DEPECHE

Togo : une charge sans précédent contre le président Eyadéma

Le 28 juin 2002, publié sur ufctogo.com

Pour la première fois, une voix du sérail au Togo s’est élevée avec force contre le président Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis 36 ans : Agbéyomé Kodjo, limogé jeudi de son poste de Premier ministre, s’est élevé contre les "dérives monarcho-despotiques du régime".

Dans un réquisitoire incendiaire de 14 pages, Agbéyomé Kodjo, pourtant élevé dans le moule du RPT (Rassemblement du peuple Togolais), le parti au pouvoir, a descendu en flammes le régime et son chef historique et appelé ni plus ni moins qu’à "renvoyer aux oubliettes de l’histoire le régime obscurantiste d’Eyadéma".

Des mots qui sonnent comme un crime de lèse-majesté : "Plus personne ne prend au sérieux un régime fossilisé", ou encore "les turpitudes du régime, le mensonge, le double langage, la fausse apparence de respectabilité et d’honorabilité dont cherche à se parer le Chef de l’Etat ne trompent personne, si ce n’est lui-même".

"Ce garçon ne représente absolument rien politiquement, je vous le dis ! Peut-être est-il surmené. En tout cas, il n’a pas démissionné, c’est moi qui l’ai remercié. C’est l’opposition qui le manipule. Je suis habitué à ça", s’est contenté de déclarer à l’AFP le président Eyadéma, joint par téléphone.

Dans ce réquisitoire-testament daté du 27 juin, M. Kodjo dénonce tout à trac "l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques", un "populisme suranné", les "dérives monarcho-despotiques du régime actuel", des "menaces de mort" proférées contre lui "en toute impunité par le fils aîné du Chef de l’Etat, le colonel Ernest Eyadéma, qu’il accuse au passage de faire torturer des prisonniers dans un camp du nord du pays.

"Aujourd’hui, mon choix est clair : je choisis d’aider cinq millions de Togolais à prendre en main leur destin, à tordre le cou au tribalisme rétrograde, à renvoyer aux oubliettes de l’histoire le régime obscurantiste d’Eyadéma, à tourner définitivement la page de la honte politique, économique, culturelle et sociale", écrit encore M. Kodjo, qui est également membre du bureau politique du RPT.

"Tous ces faits relèvent d’une haute trahison de la part de celui qui en assure la protection délibérée", poursuit-il.

"J’ai rarement vu ça, c’est un réquisitoire sans précédent", a réagi un observateur étranger qui souligne que M. Kodjo n’est toutefois pas blanc comme neige non plus : le Premier ministre est dans le collimateur d’Amnesty International, des soupçons de corruption pèsent sur lui du temps où il dirigeait le Port de Lomé, et on se souvient qu’il a été un ministre de l’Intérieur aussi zélé que musclé en 1993.

En conclusion, après avoir dénoncé le "siphonnage" de l’argent public par le clan familial du président et ses proches, Agbéyomé Kodjo, qui s’est lui aussi passablement enrichi, appelle à "empêcher le président de la République de se livrer à une modification de la Constitution en vue d’accomplir un nouveau mandat à la tête de notre pays à partir de 2003". "C’est une véritable bombe, c’est un condensé de tout ce que nous disons depuis une trentaine d’années", estime un dirigeant de l’opposition.

Officiellement, M. Kodjo, qui était en poste depuis le 29 août 2000, a été remplacé à la tête du gouvernement par Koffi Sama, auparavant ministre de l’Education et secrétaire général du RPT, pour préparer des élections législatives prévues depuis juillet 1999 mais qui ont été reportées deux fois déjà.

Le principe de ce scrutin avait été décidé par l’"Accord Cadre de Lomé" signé en juillet 1999 par le pouvoir et l’opposition, pour tenter de mettre fin à dix ans de tensions politiques. Mais de l’avis général, M. Kodjo a été emporté par la "tourmente Péré", du nom d’un ancien président du parlement et grande figure du RPT qui en mars dernier avait dénoncé de façon très incisive le fonctionnement du parti. "L’intolérance et l’exclusion semblent avoir déserté les rangs de l’opposition pour s’incruster solidement dans les nôtres. A quand donc la fin de la barbarie ?", écrivait le député dans son brûlot. Dès lors qu’il avait refusé de signer la réponse du RPT condamnant ces propos, le sort d’Abgéyomé Kodjo était scellé.

AFP

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