sur l’actualité.

Atsutsè Agbobli est réputé pour n’avoir pas sa langue dans sa poche. Il aime dénoncer avec un réel plaisir les travers du pouvoir. Ses sorties sur la télévision des 7 merveilles (TV7) dans son émission « 7 sur 7 » sont encore vivaces dans les mémoires. Au-delà de son « dédain » du régime de Faure Gnassingbé, l’homme a toujours voué une amitié certaine pour les plus grandes menaces du clan Gnassingbé, l’Union des Forces de Changement (UFC) et son leader Gilchrist Olympio, malgré qu’il ait créé son propre parti, le Mouvement pour le Développement National (MODENA). Il y a donc de quoi que le pouvoir lui en veuille.

Le dossier Atsutsè Agbobli subit le même sort que celui des plaintes déposées par les victimes des violences électorales d’avril 2005 par l’entremise du Collectif des Associations Contre l’impunité au Togo (CACIT). Depuis près de (03) ans, aucune suite ne lui est donnée. Tout est fait pour que la lumière et la Justice ne se fassent jamais sur ces dossiers. Et à côté, on crie à la réconciliation nationale.

Pablo E.

 

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