DEPECHE

Un témoin accuse l’armée française sur le génocide au Rwanda

Le 22 avril 2005, publié sur ufctogo.com

PARIS (Reuters) - Un ancien sous-officier de l’armée française affirme dans un entretien à France-culture que des militaires français ont formé en 1992 les miliciens rwandais "Interahamwe" qui ont joué un rôle-clef dans le génocide de 1994 où ont péri 800.000 personnes.

Thierry Prungnaud , 49 ans, actuellement à la retraite, déclare dans ce entretien diffusé vendredi avoir vu les militaires français former des "Interahamwe" près de la frontière tanzanienne, dans un endroit interdit aux touristes.

"J’ai vu des militaires français former des civils miliciens rwandais en 1992 au tir. (...) Il y avait une trentaine de miliciens formés au tir dans le parc de l’Akagera, un endroit interdit, piégé, interdit aux touristes et aux militaires (rwandais)", a-t-il dit sur France culture.

"Je suis formel , catégorique, je les ai vus. C’étaient des civils car les militaires sont tous en treillis. Moi je l’affirme, ce sont des militaires français qui ont formé des miliciens rwandais. Je pense que cela s’est prolongé jusqu’en 1994", a-t-il ajouté.

Il pense que les militaires français en question appartenaient au 1er RPIMA, l’infanterie de marine.

Ce témoignage contredit la version officielle des autorités françaises, qui ont toujours reconnu avoir soutenu le régime en place avant le génocide et ses forces armées officielles mais a nié tout rôle dans la formation des milices.

Le témoin était adjudant-chef au GIGN, l’unité d’élite de la gendarmerie et il dit avoir participé à l’assaut contre un commando islamiste qui avait détourné un Airbus d’Air France à Marseille en décembre 1994.

Au Rwanda en 1992 puis en 1994, le témoin dit avoir été formateur de la garde présidentielle rwandaise.

Son témoignage intervient deux mois après le dépôt d’une plainte à Paris par six survivants du génocide pour "complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité".

Les plaignants, cinq hommes et une femme, accusent des soldats français engagés dans l’opération Turquoise, menée entre juin et août 1994 au Rwanda sous mandat de l’Onu, d’avoir aidé les responsables du génocide à débusquer leurs victimes et d’avoir commis eux-mêmes des crimes.

Huit cent mille Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés d’avril à juin 1994 au Rwanda par les milices et les militaires d’un régime que soutenait Paris.

Depuis 1994, la France a été mise en cause pour son soutien au régime responsable du génocide par des ONG. Une mission d’information du Parlement français a conclu en 1998 que la France avait bien sous-estimé la nature criminelle du régime rwandais mais n’avait eu aucun rôle dans le génocide.

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