Presse

13e Journée internationale de la liberté de la presse : le Togo

par Committee to Protect Journalist (CPJ) , le 3 mai 2003, publié sur ufctogo.com

 

Le Togo

Source CPJ (Committee to Protect Journalist)

Le gouvernement togolais a tenté de donner une impression d’ouverture et de démocratie en tenant enfin des élections qui avaient été reportées à deux reprises, alors que le Président Gnassingbé Eyadéma et son parti dirigeant le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) harcelaient de plus en plus la presse privée. La censure routinière des publications privées par les autorités, l’emprisonnement des journalistes et les tentatives d’imposer des nouvelles lois assorties de sanctions plus dures encore pour les délits de la presse ont consolidé la réputation du Togo comme l’un des pays les plus répressifs pour les journalistes en Afrique de l’Ouest.

Depuis janvier 2000 que la Loi sur la presse autorise le Ministre de l’intérieur à saisir des publications, les autorités se sont lancées dans une furieuse campagne. La police a confisqué les tirages de plusieurs journaux en 2002 pour des raisons qui vont de la publication de « commentaires insultants » ou « qui sapent l’autorité de l’Etat ». Toutes les confiscations ont eu lieu à la suite d’articles critiquant les autorités.

Les journalistes togolais estiment que les confiscations étaient destinées non seulement à censurer la couverture mais aussi à causer la faillite des publications critiques. Les journaux privés favorables à l’opposition survivent presque uniquement grâce aux ventes parce que les annonceurs craignent d’être associés aux publications qui critiquent le gouvernement. Les salaires des journalistes dépendent aussi des ventes ; lorsque les publications sont confisquées, il arrive souvent que les journalistes ne soient pas payés. Même les journaux pro-gouvernement, qui peuvent tirer près de la moitié de leurs revenus de la publicité, ont du mal à joindre les deux bouts. C’est pourquoi les journalistes de toutes les tendances des médias acceptent souvent des pots-de-vin des fonctionnaires en échange d’une couverture favorable.

La presse togolaise reste amèrement polarisée entre les médias de l’Etat et les médias privés pro-gouvernement qui offrent un soutien sans faille à Eyadéma et au RPT d’une part et les médias privés favorables à l’opposition qui critiquent férocement le parti dirigeant d’autre part. Cette division se retrouve dans les organisations qui représentent les journalistes avec l’Association togolaise des journalistes de la presse privée favorable à l’opposition et le Syndicat des rédacteurs en chef de la presse privée qui inclut des journalistes des médias pro-gouvernement. Les reporters locaux indiquent que ce fractionnement complique la tâche des journalistes pour défendre la liberté de la presse.

En février, le Ministre de l’intérieur a condamné la radio privée Radio Victoire et a invoqué l’expiration de la licence de la station. Des sources locales ont déclaré que les émissions de nouvelles et les talk shows populaires des stations au cours desquels les auditeurs critiquent souvent le RPT avaient mécontenté les autorités. En septembre, celles-ci ont brouillé le signal pour Radio-France Internationale (RFI) lorsque la station a diffusé des commentaires critiques d’Eyadéma. Pendant ce temps, lors du ballottage électoral d’octobre, les internautes n’ont plus été en mesure d’avoir accès au nouveau site web d’informations letogolais.com, qui est exploité par une équipe éditoriale à Paris avec des correspondants basés au Togo. Les défenseurs de la liberté de la presse ont indiqué que la position éditoriale indépendante du site avait irrité les autorités.

Les autorités ont également pourchassé, arrêté et emprisonné des journalistes en représailles pour leurs reportages sur les scandales au sein du parti dirigeant. Le directeur de la publication Le Scorpion, Basile Agboh, a été emprisonné en juin lorsque son journal a révélé que le Lieutenant-Colonel Ernest Gnassingbé, un fils du Président Eyadéma, avait menacé le Premier Ministre Agbeyome Kodjo parce qu’il n’appuyait pas le Président. Le directeur de la publication Nouvel Echo, Julien Ayi, et son rédacteur en chef Alphonse Nevamé Klu ont été condamnés respectivement à 4 et 6 mois de prison et se sont vus imposer de lourdes amendes après que le journal a faussement écrit qu’Eyadéma avait illégalement amassé une fortune qui en faisait l’un des hommes les plus riches du monde. Les rédacteurs en chef du journal se sont cachés pour échapper à l’arrestation après la confiscation de leur journal ou lorsque les autorités les ont sommés de se présenter.

Même les politiciens haut-placés du RPT n’ont pas été épargnés par la persécution pour avoir défié le régime d’Eyadéma. Le Premier Ministre Kodjo a dû fuir le pays lorsqu’il a affiché en ligne une déclaration qui critiquait les erreurs de gestion politique et économique du pays et a accusé le Président d’abus de ses droits. Les sources locales ont indiqué que c’était l’interview de RFI au mois de septembre de l’ancien Premier Ministre, au cours de laquelle Kodjo a accusé Eyadéma de vouloir proroger son régime de 35 ans lors des élections présidentielles à venir, qui a amené les autorités à brouiller le signal du radiodiffuseur.

En septembre, le Parlement dominé par le RPT a adopté un amendement au Code de la presse qui alourdit des punitions déjà dures. La mesure aggrave la sanction pour « outrage à chef d’Etat » de 6 mois de prison à « une peine de prison de un à cinq ans sans sursis et une amende de un à cinq millions de francs CFA [1.500 dollars E.U. à 7.900 dollars E.U.]. » Insulter le Président de l’Assemblée nationale, le Premier Ministre ou tout autre représentant de l’Etat est passible aujourd’hui de peines de prison de trois mois à deux ans. Les sanctions pour diffamation des cours, des tribunaux, des forces armées ou d’autres organes de l’Etat sont passées de trois mois à trois ans de prison.

A la fin de décembre, le Parlement a amendé la constitution pour permettre à Eyadéma de se présenter à un autre mandat. Eyadéma, le chef d’Etat africain en poste depuis le plus longtemps, avait promis de respecter la constitution et suscité des espoirs qu’il laisserait la place à un successeur lors des élections présidentielles de 2003. En décembre également, les autorités ont arrêté Sylvestre Djahlin Nicoué, directeur de publication du Citoyen du Courrier privé, après que le journal a publié un éditorial suggérant que le peuple togolais se rebellerait si des réformes démocratiques n’étaient pas instituées après le scrutin de 2003. Nicoué a été accusé « d’incitation à la rébellion » et était encore en prison à la fin de l’année.

Yves Sorokobi

L’Afrique : un aperçu

Source CPJ (Committee to Protect Journalist)

Même si au Kenya, l’East African Standard, l’un des plus vieux quotidiens africains, a fêté son 100ème anniversaire en novembre, le métier de journaliste reste difficile à exercer sur le continent du fait des politiques défavorables des gouvernements et des multiples infortunes économiques qui sapent encore le plein développement des médias africains.

A la fin de l’année, 26 journalistes étaient en prison en Afrique à cause de leur travail : 18 en Erythrée, deux au Togo et deux en République démocratique du Congo et un en Guinée, en Sierra Leone, au Niger et en Ethiopie. Ce chiffre est bien supérieur à celui de la fin de 2001 lorsque les journalistes séjournant dans les prisons africaines étaient au nombre de quinze. Cette forte augmentation est principalement attribuable au bilan consternant de l’Erythrée.

En 2002 également, une police des émeutes trop zélée a abattu un journaliste le 12 janvier dans la capitale de l’Ouganda, Kampala. Jimmy Higenyi a été le seul reporter tué en Afrique dans l’exercice de ses fonctions en 2002, alors que 2001 était la première année depuis deux décennies au cours de laquelle aucun journaliste n’avait été tué à cause de sa profession. Il est possible que la tendance se confirme malgré la mort de Higenyi car les donateurs et les groupes de la société civile exercent des pressions croissantes sur les dirigeants africains pour qu’ils bannissent l’impunité et mettent tout en oeuvre pour retrouver la trace des assassins. C’était le cas récemment au Burkina Faso où le meurtre en décembre 1998 du rédacteur en chef Norbert Zongo a déchaîné des troubles civils et au Mozambique où le sabotage de l’enquête sur l’assassinat en novembre 2000 de Carlos Cardoso, éditeur du défunt quotidien économique Metical, a suscité une indignation générale qui aurait pu compromettre les chances du FRELIMO, le parti en place, de conserver le pouvoir.

En 2002, les journalistes africains ont continué à bénéficier du soutien du public dans leur pays et à l’étranger. Cette situation a contraint certains dirigeants africains, tels que le Premier Ministre éthiopien Meles Zenawi, qui a longtemps qualifié les médias non gouvernementaux de « presse sensationnelle », à reconnaître leur rôle de garde-fous. Des progrès ont aussi été réalisés dans la création d’infrastructures régionales pour traiter des questions relatives à la liberté de la presse, tandis que celle-ci contribue à stabiliser la démocratie en Afrique.

La radiodiffusion reste le moyen le plus efficace de toucher les populations d’Afrique. Le rôle vital de la radio pour diffuser les informations et les opinions a persuadé les défenseurs des médias d’intensifier leurs pressions sur les gouvernements qui résistent encore à la radiodiffusion privée. En mars, trois ans après l’adoption par l’Ethiopie d’une loi sur la radiodiffusion, les dirigeants ont enfin commencé à délivrer des licences aux entrepreneurs désireux d’ouvrir des stations de radio privées ; il ne reste que trois pays africains — l’Angola, l’Erythrée et le Zimbabwe — dont les ondes ne sont pas soumises à la concurrence privée. Eu égard aux restrictions pesant sur la diffusion de l’information et au fait que les journalistes continuent d’être harcelés et emprisonnés, le CPJ a inscrit l’Erythrée et le Zimbabwe sur sa liste de 2002 des « pays les pires pour les journalistes. »

Le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, les journalistes africains réunis à Pretoria en Afrique du Sud ont adopté la Charte africaine sur la radiodiffusion convenue lors d’une conférence mondiale sur la liberté de la presse en mai 2001. En octobre, à Banjul, la Commission africaine sur les droits de l’homme et des peuples, basée en Gambie, a ajouté à ses activités officielles le renforcement de la charte sur la radiodiffusion. Cette charte, destinée à servir de modèle aux politiques et aux lois relatives à la radiodiffusion en Afrique, met l’accent sur la libéralisation des ondes et sur les effets de la mondialisation sur l’industrie de radiodiffusion naissante du continent.

En octobre également, la Commission a adopté une Déclaration de principes sur la liberté d’expression qui insiste sur « l’importance fondamentale de la liberté d’expression comme droit individuel de l’homme et la pierre angulaire de la démocratie de même qu’un moyen permettant d’assurer le respect de tous les droits et de toutes les libertés de l’homme ».

Cependant, certains observateurs ont exprimé de sérieuses réserves sur la manière dont la commission, organe non judiciaire, fera appliquer ces mesures. La Déclaration de principes sur la liberté d’expression, proposée par Article 19, un groupe contre la censure, par exemple, sera l’aune à laquelle sera mesuré le respect par les gouvernements de l’Article 9 de la Charte africaine sur les droits de l’homme et des peuples de 1986 qui garantit la liberté de la presse. Mais la déclaration n’explique pas comment ses dispositions peuvent être appliquées contre les gouvernements contrevenants. La déclaration tend aussi à encourager la liberté d’expression au sein de l’Union africaine (UA) et des initiatives du NEPAD (New Partnership for Africa’s Development - Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique).

Les chefs d’Etat africains, sous la direction du président sud-africain Thabo Mbeki, ont formulé le NEPAD en 2001 dans le but d’accroître les investissements étrangers dans les pays africains. Cette initiative, assortie d’une promesse d’investissements par les pouvoirs occidentaux de l’ordre de 64 milliards de dollars E.U., vise un taux de croissance de 7 pour cent sur le continent d’ici à 2015 par le biais de la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance. Mais en avril, la clause du NEPAD sur la bonne gouvernance a donné lieu à un débat très animé entre certains dirigeants africains et les gouvernements occidentaux qui cherchaient à punir le Président Robert Mugabe du Zimbabwe des confiscations illégales de terres et la répression de l’opposition et de la presse indépendante de son régime. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, encouragés par les partisans occidentaux du NEPAD à contraindre le Zimbabwe à améliorer sa situation des droits de l’homme, ont été réticents à tenir tête au Président Mugabe.

Lancée officiellement en juillet, l’UA est la dernière incarnation de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) qui a mené l’Afrique du joug colonial à l’indépendance. Basée sur le modèle de l’Union européenne, l’UA devrait oeuvrer pour l’allègement de la pauvreté et le développement des marchés. Selon un rapport de novembre de la Banque mondiale, il est prouvé qu’une presse libre peut contribuer à réduire la pauvreté et favoriser le développement économique. Toutefois, les textes qui portent création de l’UA passent notoirement sous silence la lutte douloureuse des journalistes africains pour obtenir davantage de libertés.

Le 12 août, le CPJ a écrit au Secrétaire général de l’UA, Amara Essy, pour exprimer ses doutes sur la protection effective de la liberté de la presse par la constitution. « Le texte de cette nouvelle constitution marque un recul important pour la liberté de la presse et la liberté d’expression en Afrique qui sont toutes deux inscrites dans la constitution de l’OUA, qui a précédé l’UA », a écrit le CPJ. A la fin de l’année, l’UA n’avait toujours pas répondu au CPJ.

Parallèlement, Internet continue de pénétrer lentement le continent en dépit de lois restrictives adoptées à la hâte par nombre de gouvernements en vue de contrôler les opportunités commerciales et autres associées à la technologie. Les journalistes et les citoyens africains semblent désireux de tirer parti d’Internet. En février, un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a conclu que le Zimbabwe, avec plus de 100.000 internautes en ligne, est l’un des plus gros utilisateurs d’Internet de l’Afrique, bien qu’une Loi sur les postes et les télécommunications autorise le gouvernement à intercepter les mails au nom de la « sécurité nationale ». En décembre, des agents de la sécurité du Zimbabwe ont accusé le journaliste Lewis Machipisa « d’espionnage pour le compte de la BBC » après avoir pris connaissance d’un mail qu’il aurait envoyé à la station britannique, interdite d’antenne au Zimbabwe depuis 2001. L’accusation a forcé Machipisa à se cacher.

Selon le PNUD, 4 millions d’Africains utilisent régulièrement Internet, plus de 50% d’entre eux en Afrique du Sud. « Il y a aujourd’hui 38 pays avec 1.000 abonnés ou plus, mais seulement 11 pays avec plus de 200.000 abonnés - l’Algérie, le Botswana, l’Egypte, le Kenya, Maurice, le Maroc, le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Tunisie, la Tanzanie et le Zimbabwe » relève le rapport. Le PNUD ajoute qu’une infrastructure de communications insuffisante est le principal obstacle à l’expansion future d’Internet.
On espère néanmoins qu’un nombre croissant d’Africains seront en mesure de faire partie de la communauté mondiale d’Internet. Le 27 mai, un groupe d’experts africains des télécommunications s’est réuni à Dakar, la capitale du Sénégal, pour lancer un câble en fibroptique sous-marin d’un montant de 639 millions de dollars E.U. Ce câble de 26.448 kilomètres (16.200 miles) relie 10 pays africains à l’Europe et à l’Asie.

En dépit des progrès remarquables des dernières années, la liberté de la presse en Afrique reste cependant vulnérable. En septembre, des journalistes d’Afrique de l’Ouest ont accueilli la 10ème Réunion annuelle du Réseau international de liberté d’expression (International Freedom of Expression Exchange - IFEX) à Dakar. L’IFEX, qui compte plus de 50 membres (y compris le CPJ et plusieurs groupes de journalistes africains), coordonne le travail des groupes internationauxl de défense de la liberté de la presse. Lorsqu’il a évalué la première décennie de travail de l’IFEX, le journaliste camerounais Pius Njawe a déclaré à la réunion de Dakar que les efforts de l’IFEX avaient forcé certains gouvernements africains à mettre fin à leurs répressions les plus flagrantes, telles que l’envoi de la police pour fermer les bureaux de presse dont les rapports déplaisent aux autorités.

« Mais les gouvernements sont adroits », a ajouté Njawe. « Ils ont eu recours à d’autres formes de harcèlement ». Par exemple, au lieu de fermer directement un quotidien gênant, ils ne font plus de publicité ce qui crée des difficultés financières et contraint parfois le journal à fermer par manque de fonds. Bien que tout le monde semble d’avis que la presse d’Afrique est plus libre qu’elle ne l’était il y a dix ans, « c’est difficile à dire », déclare Njawe. « Par le passé, la menace était visible. Aujourd’hui, elle est plus subtile. »

Yves Sorokobi

Yves Sorokobi est coordonnateur de programme au CPJ. Adam Posluns et Wacuka Mungai sont chercheurs du programme Afrique. Ils ont largement contribué à la recherche et à la rédaction de la présente section. La mission du CPJ en Ethiopie a été partiellement financée par le Freedom Forum.

 

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